Votre action a été enregistrée avec succès !


expo_une_favori
expo_cercle_1 CY TWOMBLY

30/11/2016 > 24/04/2017

Centre Pompidou

- PARIS

expo_cercle_3 VIVRE !

18/10/2016 > 08/01/2017

Musée de l'histoire de l'immigration - PARIS
expo_cercle_5 BRASSAÏ

09/11/2016 > 30/01/2017

Centre Pompidou - PARIS

LA NEWSLETTER

Avec « Le dernier voyage de l’énigmatique Paul WR », Romain Quirot confirme son talent

Agathe Lautréamont 9 décembre 2015

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Lauréat des Audi Talent Awards, le réalisateur Romain Quirot présentait lundi soir un court-métrage de science-fiction unique en son genre, symbolique, à rebours des codes poncifs et spectaculaires. Critique.

paul monde

Les couleurs sont neutres, légèrement jaunies, comme si l’image avait eu le temps de se dégrader au fil du temps. Ou peut-être est-ce à cause de l’atmosphère du film, aride, polluée et dénuée de toute vie qui teinte d’ocre la caméra de Romain Quirot ? Toujours est-il que c’est face à une fable particulièrement travaillée et intelligemment écrite que nous nous trouvons, lorsque le jeune réalisateur nous embarque pour ce dernier voyage réalisé par un personnage mystérieux, peu loquace et torturé qu’est son héros Paul WR.

Comme des tableaux, des actes précis et délimités, chaque étape du récit de science-fiction est dominée par une couleur. Le jaune lors de la mise en place du décor, le vert glauque et malsain dans l’univers étouffant de consumérisme qu’est un centre commercial exigu, brune et dorée lorsqu’enfin, après avoir disparu pendant un temps qu’on ne nous donnera pas, l’astronaute Paul WR se décide enfin à venir au secours de notre planète pour qui, pourtant, il est déjà trop tard.

paul hésite

Afin de renforcer notre immersion dans son univers teinté de poésie et d’esthétisme un peu old school (le futur comme il nous est présenté dans le film est tel qu’on se le figurait dans les années 1960, et c’est délicieux !), Romain Quirot privilégie les objectifs à grande ouverture (ou les longues focales !) , misant tout sur le visage de ses personnages en plans serrés, tandis que le fond de la scène se brouille dans un très beau flou aux touches lumineuses incroyables, qui renforce notre lien avec la palette de personnages. Des paraboles plus que de véritables caractères, mais toujours très réussis.

On pense à Luc Besson qui adore tant ces gros plans sur les expressions faciales des acteurs, mais également à Michael Haneke lorsque, sans crier gare, Paul WR brise le quatrième mur en s’adressant, les yeux dans les yeux, directement aux spectateurs pour nous conter sa douloureuse histoire d’homme possédant un don maudit : celui d’entendre, continuellement, dans un brouhaha assourdissant et désespérant, les pensées des gens. On comprend alors immédiatement pourquoi l’astronaute à la barbe de trois jours a accepté cette mission-suicide en direction de la Lune Rouge qui menace de détruire notre Terre.  Quant à l’ambiance désertique, ravagée par la sécheresse et par la rouille des infrastructures vieillissantes de la main de l’homme, elle nous remémore ce monde rugueux et austère que les frères Cohen dessinèrent dans No country for old men.

paul commerce

Car tout au long du court-métrage, on assiste au cheminement solitaire du personnage principal, dont on sait si peu, hormis cette malédiction qu’il traîne à la manière d’un boulet, le long de son parcours sur une planète déshumanisée et en ruine. Il hésite, car il a été amoureux d’une femme, une figure éthérée et idéalisée de présence providentielle, qui pouvait le comprendre, lui et son fardeau.

Il hésite aussi après un dialogue lourd de non-dits et de sous-entendus entre l’astronaute et un passant anonyme, qui le supplie intérieurement de ne pas partir pour la Lune Rouge, de ne pas « les sauver », eux, ces humains qui ont savamment, avec une patience méticuleuse et obstinée, détruit leur planète qui avait pourtant des allures de Paradis. À quoi bon en effet, secourir une espèce qui dès qu’elle en aura la possibilité (et la technologie) trouvera une autre planète à coloniser, puis détruire de nouveau, dans une réitération absurde et révoltante ?

paul lune

Archétype voulu et assumé du sauveteur solitaire, dépassé par l’immense tâche qui lui incombe, Paul WR n’en demeure pas moins attachant. Hugo Becker, qui joue l’astronaute, incarne parfaitement ce personnage torturé, cet esseulé qui fait face à un dilemme inextricable. Seul au monde, puisque son don l’empêche de nouer des liens étroits avec ses semblables, effrayé par son rôle de héros tenant entre ses mains l’avenir de l’Humanité, Paul WR nous raconte ses doutes, ses souvenirs de la femme aimée, avec un ton un peu théâtral, récité, renforçant le sentiment d’irréel et d’onirique qui enveloppe le court-métrage du début à la fin. Fin d’ailleurs, qu’on vous laisse le plaisir de découvrir.

Réalisation léchée, galerie de personnages parfaitement brossés, thématiques universelles mais qui évitent pourtant l’écueil des redites… Vous l’avez compris, on a adoré Le Dernier Voyage de l’énigmatique Paul WR. Romain Quirot est un talent à suivre de très près.

Images extraites du court-métrage Le Dernier Voyage de l’énigmatique Paul WR de Romain Quirot.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE