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La technologie révèle une blague raciste sous un monochrome de Malevitch

Jéremy Billault 19 novembre 2015

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À Moscou, le Carré noir sur fond blanc de Malevitch est au cœur d’un débat, cent ans après son apparition devant le grand public. Grâce à la technologie numérique, le tableau a révélé qu’il cachait deux autres œuvres ainsi qu’une inscription, raciste, écrite puis recouverte par l’artiste.

On savait la découverte surprenante, peut-être pas à ce point : derrière un tableau de Malevitch, un autre tableau de Malevitch, encore un autre tableau de Malevitch et, cerise sur le tableau, une punchline raciste de Malevitch. Découverte importante, donc, qu’il faut avant tout replacer dans son contexte.

Il y a quelques jours, la galerie Tretiakov de Moscou annonçait avoir trouvé deux toiles cachées derrière le célèbre Carré noir sur fond blanc de l’artiste russe en utilisant pour la première fois la technologie numérique sur l’oeuvre. Alors que, du côté des experts du musée, on savait qu’une toile se cachait déjà derrière le tableau, comme cela arrive parfoison ne s’attendait pas à trouver une deuxième toile cachée, encore moins une inscription illustrant à sa façon le monochrome.

Kasimir Malevitch, Carré noir sur fond blanc, 1915, galerie Tretiakov, Moscou.

 

« Nègres se battant dans une cave »

Sur le fond blanc du carré noir, la technologie a permis de dévoiler une phrase, écrite de la main de l’auteur, dont on est à peu près (à une lettre près, pour être précis) parvenu à déchiffrer le contenu : « Nègres se battant dans une cave ». Si, à l’époque (1913 selon l’artiste, 1915 en vérité), le terme « nègre » pouvait peut-être sembler moins péjoratif qu’il ne l’est aujourd’hui, la phrase donne au tableau une dimension humoristique par sa référence.

Car oui, cette phrase est vraisemblablement une référence. En 1887, Alphonse Allais, bien connu des artistes russes de l’époque, publiait dans la presse un dessin à l’humour douteux : un carré noir intitulé « Combat de nègres dans une cave pendant la nuit ». Pas de hasard, Malevitch a cité Alphonse Allais.

resize536x360_e6e652d50e5d6f86c310d3ded7074c8d_f523c55cd805a2c19ebc0df725e2c5cc700x470_quality99_o_1a4e4n8h81ljb1c7m1as9t21e0l1kLe dessin d’Alphonse Allais, 1887.

 

Tourment

Pourtant, pour Irina Vakar, spécialiste du peintre, la découverte reste passionnante. De son propre aveu, le peintre a été tourmenté par cette peinture, ce carré noir qui portait en lui tant d’enjeux esthétiques : « Je ne pouvais plus manger ou dormir, je voulais comprendre ce que j’avais fait », racontait-il. Le prétendu titre, effacé, recouvert, est probablement la trace de l’une des étapes de la compréhension du tableau.

Malevitch est passé par tous les sentiments face à son œuvre, pour l’expliquer et se l’expliquer. Les quelques mots retrouvés sont donc probablement le moment le plus lourdingue de l’interprétation de l’artiste, un éclair de médiocrité que le peintre aurait préféré qu’on oublie quelques jours avant de célébrer, en décembre prochain, les cent ans de l’exposition du tableau au public.

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