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Découverte de l’épave du San José et de son trésor : à qui reviendra le magot ?

Agathe Lautréamont 8 décembre 2015

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Après trois siècles de mystère, le fier galion San José (ou plutôt ce qu’il en reste) a été retrouvé dans les eaux bordant les îles Corales del Rosarion, au large de la ville Carthagène des Indes, en Colombie. L’annonce a été faite par le président colombien en personne, Juan Manuel Santos. Valeur estimée du trésor : 3 milliards d’euros.

La bataille de Baru recréée par le peintre Samuel Scott.Samuel Scott, Combat naval au large de Carthagène, 1772, Londres, Musée de la Marine

 

La ruée vers l’or

Mais ce que tous avaient en tête à l’annonce de cette fabuleuse découverte n’était pas tant l’épave de bois de ce vaste bateau espagnol, mais plutôt son contenu… En effet, sombrant corps et biens dans les mers caribéennes, son incroyable butin a été également envoyé par le fond. Un trésor qui a provoqué l’enthousiasme du président colombien, évoquant le plus important trésor découvert dans l’histoire de l’humanité. Un peu gonflé, le président ? Pas du tout ! Les historiens estiment en effet que la valeur du butin gardé dans les cales du navire avoisinerait aujourd’hui les trois milliards d’euros !

Coulé en 1708 au cours de la bataille de Baru, en pleine guerre de succession d’Espagne, le San José était le vaisseau amiral d’une flotte faisant la navette entre l’Espagne et ses possessions coloniales américaines, transportant des quantités affolantes d’or et d’argent, propriétés du roi Philippe V. Leur convoitise aiguillonnée par ce butin sans commune mesure, les chercheurs de trésors étaient sur la piste de ces lingots engloutis, faisant sans cesse chou blanc dans leurs investigations. Il faut dire que la zone à ratisser était très vaste. Aussi certains se mirent à étudier les vents et les courants au XVIIIe siècle, et plongèrent le nez dans les archives coloniales espagnoles et colombiennes dans l’espoir de récolter quelques indices.

© Handout - ReutersUne partie de la cargaison du San José © Handout – Reuters

 

Pour une poignée de dollars

C’est finalement le 27 novembre dernier que le galion a été retrouvé, là où aucune fouille sous-marine n’avait encore été menée. Ce sont des canons de bronze ornés de dauphins gravés dans le métal qui permirent d’identifier formellement le vaisseau. Et, cerise sur le gâteau : cinq autres épaves furent découvertes à la même occasion, avec des cargaisons de bien moindre importance. Des découvertes complémentaires qui ne sont cependant pas surprenantes, puisqu’on estime à un millier le nombre d’épaves qui seraient là, à gésir le long de la côte caribéenne de Colombie.

Néanmoins, qui dit trésor, dit appétences. Et alors que l’on a à peine appris la découverte de l’épave, déjà la machine juridique s’est mise en branle.  Car avant de pouvoir vendre ou prêter ces pièces archéologiques à des musées, la Colombie va devoir gagner quelques batailles judiciaires. L’une d’entre elles oppose le pays à la société américaine SSA (Sea Search Armada), avec laquelle elle a signé un accord en 1979, stipulant qu’elles doivent se partager le fruit de ces recherches à parts égales. Cependant, trois ans après cette signature, le président de l’époque Belisario Betancur Cuartas, avait cassé le contrat, ramenant la part de la SSA à 5%.

2 © Handout - ReutersUne partie de la cargaison du San José © Handout – Reuters

 

Et pour quelques dollars de plus…

Du côté du Pérou, on réclame aussi sa part du gâteau, arguant que les pierres précieuses, l’or et l’argent transportés par le bateau provenaient presque essentiellement des mines situées sur son territoire. Le Panama s’en mêle également, puisque le bateau y avait accosté et s’y était ravitaillé avant de partir sur les mers (et d’être promptement coulé par les forces anglaises). Enfin naturellement, l’Espagne, nation d’origine du San José, entend bien faire valoir ses droits. Doit-on aussi parler des descendants des onze marins qui survécurent au naufrage du galion… ?

Or c’est bien à la SSA (qui est déjà à l’origine de la découverte de l’épave du Titanic) que l’on doit la découverte des restes du San José au fond des eaux. Mais celle-ci va devoir se heurter au ministère de la Culture de Colombie qui a passé une loi énonçant qu’est propriété du pays chaque navire naufragé se trouvant dans son territoire maritime. Histoire de couper l’herbe sous le pied à tout chercheur de trésor qui serait venu fouiner un peu trop profondément dans les mers proches du territoire colombien… Reste maintenant à savoir comment cet imbroglio judiciaire va se démêler dans les mois (années ?) à venir.

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