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Un poil d’ours polaire pourra-t-il authentifier le dernier Jackson Pollock ?

Jéremy Billault 2 décembre 2015

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Un demi-siècle après sa création, un tableau qui a été l’objet d’un débat permanent est peut-être sur le point de trouver son auteur. Signée Jackson Pollock selon sa maîtresse de l’époque, l’œuvre est rejetée par la femme légitime du peintre et toujours indéterminée faute de preuve. Mais une découverte étonnante pourrait bien changer la donne et authentifier le tableau pour de bon : un poil d’ours polaire retrouvé sur la toile. Histoire.

PollockRed, black and silver, Jackson Pollock (?), 1956

 

Une histoire d’amour passionnelle (et extraconjugale), un vrai/faux tableau, un scientifique, un agent en quête de vérité et… un ours polaire : tels ont les éléments d’une affaire (racontée par The Art Newspaper) qui, après un demi-siècle de querelles et d’investigation, pourrait enfin être résolue. Tout tourne autour d’un tableau, un tableau dont la signature est encore indéterminée mais dont certains prétendent qu’il est de la main de Jackson Pollock.

The Affair

D’un côté, Ruth Kligman (1930-2010), maîtresse du peintre et propriétaire du tableau, qui a passé les vingt dernières années de sa vie a essayer de faire authentifier le tableau au point d’écrire un livre pour recenser les preuves. Selon elle, Jackson Pollock a peint Rouge, noir et argent en son honneur, quelques semaines avant sa disparition tragique dans un accident de voiture (auquel Ruth a survécu) en 1956. Pendant des années et, donc, jusqu’à sa mort en 2010, Kligman a fait appel à tout le monde (artistes, collectionneurs, experts, professeurs et curateurs) pour authentifier et vendre sa précieuse toile.

Mais, dans le camp d’en face, on ne le voit pas du même œil. Le camp d’en face ? Evidemment celui de l’épouse légitime, Lee Krasner (1908-1984) décidée à ne rien laisser à celle qui, entre autres, voyageait avec son mari au moment de l’accident. Lee Krasner, qui elle aussi était peintre, a joué un rôle décisif dans la carrière de Jackson Pollock et la valorisation de son œuvre, lui conseillant notamment de remplacer les titres par des numéros pour concentrer l’attention sur la peinture elle même (on notera que le tableau du scandale est quant à lui intitulé Rouge, noir et argent).

A la mort de son mari, Krasner est furieuse et s’exprime dans des œuvres violentes, de très grandes dimension. Quand Kligman dévoile le tableau, Krasner refuse d’y croire et de laisser celle qui avait attiré son mari profiter d’un travail de longue haleine. Elle rejette donc le tableau, appuyée par un bureau d’authentification, le bureau Pollock-Krasner. Logique.

« Ton propre Pollock »

loveaffairLa couverture de Love Affair, les mémoires de Ruth Kligman, 1999.

 

Opportunisme d’une part, jalousie de l’autre, difficile de s’y retrouver. En 1999, dans son livre intitulé Liaison amoureuse, Ruth Kligman raconte ses souvenirs sous la forme d’une lettre adressée à Pollock lui-même :

« J’ai apporté la toile sur la pelouse, tu es vite allé chercher ton matériel de peinture, et je t’ai regardé, éblouie, créer l’œuvre. Comme tu étais incroyable, miraculeux cette après-midi-là, dans le soleil,  dans la maison de Springs, me souriant… quand tu as eu fini ce tableau pour moi tu as dit : « Voici ta peinture, ton propre Pollock ». »

Si rien ne prouve que ces paroles sont un véritable souvenir, la grande course à l’authentification ne s’arrête pas là. Epaulée par son agent, Kligman essaiera pendant des décennies et jusqu’à sa mort de faire authentifier sa peinture, son Pollock, le dernier Pollock. En 2012, l’agent en question décide de vendre le tableau via la maison de vente new-yorkaise Philips De Pury qui le retire rapidement de la vente pour approfondir les recherches.

Ursus ex machina

C’est donc la science qui, par tous les moyens, déterminera qui de l’épouse ou de la maîtresse avait raison. C’est là qu’intervient Nicholas Petraco : un expert (au sens série-télévisuel du terme), membre de la police scientifique recruté en 2013 pour relever le moindre détail. Et quel détail.

polar-bear3© DR.

 

« J’ai traité le tableau comme une scène de crime », dit-il avant de révéler sa découverte un peu farfelue : un poil. Mais pas n’importe quel poil : celui d’un ours polaire. Sur la toile. Un poil d’ours polaire. Et cela est un immense pas en avant. Ce poil d’ours polaire pourrait provenir (sauf atelier dans un igloo) d’une peau d’ours posée sur le sol de l’atelier d’East Hampton où Pollock entreposait, également au sol, certaines de ses toiles.

Une chose est donc certaine, en 2015 : la toile provient de l’atelier de Pollock. Le dernier soupçon pourrait se porter sur Ruth Kligman, elle aussi peintre, qui aurait pu exercer son art dans le studio de son amant et tromper son monde à sa mort. Mais, devant la toile, cette hypothèse semble absurde. En 1995, Leo Castelli, expert et marchand d’art, écrivait dans une lettre à Ruth Kligman : « Il est évident que la toile a été réalisée avec un talent et des compétences dont seul Pollock disposait ».

Si malheureusement, aucune des deux femmes n’est encore de ce monde au moment de cette découverte plantigrade, le tableau, lui, pourrait sortir d’une ombre qu’il n’a pas méritée, près de cinquante ans après sa création. « Un musée serait idéal, déclare Lisa Ivorian-Jones, curatrice et collègue de l’agent de Ruth Kligman, ou quelqu’un proche d’un musée qui garderait cette toile à New York ». Car ce qui à l’époque n’était qu’histoires de cœur, est aujourd’hui histoire de l’art.

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