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« Tout est incompatible entre nous » : quand les artistes disent non à Marine Le Pen

Jéremy Billault 1 décembre 2015

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Le 26 novembre dernier, Marine Le Pen s’est adressée directement aux artistes dans une lettre ouverte transmise au journal Le Monde. Dans une volonté manifeste de rapprochement, la présidente du Front National envisage la création de pépinières d’artistes pour aider les artistes locaux. Quelques jours plus tard, un collectif d’artiste répond, loin d’être dupe face à cette tentative de rapprochement étonnante. Analyse.

LILLE, FRANCE - NOVEMBER 30: Marine Le Pen, leader of the French far-right National Front (FN) party, gives a speech during her campaign rally for the upcoming regional elections in the Nord-Pas de Calais-Picardie, on November 30, 2015 in Lille, France. (Photo by Sylvain Lefevre/Getty Images)Marine Le Pen en meeting à Lille le 30 novembre 2015. Photo Sylvain Lefevre/Getty Images.

 

« Tout est incompatible entre nous ». C’est un stop, c’est un râteau… bref on l’aura compris, entre Marine Le Pen et les artistes français, on est au-delà du désamour, de la répulsion et de la friendzone. La présidente du Front National avait pourtant fait le premier pas : une lettre ouverte pleine de compassion et d’ouverture vers un monde qui, on peut le dire, était loin de lui accorder l’amour et la confiance qu’elle semble chercher en lui. « Je tenais à m’adresser directement à vous pour vous dire combien, comme artistes, vous comptez à mes yeux pour la région, l’animation de sa vie culturelle et l’effervescence créative qu’elle doit impulser ». Une lettre donc pour annoncer des mesures et un soin tout particulier apporté aux artistes de la région Nord-Pas-De-Calais Picardie dont Marine Le Pen brigue la présidence.

Un local pour locaux

Parmi ces mesures, « l’implantation de pépinières d’artistes sur tout le territoire de la région ». La candidate développe : « Des artistes de tout âge de notre région y seront accueillis pour plusieurs mois pour y créer en toute liberté, dégagés des soucis matériels : logement, mise à disposition d’ateliers ou de studios de création ». En clair, le Front National veut créer des résidences sur lesquelles il aura un contrôle absolu, réservées aux plus locaux des artistes locaux.

À Fréjus déjà (mairie Front National), certains artistes bénéficient d’un loyer modéré pour pouvoir créer en toute liberté. Jusqu’au jour où le maire David Rachline a donné l’ordre auxdits artistes de prendre en charge les élèves des écoles de la ville dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires. Gratuitement. Sans formation. Sous peine de perdre leur loyer modéré. Mais en toute liberté.

Cibles principales de cette proposition : les Fonds Régionaux d’Art Contemporain (FRAC), qualifiés dans certains slogans du parti d’extrême droite de « Fonds Régionaux d’Aides au Chômeurs ». « Vous l’avez compris, explique Marine Le Pen, nous souhaitons rompre avec la logique actuelle des FRAC qui encouragent, selon nous, trop souvent les circuits commerciaux en oubliant la création artistique proprement dite ». L’objectif est donc de recentrer la culture sur la création locale, sur des artistes qui n’ont pas de relations et trouveront dans la pépinière tout le matériel dont ils ont besoin. Et même un bel avenir. Car oui, Marine Le Pen a tout prévu pour ses futurs pépins… pépites… fruits (?), jusqu’à la communication et la diffusion qui seront « gratuitement proposées », « services d’attachés de presse » compris.  S’ensuivent logiquement les expositions et le bouquet final de la création régiono-locale : « des expositions des œuvres de ces artistes seront organisées dans la région et à Paris, dans des lieux prestigieux comme le Grand Palais ». Pour le MoMA et la Tate Modern, on attend toujours confirmation.

Pour ce qui est de la liberté d’expression, Sébastien Chenu annonce immédiatement la couleur. En transmettant la lettre de Marine Le Pen au journal Le Monde, celui qui, en cas de victoire du FN, serait vice-président de la région NPDCP chargé de la culture, précise : « Il ne s’agit pas d’intervenir sur la politique éditoriale, mais il faut qu’on parle un peu du fond », avant d’ajouter, « Si un lieu veut faire une exposition sur les migrants, nous ne verserons pas un euro sur cet événement ». Voilà pour la liberté.

Pas intéressés

Quelques jours plus tard, 382 artistes (parmi lesquels Adel Abdessemed, Christian Boltanski, Annette Messager, Tania Mouraud, Ange Leccia ou encore Raphaël Zarka ) ont répondu à la présidente du Front National, eux aussi dans une lettre ouverte publiée sur Facebook. Dans cette réponse/réaction, on dénonce la récupération politique, celle d’une culture qui, avant le 13 novembre, était loin d’être au cœur des préoccupations du Front National (Marion Maréchal-Le Pen déclarait fin octobre qu’elle refuserait de « financer les délires d’esprits manifestement dérangés » de l’art contemporain, tandis qu’un élu de Marseille évoquait à propos du fameux Tree de Paul McCarthy, dans un subtil parallèle avec la période nazie, une forme d’« art dégénéré »). Soudainement, parce qu’elle est meurtrie et attire plus que jamais l’attention du pays entier, la culture deviendrait le fer de lance du FN, celle qui compte, celle qu’on doit absolument entretenir. De la récupération, donc, et des mesures cachées, un contrôle annoncé sous les traits de la liberté : les artistes déclarent haut et fort ne pas être dupes : « Tout est incompatible entre nous ».

Lire la lettre ouverte des artistes à Marine Le Pen :

Madame,

Que vous preniez la plume pour vous adresser aux artistes quelques jours à peine après les actes terroristes qui ont frappé nos valeurs et nos modes de vie ne nous donne aucune illusion sur vos intentions à notre égard. Tout est incompatible entre nous et seuls les intrigants, les traîtres et les crédules pourront croire un instant que la liberté de création a un sens pour le parti qui est le vôtre.

N’imaginez pas non plus une seconde que nous ne soyons pas conscients que notre société souffre de misère morale et que les victimes du 13 novembre demandent justice. A cette différence près que vous pensez « assainir » notre pays et lui redonner le goût du courage et de l’audace en fermant portes et fenêtres alors que nous pensons, à l’opposé, qu’il faut les ouvrir pour aérer nos esprits troublés au point que certains voient en vous un recours. Nous travaillons et créons en France mais ici comme ailleurs, la liberté de création c’est d’abord l’ouverture à l’autre, celui qui n’est pas moi mais qui est égal à moi, quelles que soient sa couleur de peau, sa nationalité ou sa religion.

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