Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Une œuvre religieuse médiévale découverte en Angleterre

Agathe Lautréamont 28 novembre 2015

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Le Fitzwilliam Museum de Cambridge vient de faire une surprenante découverte : un panneau peint représentant la scène biblique du baiser de Judas. Une découverte rare, puisque cette œuvre échappa exceptionnellement  à la vague d’iconoclasme qui coïncida avec la Réforme anglaise.

judasLe Baiser de Judas, détail © Fitzwilliam Museum of Cambridge

 

Daté de la période médiévale, ce panneau de bois orné de peintures figurant l’apôtre Judas embrassant le prophète Jésus-Christ vient d’être découvert par des chercheurs du musée de Cambridge, après avoir traversé les siècles en étant… retourné, le revers ayant été réutilisé à compter du XVIe siècle pour recevoir une autre peinture. Un bel exemple de recyclage artistique, qui permit à cette œuvre aux belles couleurs de survivre à la Réforme débutée en 1534 sous l’impulsion du roi Henry VIII.

Le panneau, acheté par le Fitzwilliam Museum de Cambridge en 2012 était originellement conservé au sein de l’église Saint Mary de Grafton Regis, dans le comté du Northamptonshire. La petite paroisse, n’ayant plus les moyens financiers de prendre soin de l’œuvre, céda ce qu’elle pensait être un simple panneau de bois datant du XVIe siècle représentant (par écrit) les Dix Commandements. Les fonds récoltés permirent au lieu de culte de rénover son plafond.

L’œuvre arriva en piteux état dans les mains du musée. Couvert d’un vernis défraîchi, sali par des toiles d’araignées et des excréments de chauve-souris, l’œuvre était noirâtre tandis que les pigments de peinture étaient décolorés. Difficile dans ces conditions de discerner l’œuvre se trouvant sous ses affres du temps. Quant au dos du panneau, il était lui aussi recouvert d’une planche de contreplaqué. Mais c’est justement derrière cette planche de bois que se trouvait la véritable surprise…

Henry VIII par Hans Holbein le Jeune, National Portrait Gallery, Londres

 

Après quelques travaux de rénovation, quelle ne fut pas la surprise des conservateurs du musée de découvrir des inscriptions dorées sur fonds rouges, des oriflammes, des soldats casqués puis une figure christique. Incroyable ! Le dos du modeste panneau vendu par l’église Saint Mary était en fait une œuvre religieuse du Moyen Âge.

La peinture représente Judas trahissant le Christ par son baiser accusateur, tandis que des soldats lient les mains de Jésus avec une corde. Dans le fond de la composition, des oiseaux volent dans le ciel. On notera également l’exceptionnelle présence et conservation des pigments verts, couleur rarement utilisée au Moyen Âge pour sa mauvaise image et sa fâcheuse tendance à se décolorer très vite.

Interrogée par The Guardian, Lucy Wrapson, restauratrice au musée à l’origine de la découverte, s’enthousiasme de cette trouvaille : « Le plus fascinant en ce qui concerne cette peinture est bien la manière dont elle est parvenue jusqu’à nous. Elle a été clairement réutilisée, et c’est ce qui lui permit de survivre. Il faut se rendre compte à quel point cela est rare ! »

En effet, les historiens semblent s’accorder à dire qu’au XVIe siècle, près de 97% de l’art religieux d’Angleterre fut détruit suite à l’Acte de Suprématie de 1534, qui fit de Henry VIII le « chef suprême de l’Église d’Angleterre ». La seule autre œuvre anglaise représentant l’apôtre Judas est actuellement conservée dans l’église Saint Michael de Mitcheldean, dans le Gloucestershire.

752px-Cromwell,Thomas(1EEssex)01Thomas Cromwell par Hans Holbein le Jeune, 1532, National Portrait Gallery, Londres

 

Le Fitzwilliam Museum pense que l’œuvre fut cachée à dessein, probablement par un amateur d’art ou un religieux qui ne souhaitait pas voir la peinture détruite, cherchant à la préserver de la purge artistique du XVIe siècle. Daté par le dendrochronologiste Ian Tyers, l’analyse permit d’affirmer que le bois est issu d’un arbre poussant dans la région de la Mer Baltique, tandis que l’arbre fut certainement abattu autour de 1423.

Quant à la datation des pigments de peinture, ils donnent une période de création vers 1460. Exposé depuis le 25 novembre au sein du musée, ce dernier songe à offrir une réplique à la petite église Saint Mary, pour la consoler d’avoir vendu sans le savoir une œuvre à la richesse inestimable.

judas 2Le Baiser de Judas © Fitzwilliam Museum of Cambridge

 

Les années qui suivirent l’Acte de Suprématie instigué par Henry VIII furent en effet des plus troubles pour le patrimoine. Nombre de lieux de cultes furent fermés afin d’être démolis, livrés aux flammes ou plus simplement laissés à l’abandon. Encouragé par les dix articles fondateurs de la Réforme rédigés par le ministre du roi Thomas Cromwell, l’iconoclasme put sévir sans restrictions aucune, pillant les églises, réduisant en poussière les sculptures et détruisant les œuvres peintes représentant saints et autres personnages issus de la Bible.

Mais si des mouvements de foule firent disparaître nombre d’œuvres, il faut garder à l’esprit que ces biens artistiques furent avant tout soit réutilisés (comme les objets de culte en métaux précieux), soit vendus et dispersés aux quatre coins du monde afin de renflouer les caisses de l’état qui avaient bien besoin de cet apport qui venait à point nommé.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE