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Rencontre avec Kouka : graffiti, engagement et expressivité

Agathe Lautréamont 25 novembre 2015

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Artiste peintre formé aux Beaux-Arts, passé par le street art avant d’investir les galeries, Kouka a orné les plus grandes villes du monde de ses célèbres guerriers Bantus. Au lendemain des attentats perpétrés par l’État Islamique à Paris, nous lui avons demandé ce qu’il pense des réactions du milieu du graffiti et du pouvoir fédérateur de l’art.

KoukaKouka © Stéphane Davi

 

[Exponaute] Pourquoi cette dominante du noir et blanc dans ton travail ?

[Kouka] Déjà parce que je suis métis, moitié noir, moitié blanc. Le noir et le blanc, c’est l’ombre et la lumière, le ying et le yang. Ma peinture est très expressive, et dans mon travail, je cherche à sculpter la lumière, tout en plaçant en confrontation ces deux couleurs. Le plus souvent, elles ne se mélangent pas dans l’œuvre, mais se confrontent, se séparent, pour donner un ensemble très contrasté. Je pense que c’est un moyen d’aller au plus proche du propos que je veux exprimer.

À mon sens, certains artistes peuvent facilement se perdre dans la couleur, dans des productions un peu trop « décoratives ». Ce qui m’intéresse, c’est l’importance que je peux donner à un message ; et lorsqu’on regarde ma toile, je veux que l’on saisisse tout de suite ce que je fais et ce que j’ai envie de dire. De même, je travaille beaucoup d’après photo, j’entretiens un lien fort avec l’image passée. Or, quoi de mieux que la photographie en noir et blanc pour incarner parfaitement cette idée de nostalgie et de souvenir ?

Guerrier Bantu in Ivry-sur-SeineGuerrier Bantu à Vitry-sur-Seine © Kouka

 

Si tu devais citer trois artistes qui t’inspirent beaucoup, quels seraient-ils ?

Si je devais choisir trois peintres dont le travail est très différent, il y aurait Francis Bacon, Jean-Charles Blais, et enfin Yan Pei-Ming. Francis Bacon travaillait aussi d’après photo, et j’apprécie beaucoup son univers très viscéral. Il part d’une base réaliste, et arrive à en extraire une matière originelle, qui touche au plus profond de l’être représenté. Il sait aller à l’essentiel, parvient à saisir l’âme des choses. Ses peintures représentent toujours quelque chose de très profond, ce qui est absolument fascinant.

Tu as récemment exposé au Salon 8e Avenue, à Paris. As-tu déjà subi des reproches, comme quoi tu te détournerais de la rue pour céder aux sirènes du commerce et des grandes expositions ?

J’ai déjà reçu ce genre de critiques, mais honnêtement, c’est un discours qui ne me touche pas. J’ai commencé le graffiti en 1995 et la peinture sur toile en 2000, mon grand-père était peintre… Même si le graffiti n’a pas de prétention esthétique, moi j’en ai toujours eu une. Encore une fois, je suis métis, donc fort de mes origines, j’essaie de mélanger les cultures, et parvenir à mêler le graffiti à l’art contemporain est le pari de mon travail.

Je fais du graffiti depuis vingt ans, et je me souviens qu’il y a encore dix ans de cela, quand je peignais dans la rue, on me jetait des pierres… J’ai fait les Beaux-Arts, et pourtant on me disait que le graffiti n’était pas de l’art. Mais il y a eu un changement : maintenant c’est reconnu, le street art est entré dans les galeries et les musées. Je pense que ces grandes institutions ont enfin compris que le graffiti n’est pas un simple effet de mode, mais un vrai mouvement artistique populaire ; et c’est bien parce qu’il a parfaitement prouvé qu’il peut se passer des institutions muséales tout en parvenant à toucher beaucoup de monde que cela fait de lui un mouvement important.

kouka bonInterprétation du Souper d’Emmaüs par Le Caravage © Kouka

 

Tu interroges souvent la thématique de l’identité dans ton travail. Penses-tu que l’art, et plus particulièrement le street art, peuvent aider à la découverte de l’autre, à la tolérance ?

C’est précisément ce que provoque le street art et le graffiti. On assiste en ce moment à un changement radical de perception de la part du grand public. Là où il y a une décennie, personne ne voulait entendre parler de graffiti, aujourd’hui tout le monde semble adorer ça, sans pour autant le comprendre peut-être ; mais en tout cas le public s’est approprié l’esthétique et se sent bien plus proche de ce domaine. Au fil du temps, j’ai remarqué que la force de ce mouvement est de créer des points de rencontre.

Comme cet art se pratique directement dans la rue, le public vient à la rencontre de l’œuvre de façon fortuite, au hasard d’une rue. C’est très différent d’une démarche consistant à aller acheter un billet pour une exposition ou un musée. Tout de suite, les spectateurs peuvent donner leur avis. Quand je peins dans la rue, il n’est pas rare que les gens viennent me voir et me dire ce qu’ils en pensent, si ça leur plaît ou non. On s’ouvre donc à la discussion et à la rencontre, et c’est l’essentiel ! Mon travail est de créer ces points de rencontre primordiaux entre les cultures, les modes de vie et les générations.

Guerriers Bantous de la RépubliqueGuerriers Bantus de la République © Arnaud Baumann

 

Beaucoup d’artistes se sont exprimés suite aux attentats du 13 novembre dernier, et en particulier beaucoup d’acteurs du street art. Quel est ton regard là-dessus ?

Il faut garder en tête que les artistes du monde urbain ont particulièrement décidé de prendre part à la commémoration et aux hommages parce que leur principale vitrine est le web, ce qui leur permet de toucher une communauté de gens très vaste. S’exprimer dans la rue, c’est revendiquer de pouvoir s’exprimer librement et très rapidement, donc c’est tout à fait légitime de les avoir vus coller, créer et peindre tout particulièrement suite à ces événements [voir le travail de Fred le Chevalier réalisé dans les jours qui ont suivi, ndlr].

Contrairement à un peintre en atelier qui va mettre plusieurs jours, semaines, voire mois à produire une œuvre, dans le cas du graffiti on est dans quelque chose d’éminemment direct, donc on constate une réactivité bien plus importante. Il y a une authenticité précieuse, beaucoup de spontanéité. Je ne sais pas si certains ont choisi de faire cela pour la com’, ce n’est peut-être pas exclu, mais dans la très grande majorité, il y avait cette forte volonté de franchise et d’authenticité dans leurs réactions artistiques.

Pour découvrir le travail de Kouka : Kouka.me

Propos recueillis par Agathe Lautréamont.

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