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Les œuvres cachées, épisode 2 : l’homme à la barbe de la « Chambre bleue » de Picasso

Agathe Lautréamont 25 novembre 2015

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Comme nous l’avons vu dans notre premier épisode consacré à Van Gogh, la pratique du palimpseste se retrouve souvent dans l’art pictural, lorsque les artistes manquent de moyens pour s’offrir des toiles neuves. Nouvel exemple avec une œuvre de jeunesse de Picasso.

chambre bleue 1Pablo Picasso, La chambre bleue, 1901, Philips Collection, Washington.

 

Récemment, visages et silhouettes ont été retrouvés sous des œuvres du plus célèbre des artistes cubistes. Ainsi, le tableau La Vie exposé à Cleveland et la toile Femme au repassage conservée au Guggenheim de New York ont tous deux révélé des personnages qui furent recouverts sans regrets par le peintre espagnol. Les recherches ne pouvaient donc pas s’arrêter là, et des experts décidèrent de tourner leurs investigations sur une autre œuvre du peintre cubiste.

Réalisée au cours de la période bleue de Picasso, La Chambre bleue, exécutée en 1901, attisait depuis quelques temps la curiosité des spécialistes. Les conservateurs suspectaient qu’une œuvre ne se dissimule sous ces traits en couche épaisse, certains coups de pinceau tranchant clairement avec la représentation de la femme faisant sa toilette dans son tub, une baignoire sommaire.

La remarque avait été initialement faite en 1954 par un conservateur de la Philips Collection, mais rien ne fut entrepris pour étayer ou inférer cette observation. Il faut attendre 1990 pour qu’une première radiographie soit réalisée, révélant alors au grand jour une image quelque peu floue ; probablement un homme, bien caché sous la peinture.

C’est seulement en 2008, la technologie ayant évolué entre temps, que de nouvelles analyses sont menées sur le tableau. Et cette fois, l’obtention de l’image est plus concluante, révélant bel et bien un visage masculin, affublé d’une barbe. Cependant, les experts de l’Université Cornell, de la National Gallery of Art, du musée Winterthur et de la collection Philips à Washington durent s’armer de patience pour pouvoir enfin nous livrer une représentation concluante de ce personnage énigmatique.

picasso chambre bleue hommeLe portrait caché sous la toile.

 

En effet, la séparation des pigments par imagerie infrarouge prend énormément de temps, et entre 2008 et 2014, date à laquelle l’histoire fut révélée au grand public, des analyses techniques furent minutieusement menées par le groupe d’experts, très stimulés par cette découverte mais aussi soucieux de ne pas altérer la toile via leurs investigations.

Cette minutieuse exploration des dessous de l’œuvre de Picasso a permis d’admirer un homme barbu, habillé d’une veste, nœud papillon au cou, la tête reposant légèrement inclinée contre sa main. Ce personnage est dessiné à la verticale, tandis que La Chambre bleue est une composition en format paysage.

Mais pour les conservateurs, cette incroyable affaire n’est que le commencement d’une nouvelle enquête. Après avoir fait parler la peinture, reste à apprendre l’identité de ce monsieur. Une seule certitude à l’heure actuelle : cet homme n’est pas Pablo Picasso. L’hypothèse la plus plausible ? Ce personnage serait Ambroise Vollard, un influent marchand d’art du début du XXe siècle, qui figure parmi les premiers à avoir exposé Picasso en France.

C’est en effet en 1901, année même de la réalisation de La Chambre bleue, que Vollard décida d’avoir confiance en le talent du peintre espagnol peu connu ; le marchand contribua à promouvoir son œuvre encore hésitante dans son style en accrochant plusieurs de ses tableaux à son domicile, qui lui servait également de galerie. Cependant, ce doute doit encore être vérifié.

ambroise vollard picasso 1910Pablo Picasso, Ambroise Vollard, 1910, musée Pouchkine, Moscou.

 

Mais pourquoi un tel portrait était-il caché sous la jeune femme nue de cette modeste chambre bleue ? L’explication est sensiblement la même que pour le visage caché dans les herbes de Van Gogh que nous évoquions précédemment.

En 1901, Pablo Picasso n’avait pas encore atteint la gloire internationale de sa maturité, et constamment en manque d’argent, il cherchait comme n’importe quel artiste aux moyens financiers limités d’économiser ses supports. Ainsi, lorsqu’il n’en était pas rendu à peindre et dessiner sur de simples supports en carton, il lui arrivait de réutiliser ses toiles, condamnant de facto une première œuvre réalisée sur ce support.

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