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Quand l’œuvre paraît : une « tombée de métier » au Mobilier national

Magali Lesauvage 1 décembre 2015

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C’est un événement assez unique auquel on a assisté ce matin du 1er décembre 2015. Dans un atelier de la Manufacture de la Savonnerie, au Mobilier national (Paris XIIIe), on a pu voir sous nos yeux une naissance. Celle d’un objet dont la gestation aura duré 5 années, et nécessité le travail de 5 artisans.

 

Cet objet, un tapis, mesure 6 sur 4,5 mètres (soit 27 m², la taille d’un petit studio). L’auteur du modèle, le designer Frédéric Ruyant, s’est inspiré d’un détail d’une tapisserie du XVIIe siècle, Le Colosse de Rhodes de la tenture d’Artémise, chef-d’œuvre dessiné par Antoine Caron et conservé au Mobilier national. L’artiste a isolé le motif des flots au-dessus desquels s’élève la statue antique, qu’il a agrandi dix-huit fois. Dans une mise en abyme ingénieuse, passant de l’horizontalité à la verticalité, le tapis fait ainsi le lien entre le passé prestigieux de la manufacture de la Savonnerie, première manufacture royale de tapis créée en France, et le contemporain.

Résultat : une symphonie de bleus, de verts et de blancs (vingt-cinq couleurs au total, pour 280 kg de laine teinte sur place) explosant en rouleaux de vagues surmontés de centaines de motifs informes, entre l’algue et l’étoile de mer, qui forment une sorte de résille. Un tissage très serré en haute lisse (dix points, comme autant de pixels, au cm²) donne au tapis un aspect velouté et une grande précision du dessin. L’œuvre, intitulée Écume, intégrera les collections du Mobilier national pour orner ministères ou ambassades – sa destination n’est pas encore connue.

Pour Frédéric Ruyant, il s’agit d’une « expérience unique, à rebours de l’urgence habituelle » de son métier de designer. Là, il a pu, nous confiait-il lors de la cérémonie, « aller au bout de ses intentions et rencontrer les savoir-faire, dans un confort de création inhabituel ».

Entamé en 2009, le projet a nécessité cinq années de travail. Le 1er décembre avait donc lieu la « tombée de métier », moment où le tapis est détaché du métier à tisser sur lequel ont travaillé cinq lissières à temps plein. Les fils qui l’y retiennent ont été coupés (formant ainsi les franges) lors d’une petite cérémonie qui réunissait les équipes techniques, les responsables de l’atelier, le tout nouveau directeur du Mobilier national et des manufactures Hervé Barbaret, ainsi que quelques journalistes. Moment saisissant que celui où l’objet monumental est enfin détaché de sa matrice, avant d’être patiemment roulé par une poignée de manutentionnaires et sorti par une grue. Instant sacré de la création artistique où le rêve devient réalité.

Écume sera prochainement visible à la Galerie des Gobelins dans une exposition qui réunira les créations réalisées au Mobilier national.

Photos © Magali Lesauvage.

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