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« La Belle Princesse » de Léonard de Vinci serait l’œuvre d’un faussaire

Agathe Lautréamont 30 novembre 2015

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Authentifié en 2008 par un aréopage d’experts et de scientifiques comme un remarquable dessin de Léonard de Vinci, ce portrait dit La Belle Princesse serait en fait de la main du faussaire anglais Shaun Greenhalgh.

831217-la-belle-princesse-de-vinciLa Belle Princesse, considérée comme étant de la main de Léonard de Vinci © Wikimedia Commons

 

L’affaire a été révélée le 28 novembre par le Sunday Times. Shaun Greenhalgh, faussaire renommé en Grande-Bretagne, a déclaré dans son dernier livre à paraître A Forger’s Tale (L’histoire d’un faussaire), être l’auteur de ce portrait que l’on croit pourtant réalisé par le maître florentin de la Renaissance italienne. Coup de tonnerre dans le petit monde des experts en histoire de l’art ! Auraient-ils été si facilement dupés ? En tout cas, c’est ce qu’affirme l’homme de 54 ans qui a déjà passé cinq ans derrière les barreaux pour fraude.

Et le Britannique d’enfoncer le clou, expliquant que le modèle n’est évidemment pas comme on le pense Bianca Sforza, fille de Ludovico Sforza, mais la caissière du supermarché de Bolton où il travaillait en 1978, époque à laquelle il a exécuté ce portrait…

L’histoire controversée de ce petit portrait (33 x 24 cm) remonte à 1998, lorsque le collectionneur canadien Perer Silverman acquiert le dessin à la pierre noire, craie blanche et sanguine lors d’une vente à New York, chez Christie’s. Alors qu’elle est présentée comme le travail d’un artiste allemand du XIXe siècle, membre du groupe des Nazaréens, Silverman lui, n’y croit pas. Pour ce spécialiste qui peut se targuer de plusieurs redécouvertes majeures dans l’histoire de l’art, dont un Raphaël et deux Van Dyck, aucun doute n’est permis : ce portrait de profil sur vélin n’est autre qu’un De Vinci.

Shaun Greenhalgh © The Bolton News

 

Celui-ci réalise donc une enquête, afin de vérifier ses doutes. Il soumet l’œuvre à des experts de diverses nationalités, et elle se trouve alors vite attribuée par six experts autorisés sur neuf à Léonard de Vinci. Les éléments faisant pencher la balance du côté du maître florentin : le dessin aurait été réalisé par un gaucher, tandis qu’une empreinte palmaire découverte sur le portrait à trois crayons comporterait des similitudes avec celle retrouvée sur le Saint Jérôme de De Vinci. Enthousiasmé par cette découverte d’importance, Peter Silverman clame cette nouvelle dans son livre La Princesse perdue de Léonard de Vinci, paru en 2012 chez Art Éditions.

Problème : l’acquéreur semble avoir ostensiblement mis de côté les autres experts consultés qui se sont montrés prudents ou sceptiques face à l’authenticité du dessin. En effet, nombreux sont ceux qui ont refusé d’affirmer quoi que ce soit sur la paternité véritable de l’œuvre, comme le professeur Carlo Pedretti, qui note l’absence de lacets sur la manche de la jeune femme, alors que cet élément est typique de la mode italienne du XVe siècle.

Même avis du côté de Pietro Marani, spécialiste de De Vinci en Italie, qui s’étonne du choix du vélin comme support de l’œuvre : le maître italien n’utilisait en effet jamais cette matière. L’absence de craquelures sur le support, l’étrange choix des couleurs pour les joues de la jeune femme, le trait très ferme… autant d’éléments qui font hausser un sourcil à ces experts doutant de l’authenticité du petit dessin.

Leonardo_selfLéonard de Vinci, Autoportrait, 1512-1514, Turin

 

Depuis 2013, l’œuvre est estimée à 150 millions d’euros. Une somme qui devrait être sérieusement revue à la baisse si la supercherie est avérée. La famille Greenhalgh est en effet tristement célèbre en Grande-Bretagne pour son activité florissante de faussaires. Shaun et ses parents, George et Olive Greenhalg, vendirent ainsi une fausse sculpture de Gauguin, une fausse antiquité égyptienne (admirée par le reine Élisabeth II en personne lors de son exposition) et d’autres œuvres encore (une centaine). Shaun se chargeait de créer les faux, tandis que ses parents s’occupaient de les revendre à des musées ou des salles d’enchères. Toute la petite famille fut condamnée, le fils à de la prison ferme, tandis que le couple parental écopait de peines avec sursis.

Un nouveau coup d’éclat donc pour Greenhalgh, qui espère sûrement que cette affaire rocambolesque servira en bien les ventes de son autobiographie citée par le Sunday Times. Ce dernier souligne qu’il se serait servi d’un véritable vélin de 1587 pour exécuter le dessin, tandis qu’il aurait tourné le support de 90 degrés, afin de donner l’illusion que le trait est de la main d’un gaucher, et ainsi imiter le style de Léonard de Vinci. Affaire à suivre…

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