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Leonor Antunes fait pleuvoir l’or au CAPC de Bordeaux

Agathe Lautréamont 30 novembre 2015

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Artiste d’origine portugaise, Leonor Antunes est une figure majeure de la scène contemporaine internationale. Son travail est traversé par une constante : l’obsession pour la proportion, et les manières exploitables par l’Homme pour la modeler à sa convenance. Illustration avec sa dernière exposition en date : Le Plan flexible, à Bordeaux. 

Leonor Antunes © F. Deval – CAPC Bordeaux

 

D’emblée, prenant de court le spectateur curieux de pénétrer dans le musée d’art contemporain de Bordeaux (CAPC), une vision à couper le souffle : la nef centrale est pavée d’un liège de couleur chaude tandis que des lampes à l’éclat rassérénant baignent des sculptures en laiton, métal de couleur dorée, dans une atmosphère où se mêlent le faste et le grandiloquent. À l’origine, ce bâtiment patrimonial qui était destiné à recevoir, stocker voire empiler les denrées perçues dans les colonies françaises, servait de centre névralgique à la ville de Bordeaux au commerce florissant.

Le colonialisme relégué aux colonnes des manuels scolaires, demeure le poids historique d’une telle structure héritée des années 1800, dont les arches monumentales et les plafonds de pierre voûtés renvoient à un reflet de puissance et de foi inébranlable en un avenir glorieux et prolifique.

Or, lorsque Leonor Antunes se vit proposer de prendre possession de la nef, elle ne chercha nullement à apposer ou encore moins imposer son empreinte personnelle, optant pour une réflexion profonde qui donnerait naissance à une installation d’envergure, mais qui entrerait en parfaite résonance avec l’espace qui lui était, de fait, alloué.

Leonor Antunes © F. Deval – CAPC Bordeaux

 

Armée de ses pinces à métaux et de ses petites pièces de laiton, Leonor Antunes imagina une structure grandiose, mêlant un revêtement de sol en liège et strié de métal iridescent, des tables d’une légèreté (toute relative, pourtant) telle qu’on les croirait reposer sur de fins pieds en métal, ainsi que des lampes gondolant dans des arrondis graciles, contrastant ostensiblement avec la matière principale dans laquelle elles ont été forgées.

Au bout de leur tige qu’on imaginerait aisément très souples, des ampoules jettent leurs feux orangés alentour, comme de minuscules foyers ; invitation pour les spectateurs à s’approcher, voir, s’imprégner d’une atmosphère qui nous enveloppe doucement. Enfin, suspendu au-dessus de nos têtes, le clou du spectacle et pièce maîtresse de l’exposition : une draperie elle aussi conçue dans le laiton, aux plis rappelant rideaux, draperies et tapisseries d’antan. On n’est plus très loin de la pluie d’or de Danaé.

7_Leonor Antunes_photo F. DevalLeonor Antunes © F. Deval – CAPC Bordeaux

 

Ce qui est prégnant dans les réalisations de Leonor Antunes, c’est cet appétit pour les formes géométriques, leurs lignes droites et courbes, qui forment des espaces mathématiques à la beauté fascinante : un héritage de la période artistique moderne qu’elle revendique sans cesse dans ce qu’elle imagine pour les musées qui l’invitent. De même, son penchant pour la pratique de l’architecture, telle qu’elle se composait au début du XXe siècle, se perçoit ostensiblement dans l’exposition Le Plan Flexible.

On pense à Le Corbusier bien sûr, avec le leitmotiv d’Antunes consistant à revendiquer le corps comme une unité de mesure. Mais elle préfère cependant citer Lina Bo Bardi, qui signa de sa patte plusieurs bâtiments emblématiques en divers pays d’Amérique du Sud (comme le Musée d’Art de São Paulo, par exemple).

10_Leonor Antunes_photo F. Deval 2Leonor Antunes © F. Deval – CAPC Bordeaux

 

En mêlant ainsi architecture, technique et sciences à son travail, Antunes donne naissance à des installations qui surprennent, et qui peuvent être saisies seulement si l’on prend le temps de se promener au milieu d’elles, découvrant sous tous les angles ces différentes structures sorties de son imagination. Elle fait très souvent appel (comme c’est le cas dans cette installation) à des artisans de son pays d’origine ou du lieu où elle expose, afin d’être épaulée dans sa tâche et dans sa création par le savoir-faire de petits artisans du cru.

Présentant son exposition aux visiteurs, Leonor Antunes expliquait vouloir sonder l’essence historique du lieu afin de s’en approprier la substantifique moelle, grâce à des recherches exhaustives sur le passé de celui-ci. Le lien entre une halle de stockage de denrées alimentaires datant du XIXe siècle et des lampes courbes en laiton est donc des plus limpides.

LEONOR ANTUNES

26/11/2015 > 17/04/2016

CAPC – musée d’art contemporain de Bordeaux

BORDEAUX

LEONOR ANTUNES

Leonor Antunes, de nationalité portugaise, vit et travaille à Berlin.

De nombreuses expositions personn...

Exposition terminée
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