Votre action a été enregistrée avec succès !


expo_cercle_2 RENÉ MAGRITTE

21/09/2016 > 23/01/2017

Centre Pompidou - PARIS
expo_cercle_4 PICASSO – GIACOMETTI

04/10/2016 > 05/02/2017

Musée Picasso - PARIS

LA NEWSLETTER

Les œuvres cachées, épisode 3 : un visage grec sous une fresque romaine au Louvre

Agathe Lautréamont 24 novembre 2015

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Troisième volume de notre exploration des palimpsestes en art. Et si la technologie qui est utilisée dans les aéroports pour scanner les voyageurs était appliquée à la recherche contemporaine ? C’est l’idée qui a été appliquée par une équipe de scientifiques à une fresque du Louvre. Et surprise ! Devinez ce qu’ils ont trouvé… ?

3 hommes armés de lancesTrois hommes armés de lances © Musée du Louvre

 

Faisant partie du fonds Campana, du nom d’un riche collectionneur bourgeois italien du XIXe siècle, la fresque romaine intitulée Trois hommes armés de lances fait partie des trésors renfermés dans les murs du musée du Louvre. Si l’on sait depuis longtemps que les peintres n’hésitaient pas à réutiliser leurs toiles lorsqu’ils ne pouvaient pas se permettre l’achat d’une nouvelle ; il y a fort à parier que les artistes antiques avaient tout aussi peu de scrupules à peindre par-dessus d’autres réalisations. Afin de vérifier cette hypothèse, une équipe de chercheurs américains s’est mis en tête de passer au peigne fin (comprenez, au scanner) plusieurs œuvres du musée parisien. Et quelle ne fut pas leur surprise de constater que les doutes étaient plus que fondés !

Mais la technologie utilisée n’est pas des plus simples d’usage, loin s’en faut. En premier lieu, les chercheurs tâtonnèrent un temps pour parvenir à trouver la bonne technique qui leur permettrait de voir clairement « sous » l’œuvre objet de leur curiosité. Après avoir essayé la radiographie, la réflectographie infrarouge, la fluorescence UV ou encore la spectrométrie de fluorescence X, ils firent chou blanc à chaque fois.

Difficile donc de travailler à l’aveugle sur des œuvres parfois de très grandes tailles, sachant que pour chaque analyse, des jours de travail sont nécessaires, afin de décrypter les données captées par les différents appareils. À titre d’exemple, plusieurs heures de labeur sont nécessaires pour déchiffrer l’équivalent d’une feuille de format A4. Qu’à cela ne tienne ! Les scientifiques décidèrent de se tourner vers un simple scanner, utilisé dans tous les aéroports du monde.

lancesDétails cachés sous la fresque © The History Blog

 

En usant de cette technologie non-invasive sur la fresque datant de la Rome antique, les rayons ont pu livrer aux scientifiques une image assez précise de ce qui se cache « sous » la peinture que l’on connaît aujourd’hui, et qui est tombée dans les possessions de l’institution culturelle au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.

Cité par le Huffington Post, le docteur J. Bianca Jackson de l’Université de Michigan, ne cachait pas sa joie au moment de la découverte. Grâce à un subtile mélange d’analyses technologiques, et après quelques corrections de la luminosité et du contraste de l’imagerie obtenue, les scientifiques purent tout à leur loisir admirer les traits d’un visage se dessiner sous la fresque du Louvre.

Car les rayons X et les images infrarouges ont le mérite d’être très pénétrantes, malgré leur faiblesse énergétique et leur caractéristique non-ionisante. Petits mais costauds, ils parviennent toutefois à passer sans aucun problème à travers des matières telles que le cuir, le bois, la peau… Ces rayons firent une fois de plus honneur à leur réputation de fiabilité, en révélant aux yeux de l’équipe de chercheurs et d’universitaires des dessins assez précis évoquant un visage, et une tunique. Qui est l’homme représenté sous la fresque ? Était-ce un personnage connu, une divinité, un riche propriétaire de la villa dont faisait initialement partie le mur recevant aujourd’hui la fresque ?

louvreLe musée du Louvre © Paris 16 – Wikimedia Commons

 

Si ces questions n’ont pas encore trouvé de réponse, il n’empêche que cette incroyable découverte permet d’assurer la chose suivante : si les Trois hommes armés de lances ont été peints au cours de la période romaine, le personnage dissimulé sous l’œuvre date, pour sa part, de l’antiquité grecque.

Le plus ironique dans cette histoire, est que la fresque telle que nous la connaissons est très probablement elle-même, dans un sens, un palimpseste. Du temps où la peinture était en la possession de Campana, qui avait ouvert son propre musée pour exposer son incroyable collection, diverses restaurations ont été apposées à l’œuvre Trois hommes armés de lances, par les conservateurs de la propriété du riche bourgeois italien. De plus, la fresque en elle-même serait en fait une sorte de « collage » réalisé à partir de différents fragments d’œuvres issues de l’Antiquité romaine.

Rapprochées par leur style ou par leur période, elles forment ainsi un ensemble hétéroclite composé de divers morceaux de peintures issues de la même période, mais de la main d’artistes bien différents. Maintenant, il reste à savoir de quand date ce collage. A-t-il été exécuté au XIXe siècle sous l’impulsion du collectionneur, ou remonte-t-il à une date antérieure ? Mystère…

Retrouvez nos épisodes précédents sur les œuvres cachées :

Épisode 1 : Un visage derrière un Vincent van Gogh

Épisode 2 : Une silhouette dans la Chambre Bleue de Picasso

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE