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Spécial COP21 : Shepard Fairey sur la Tour Eiffel, le choc des symboles

Jéremy Billault 24 novembre 2015

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Après le 13 novembre, avant la COP21, la Tour Eiffel est, pendant quelques jours, le réceptacle d’installations et d’illuminations symboliques qui, dans une harmonie toute fortuite, s’entrechoquent en un regard. L’association ne durera que quelques jours mais l’image est intense.

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Elle était un symbole, elle était un cliché, elle était un porte-clé, elle est devenue le centre du monde. À l’heure où s’entrechoquent le deuil, la résistance et l’espoir, la Tour Eiffel porte sur ses articulations métalliques les émotions du monde entier. Tout a commencé par sa représentation : sur un dessin devenu viral elle est embrassée, fondue dans un Peace and Love redevenu à la mode, symbole d’une émotion universelle.

Ensuite, le bleu, le blanc, le rouge recouvrent son acier pendant plus d’une semaine (jusqu’au 25 novembre prochain), les couleurs d’un drapeau meurtri mais toujours debout, souligné par un autre emblème dépoussiéré : le Fluctuat nec mergitur de l’époque de Lutèce précisément approprié à l’état d’esprit du moment.

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Mais aujourd’hui, à la fin d’un mois de novembre sombre, un autre objet se hisse entre les étages d’un monument déjà lourd de sens. Une sculpture signée Shepard Fairey, aka Obey Giant, auteur de la célèbre affiche HOPE arborant le profil de Barack Obama en bleu, blanc, rouge, est installée pendant quelques jours à l’occasion de la COP21 qui débute le 30 novembre. Le projet peut sembler très institutionnel pour le street artist (invité à Detroit pour réaliser une fresque, il avait peint une vingtaine d’immeubles en plus et avait dû répondre de ses actes devant les autorités), mais le projet lui tient à cœur.

Son œuvre, qui restera suspendue jusqu’au 26 novembre, est une sphère bleue, verte et blanche intitulée Earth Crisis, qui pèse 2,3 tonnes pour un diamètre de 8 mètres (soit 10 de moins qu’initialement prévu). Le globe flotte entre le premier et le deuxième étage du monument, à 60 mètres du sol, et impressionne. Pour un street artist aussi engagé que Shepard Fairey (l’écologie a toujours été très présente dans son travail), réaliser une œuvre si significative dans un tel endroit est une réelle performance. Performance qui, compte tenu des circonstances, prend un ampleur encore plus vaste.

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Dans l’indifférence quasi générale (la cérémonie organisée en secret a finalement été annulée), la COP21 a inauguré son parcours artistique sur une Tour Eiffel endormie sans avoir le cœur à la fête. Pourtant, la superposition imprévue des symboles sur le moment parisien est un message fort, celui d’un rassemblement mondial qui aura lieu malgré tout, portant avec lui l’espoir d’une réelle avancée collective. Sur la Place de la République, lieu de deuil et d’hommage, Olafur Eliasson a été contraint de déplacer voir d’annuler son œuvre monumentale. Sur la Tour Eiffel, les symboles ne se phagocytent pas, ils s’accumulent, s’associent du fait d’un hasard macabre et d’une installation prévue de longue date.

Bientôt la Tour Eiffel ne sera plus réellement Paris, elle sera verte. Le monde, lui, sera climat, le monde sera planète, le monde sera écolo. Mais pendant quelques jours et jusqu’au 25 novembre, les symboles sont unis : le lieu,  la forme, la couleur, l’accessoire, tout sur la Tour Eiffel est représentatif de quelque chose, d’un état d’esprit vagabond qui part, revient, oublie et se souvient. La culture exacerbe l’Histoire, même si l’Histoire est encore fraîche.

Toutes photos :  Galerie Itinerrance /Milan Poyet.

 

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