Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Une réplique de La Nativité du Caravage, volée en 1969, exposée à Palerme

Agathe Lautréamont 11 décembre 2015

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

À défaut de pouvoir retrouver l’œuvre volée dans le lieu de culte, une réplique va être offerte à l’Oratoire San Lorenzo, qui possédait l’inestimable œuvre de la main du Caravage.

654px-Michelangelo_Caravaggio_035Le Caravage, La Nativité, 1609

 

Définitivement disparue ?

Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1969, deux malfaiteurs s’introduisent dans l’Oratoire San Lorenzo de Palerme, en Sicile. Armés d’un couteau, ils découpent grossièrement la toile La Nativité du maître Caravage, et s’enfuient avec leur butin. Les chanoines ne pourront que constater l’ampleur du désastre, et les voleurs n’ont à l’heure actuelle, toujours pas été retrouvés. Aujourd’hui, la piste privilégiée est celle d’un acte commis par la mafia sicilienne, voyant dans l’œuvre une juteuse manne financière. L’œuvre n’étant toujours pas reparue sur le marché en quarante-six ans, les enquêteurs pensent que l’œuvre a été détruite, volontairement ou non, nul ne peut le dire. Demeurent le traumatisme évident d’un tel vol, et un mystère bien épais…

Une opinion qui n’est cependant pas partagée par Lynda Albertson, directrice de l’ARCA (Association pour la Recherche sur les Crimes envers l’Art), qui tient à se montrer confiante quant à la réapparition inopinée, un jour, de la toile du Caravage. Là où beaucoup pensent qu’elle a été détruite, Albertson maintient que les membres de la mafia sicilienne avaient parfaitement conscience de la valeur de l’œuvre, et qu’ils ne l’auraient pas réduite à néant aussi facilement. De même, l’actualité nous prouve régulièrement que des œuvres volées font souvent leur apparition dans des salles de vente ou dans des musées, parfois un siècle après leur larcin. Peut-être le scénario se produira-t-il pour ce Caravage ? Malheureusement, tout cela ne fait que renforcer l’idée que le trafic des œuvres d’art reste un marché fructueux pour des associations de malfaiteurs en tout genre, comme on l’a vu pour l’État Islamique ou lors du récent vol commis à Vérone.

Le Caravage, craie sur papier par Ottavio Leoni, vers 1621, Florence, bibliothèque Marucelliana.Ottavio Leoni, Le Caravage, vers 1621, Florence © bibliothèque Marucelliana

 

La technologie à la rescousse

Il faut donc très probablement faire une croix sur l’original de cette réalisation de l’artiste baroque, dépeignant l’enfant Jésus reposant sur un modeste lit de paille, entouré de la famille sainte et d’un ange portant une bannière « gloria in excelsis deo » (Gloire à Dieu, en latin).  Certainement peinte à Rome, le Caravage l’aurait emportée avec lui lors de son voyage jusqu’en Sicile, avant d’être accrochée dans l’Oratoire San Lorenzo, où elle fut dérobée. Une action qui porte la marque de la terreur que faisait régner l’organisation mafieuse Cosa Nostra sur la petite île de méditerranée.

L’initiative de rendre au lieu de culte son tableau volé fut initiée par le groupe de chaînes de télévision Sky, qui passa commande à Factum Arte, une société italo-espagnole spécialisée dans la reproduction d’œuvres d’art (on leur doit une célèbre réplique grandeur nature de la tombe de Toutânkhamon), d’une réplique de la fameuse toile du XVIIe siècle. La réplique, désormais prête, sera accrochée en grande pompe dans l’oratoire samedi 12 décembre, tandis que la cérémonie sera présidée par Sergio Mattarella en personne, actuel président de la République italienne. Tout un symbole, quand on sait que le frère de Mattarella, Piersanti, fut assassiné par la mafia en 1980.

Oratorio_di_San_LorenzoL’oratoire, et l’emplacement vide de l’oeuvre © Samuele Piazza – Wikimedia Commons

 

Répliquer pour préserver ?

La tâche ne s’annonçait pourtant pas aisée pour Factum Arte. En effet, les conservateurs, artistes, et ingénieurs informatiques ne disposaient comme base de travail que quelques photographies, souvent de pauvre qualité, du tableau en question, qui dormaient depuis des années sous la poussière de l’Institut de Restauration de Rome. Cependant, les clichés permirent tout de même à l’équipe de reproduire le style du Caravage et ses touches de pinceau, tandis que pour le reste de l’inspiration, ils allèrent la glaner en étudiant d’autres travaux du maître qu’on estime avoir été réalisés à la même époque que La Nativité.

Une nouvelle encourageante pour ceux qui ont foi en la technologie pour aider à la préservation ou au souvenir des œuvres dégradées, partiellement détruites ou disparues. Même si une réplique du XXIe siècle ne pourra évidemment jamais prétendre au prestige et à la valeur d’une œuvre de maître, les techniques actuelles d’analyse fine et précise permettent de recréer des travaux des plus fidèles aux originaux, qui parviennent à capter l’essence de la patte artistique du créateur.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE