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Les œuvres cachées, épisode 4 : la fresque de Léonard de Vinci à Florence

Agathe Lautréamont 8 décembre 2015

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Décidément, Léonard de Vinci a de tout temps déchaîné les passions. Et l’histoire de la supposée découverte de la fresque La Bataille d’Anghiari par le maître florentin cristallise bien cette ardeur du grand public pour l’artiste mort à Amboise en 1519.

Pierre Paul Rubens, Dessin d'après La Bataille d'Anghiari par De Vinci, Paris, Musée du LouvrePierre Paul Rubens, gravure d’après La Bataille d’Anghiari par Léonard de Vinci, vers 1603, Paris, Musée du Louvre

 

Tout commence le 12 mars 2012, lorsque Maurizio Seracini, professeur à l’Université de San Diego en Californie, annonce toutes trompettes sonnantes que la fameuse fresque que l’on croyait perdue depuis quatre siècles a enfin été retrouvée, cachée derrière une œuvre de Giorgio Vasari, La Bataille de Marciano, trônant dans la salle des Cinq Cents du Palazzo Vecchio de Florence. C’est un communiqué officiel publié par National Geographic, partenaire financier du projet de recherche de l’œuvre oubliée, qui le déclare. Dans ce texte, on peut lire que divers éléments scientifiques ont été analysés, et tendent à confirmer l’hypothèse de la présence de la peinture du génie italien derrière le mur qui reçoit aujourd’hui la fresque de Vasari.

Quelles sont ces fameuses preuves ? Grâce à des micro-caméras et des sondes passées derrière la peinture de Giorgio Vasari, les experts scientifiques ont retrouvé plusieurs détails qui ont stimulé leurs espérances, et renforcé leurs fortes suspicions. D’abord, un échantillon de peinture noire a été retrouvé, qui comporte la même composition chimique que le noir utilisé pour réaliser La Joconde ou le Saint Jean-Baptiste, tous deux exposés au musée du Louvre.

Des fragments de peinture rose ont également été décelés, renvoyant aux techniques de laque rouge utilisées au XVe siècle. Enfin, sur le mur de brique qui se situe derrière celui qui reçoit l’œuvre de Vasari, on a trouvé des traces de peinture marron. Cependant, après l’énumération de ces « preuves », le communiqué demeure prudent, et affirme que s’ils sont encourageants, ces éléments doivent encore être profondément analysés, et que beaucoup de travail reste nécessaire afin de résoudre le mystère.

Giorgio Vasari, La Bataille de Scannagallo, FlorenceGiorgio Vasari, La Bataille de Marciano, Florence, Palazzo Vecchio

 

Cependant, la presse italienne ne tarde pas à s’emparer de l’affaire. Premier sujet de l’ire des journalistes : la façon dont les recherches ont été menées. En effet, afin d’atteindre le second mur caché qui recevrait La Bataille d’Anghiari de De Vinci, les scientifiques ont été obligés de percer le mur actuel, et donc endommager l’œuvre de Vasari ! Dans un second temps, l’empressement de Maurizio Seracini et de National Geographic à annoncer leur « découverte » fait grincer des dents, alors que tout compte fait, aucune preuve tangible n’a réellement été trouvée. Coup de com’ ?

Certains susurrent à l’époque que l’universitaire aurait fondé son hypothèse sur une simple inscription apposée sur un étendard dans l’œuvre La Bataille de Marciano : « Cerca Trova » qui signifie en italien « Qui cherche trouve ». Un indice bien faible pour justifier la dégradation d’une œuvre séculaire inestimable. Seracini se serait-il laissé emporter par un coup marketing à la Da Vinci Code ?

La « bataille » pour La Bataille d’Anghiari s’étirera jusqu’en décembre 2012, lorsqu’une enquête est ouverte pour actes de vandalisme présumés commis sur le travail de Vasari. Les forces de police investissent alors le Palazzo Vecchio, vérifient que tout est en ordre, tandis que le maire de Florence de l’époque, un certain Matteo Renzi, tente d’éteindre l’incendie comme il peut, arguant que ces recherches n’ont pas été menées en dépit du bon sens et sans aucune forme de sécurité, mais qu’elles sont au contraire très importantes pour la ville de Florence et plus largement, l’histoire de l’art.

cerca trovaLe détail de la discorde, Cerca Trova, sur l’oeuvre de Vasari

 

Malheureusement, encore aujourd’hui, aucune trace de la fameuse œuvre perdue de Léonard de Vinci. Car si certains pigments noirs ont pu révéler une composition proche de ceux utilisés par le maître de la Renaissance, les autres sont hors de portée des petites caméras (dont la technologie a été à l’origine inventée pour traiter les malades du cancer). Impossible donc d’espérer une analyse et une datation qui pourrait confirmer ou infirmer que la fresque se trouve là, à quelques centimètres sous le mur peint par Giorgio Vasari.

L’affaire ayant eu un retentissement catastrophique, et les chercheurs échaudés par les maigres informations décelées, les recherches en restent là. Pour combien de temps ? Beaucoup espèrent véritablement retrouver cette Bataille exécutée par Vinci en 1505, mais laissée inachevée par l’artiste qui quitta Florence en 1506.

Mais quand bien même la peinture a effectivement été réalisée dans cette fameuse salle des Cinq Cents, en reste-t-il seulement quelque chose ? L’histoire de l’art rapporte que l’artiste de génie aurait utilisé une méthode particulière pour cette réalisation : la peinture à l’encaustique, qui consiste à délayer des pigments dans de la cire d’abeille chaude. Peut-être est-ce là la seule mauvaise idée du génial artiste… Connue depuis l’Antiquité, cette technique n’aurait malheureusement pas adhéré au mur de brique du Palazzo Vecchio, et l’œuvre aurait déjà, du vivant de Vinci, commencé à s’effacer.

Chargé de rénover le mur du Palais en 1563, Vasari aurait cependant tenu à conserver ce qui pouvait l’être de l’œuvre de son prédécesseur, en faisant monter un nouveau mur en brique pour exécuter une nouvelle fresque. C’eût été en effet sacrilège pour lui que de recouvrir purement et simplement une telle oeuvre ! Les chercheurs devront peut-être se contenter de la gravure de Lorenzo Zacchia reprenant la fresque, gravure elle-même reproduite par Pierre Paul Rubens en 1603.

Retrouvez nos épisodes précédents sur les œuvres cachées :

Épisode 1 : Un visage derrière un Vincent van Gogh

Épisode 2 : Une silhouette dans la Chambre Bleue de Picasso

Épisode 3 : Un visage grec sous une fresque romaine

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