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« Rosa Parks fait le mur » : 400 mètres de street art pour créer le dialogue

Jéremy Billault 8 décembre 2015

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Rue d’Aubervilliers, entre les 18e et 19e arrondissements de Paris, le mur qui longe les rails de la future gare Rosa Parks prend des couleurs. Grâce à un projet intitulé Rosa Parks fait le mur, cinq artistes renommés réalisent la plus grande fresque de street art parisienne sur un mur long de 400 mètres. Inaugurée le 19 décembre prochain, la fresque de ce mur-forum restera en place pour une durée de six mois en essayant de créer un véritable espace de discussion, de création et d’ouverture sur son public et son quartier.

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C’était il y a soixante ans. Le 1er décembre 1955 à Montgomery (Alabama), Rosa Parks refuse de céder sa place à un passager blanc dans un bus. Arrêtée par la police et condamnée à payer une amende de 15 dollars, elle fait appel et attire l’attention du jeune Martin Luther King qui décide alors de lancer une campagne de boycott contre la compagnie de bus. Quelques mois plus tard, en novembre 1956, la Cour Suprême supprime les lois ségrégationnistes.

Soixante ans plus tard, donc, c’est à Paris que le symbole Rosa Parks semble s’être installé. À son nom, un quartier, une gare (inaugurée le 13 décembre) et un mur, celui de la rue d’Aubervilliers, le long des rails. Pour marquer le coup (celui de l’anniversaire comme celui de l’inauguration), l’association GFR, collectif basé dans le nord-est parisien à l’origine de plusieurs projets artistiques, a bénéficié du budget participatif de la ville de Paris. Leur projet ? Un mur. Plus précisément, le mur qui marque la frontière entre les 18 et 19e arrondissements, partie intégrante et un peu triste du nouvel équipement ferroviaire qui deviendra (quand il sera terminé) la plus grande fresque de la capitale. Pour recouvrir les 400 mètres de mur qui relient la gare au pont Riquet, cinq street artists ont rassemblé leurs bombes et redonné vie à une parcelle qui, jusqu’ici, semblait éteinte.

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Esthétiquement, le pari est gagné : chaque artiste a imposé sa patte tout en incorporant un état d’esprit commun, un message d’ouverture, de paix et une invitation au dialogue. Aux immenses personnages en noir et blanc de Katjastroph répondent les couleurs vives des visages de Kashink, les symboles envoûtants de Zepha ou les portraits de Tatyana Fazlalizade et leur message fort.

Mais c’est du côté de l’impact de cette fresque sur son environnement qu’il faut regarder. Installée dans un quartier considéré comme sensible, l’œuvre se présente comme un « mur-forum », un lieu de rencontre, de discussion, de création participative. Depuis octobre, les artistes sont en place pour créer de A à Z cette fresque monumentale et la réception est positive. Pas de graffiti, pas de dégradation, les passants sont curieux, interrogent et dialoguent avec les artistes. Au moment d’écrire des mots d’amour autour de ses visages, Kashink demande aux passants et aux journalistes de lui proposer un mot d’amour personnel, intime, qui se joindra a ceux de dizaines d’autres individus.

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Plus qu’une fresque, Rosa Parks fait le mur est un laboratoire. Un espace long de plusieurs centaines de mètres, un projet financé par la ville via un budget consacré aux projets des Parisiens. De sa création à sa réception, l’œuvre est un phénomène. Elle est le témoignage d’une pratique illégale, personnelle, discrète et rebelle devenue légale, respectée (en galerie et en salle des ventes) subventionnée et participative. Cette mutation est clairement exploitée du côté du Centquatre.

Imaginée par Rstyle (une structure de promotion des cultures urbaines), la galerie à ciel ouvert qui vient compléter le travail des cinq artistes invité présente les œuvres de six artistes réputés (Combo, entre autres, créateur de la Jeanne de Paname vandalisée). Ces œuvres sur le mur seront littéralement encadrées, comme dans une galerie d’art, comme pour la plus noble des peintures. L’ensemble, à ciel ouvert, bénéficiera pourtant de la solennité du cadre, de sa limite totalement repensée et réinterprétée.

Au cœur d’un quartier stratégique, berceau parisien des cultures urbaines, le street art s’impose donc dans l’approbation et la bienveillance générale. Pour les artistes, l’ambivalence identitaire est difficile (Kashink, par exemple, varie entre les plus grandes foires internationales et la pratique illégale et originelle de son art, comme l’avait fait Shepard Fairey invité par Detroit et condamné pour avoir un peu débordé), mais l’avancée est réelle.

Dans cette optique, Rosa Parks pourrait nous revenir. Elle qui, à l’époque, avait défendu sa liberté et sa liberté d’expression devient, aujourd’hui, rue d’Aubervilliers, le symbole de ce qui pourrait être la forme d’art public la plus aboutie. Aboutie par son support, par sa technique et par sa considération du public dont elle illustrera le quotidien.

Photos © Jérémy Billault, GFR/Véronique Drougard.

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