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Le Rijksmuseum ôte de ses titres et cartels des termes racistes et sexistes

Agathe Lautréamont 14 décembre 2015

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Tandis que le Rijksmuseum travaillait à une numérisation de ses cartels et titres d’œuvres, le musée le plus influent d’Amsterdam a décidé d’y effectuer des corrections, en enlevant les termes qui aujourd’hui, revêtent un caractère raciste ou sexiste.

The Rijksmuseum on Museum Square in Amsterdam.Le Rijksmuseum © Chris Hill – Getty Images

 

Ce sont près de 220 000 œuvres qui vont voir leur titre ou leur descriptif modifié par l’institution hollandaise, en raison de leur contenu. Au cours des siècles passés, où l’eurocentrisme et la suprématie supposée des peuples occidentaux étaient considérés comme une norme il était hélas banal dans le langage courant d’user de termes comme « nègre », « sauvage» ou « nain ». Des mots réducteurs, discriminants, et qui servaient aux siècles passés à désigner des populations en fonction de leurs caractéristiques physiques.

Des termes qui ne passent donc plus aux yeux du Rijksmuseum. Jeudi dernier, Martine Gosselink, en charge du département d’Histoire du musée, a défendu son projet lors d’une conférence de presse. Défendant l’idée que ces mots courants aux XVIIIe ou XIXe siècles sont aujourd’hui bien évidemment mal vus, elle a pris l’initiative de les retirer, afin de ne pas offenser les visiteurs étrangers venant visiter le musée, et qui pourraient se sentir blessés par ces terminologies xénophobes.

Cornelis van Haarlem, La Toilette de Bathseba, 1594 © Rijksmuseum

 

Dans les siècles passés, il était commun que les Hollandais soient qualifiés de « têtes de fromage » (« kaas kops » en néerlandais), expression toujours utilisée aujourd’hui, du fait du goût de notoriété publique de ce peuple pour les spécialités fromagères. Or, selon Gosselink, il n’est pas certain que des Hollandais en visite dans un musée étranger apprécient de tomber sur une toile avec, inscrit en toutes lettres dans le cartel adjacent : « Femme tête de fromage ». Et, se mettant à la place du public, c’est précisément ce que le Rijksmuseum souhaite éviter.

C’est une première pour un musée européen que de décider de changer les titres d’œuvres et le contenu des cartels pour les rendre moins offensants. Que l’on se rassure cependant, les anciens intitulés ne seront pas purement et simplement effacés : ils resteront affichés sous le nouvel intitulé, plus correct, donné par le Rijksmuseum. Le musée a concédé quelques plaintes par le passé, de la part de publics s’étant sentis froissés par des titres sexistes ou à caractère raciste. Mais c’est bien la première fois qu’une institution muséale en arrive à changer aussi drastiquement la présentation de ses fonds pour coller à une époque et ses sensibilités parfois exacerbées.

Simon Maris, Jeune femme à l’éventail, circa 1900. Titre original : Jeune femme nègre © Rijksmuseum

 

Le projet a été officiellement nommé « Ajustements au sujet des terminologies colonialistes », et déjà, 8000 titres d’œuvres ont été donc modifiés selon cette optique. Bien sûr, l’initiative fait débat, et pose des questions intéressantes au sujet de notre regard actuel sur le langage qui pouvait être utilisé par le passé. Doit-on conserver un texte taxant « d’exotique » une toile montrant une jeune femme noire de peau prenant son bain ? Doit-on renommer chaque œuvre espagnole représentant des personnes souffrant de nanisme (on sait que la cour espagnole du XVIe siècle était particulièrement friande de personnes de petites tailles, recrutées pour l’amusement des grands aristocrates) en « portrait d’un homme souffrant d’achondroplasie » au lieu d’un simple « nain » ? Plus largement, faut-il renommer ou réécrire des travaux remontant à plusieurs siècles pour qu’ils correspondent à notre regard contemporain, en occultant le titre voulu par l’artiste, et ne pas heurter les consciences ?

Faut-il ainsi cacher tout ce qui est aujourd’hui déplaisant, dans une démarche que certains pourraient qualifier de « politiquement correcte » ? Certains considèrent au contraire, qu’il vaut mieux conserver ces terminologies critiques ou abaissantes tout en développant les explications et la pédagogie autour de ces dernières. Cela consisterait à expliquer qu’à une époque où l’on considérait l’Europe comme le centre du monde civilisé et cultivé, il était « logique » pour les populations de ce temps d’avoir un regard méprisant sur les peuples des autres continents. Au XIXe siècle, temps du colonialisme, gardons à l’esprit que l’on imaginait l’européen investit d’une mission d’évangélisation et d’éducation du « bon sauvage », ce qui se solda comme on le sait, par des spoliations, destructions et crimes en tout genre. Cette part de l’Histoire est condamnable, et mérite bien sûr d’être regardée d’un œil critique. Mais gommer, effacer, biffer, nier en somme, est-il un bon choix ?

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