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« Frontières », une expo nécessaire au musée de l’Immigration

Magali Lesauvage 20 novembre 2015

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Faisant preuve d’un didactisme salvateur, l’exposition Frontières au musée de l’Histoire de l’Immigration mêle données chiffrées et œuvres d’art contemporain pour exprimer la complexité du phénomène des limites politiques et établir les enjeux d’un monde défini par ses marges. Edifiant.

front-articleBruno Boudjelal, Harragas, 2011, vidéo, musée national de l’Histoire de l’Immigration, Paris © Agence Vu.

 

Qu’est-ce qu’une frontière ? Ligne invisible courant le long des cartes comme les coutures hasardeuses d’un patchwork, haut mur séparant les peuples ou fossés creusant les inégalités, cicatrice de vieilles batailles et de lointaines rancœurs : la frontière est le signe même de l’Histoire, plus ou moins visible dans le paysage, toujours mentalement présent. Elle est celle, naturelle ou politique, qui donne leur forme aux États : ici un hexagone, là une botte, ailleurs un carré parfait.

De la Grande Muraille de Chine et du mur d’Hadrien à la Mexican Border, en passant par le « mur de séparation » érigé entre Israël et Cisjordanie ou le Mur de Berlin, la frontière sépare, mais aussi rassemble. Elle est tantôt le lieu de cristallisation des tensions, tantôt de transmission des cultures (ainsi dans les zones frontalières bilingues). Qu’elle soit franchie (avec plus ou moins de difficultés), surveillée ou défendue (avec plus ou moins de violence), la frontière est le marqueur, pour de nombreux pays, de politiques diverses : douanes, immigration, commerce…

Ainsi les frontières permettent-elle de raconter l’Histoire : celles qui déchirent des pays comme autrefois l’Allemagne et la Corée aujourd’hui ; celles qui fluctuent selon les traités, comme Israël dont les limites tant de fois revues se floutent au fil du temps. Elles racontent aussi le présent, celui, notamment, de ceux que l’on appelle aujourd’hui en Europe « migrants », la plupart réfugiés de la guerre en Syrie. Avec entre « eux » et « nous » comme un trou béant la Méditerranée, à la fois vaste limite et périlleuse zone de passage. Mais également les zones frontalières : Vintimille, Calais, Melilla.

Bruno Serralongue Abri 7Bruno Serralongue, Abri #7, série Calais, 2006-2008, musée national de l’Histoire de l’Immigration © galerie Air de Paris.

 

La trace même de l’Histoire

Des thématiques géopolitiques complexes que propose d’explorer l’exposition Frontières du Palais de la Porte dorée. Le didactisme est donc de mise, mais aussi le sensible, grâce à une sélection d’œuvres d’art contemporain provenant des collections du musée, et qui viennent illustrer mais aussi enrichir le propos. La photographie, d’abord, qui témoigne : panoramiques d’Anne-Marie Filaire, qui se superposent à la frontière entre Israël et les territoires palestiniens, ou celles, grands formats en all-over, de Bruno Serralongue, traduisant la densité de la « jungle » inextricable de Calais. Sur le mode de l’ironie, le Mexicain Javier Martinez Pedro dessine une grande fresque à l’encre, Migrar, montrant une foule de personnages fourmillant autour de la frontière américaine, à la manière des reliefs mayas. Tandis que les énormes tampons de bois de Barthélémy Toguo détournent la grossièreté et la violence « massue » des procédures administratives d’entrée sur le territoire adressées aux ressortissants africains.

Deux œuvres témoignent de destins bouleversants. Pour Les Cahiers afghans, l’artiste Mathieu Pernot a confié à deux réfugiés des cahiers d’écolier sur lesquels ils ont consigné leur périple, et rédigé des pages d’apprentissage en français où s’alignent les phrases de première nécessité (« Pouvez-vous m’aider ? », « J’ai peur », « Où sommes-nous ? »). Enfin la poignante vidéo Harragas (« ceux qui brûlent » en arabe) de Bruno Boudjelal est un montage de séquences filmées au téléphone portable par des migrants eux-mêmes. Elle montre des hommes entassés sur des bateaux de fortune en Méditerranée. Des hommes qui au contact de la frontière brûlent leurs papiers, mais aussi eux-mêmes.

FRONTIÈRES

10/11/2015 > 03/07/2016

Musée de l'histoire de l'immigration

PARIS

Autrefois, les frontières marquaient les limites du monde civilisé, ou bien constituaient des remparts contre les “barbares”. Aujourd...

Exposition terminée
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