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Un vaste plan pour empêcher le trafic d’antiquités par l’État Islamique

Agathe Lautréamont 18 novembre 2015

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On le sait, les antiquités et autres œuvres d’art représentent une manne financière conséquente pour Daesh, qui se finance en partie grâce au trafic de ces dernières. Jean-Luc Martinez, président-directeur du musée du Louvre, vient de rendre publiques 50 propositions pour stopper ces exactions.

PalmyreLa cité antique de Palmyre © Bgag/Wikimedia Commons

 

L’initiative date du mois de juin. Après le choc des destructions de divers monuments dans la cité syrienne de Palmyre, François Hollande avait réclamé au directeur du Louvre un rapport approfondi sur la préservation du patrimoine mondiale lors de conflits armés. Ce document vient d’être rendu public le 17 novembre, et révèle entre autres que la commercialisation d’antiquités inestimables d’un point de vue financier et historique représenterait entre 15 et 20% des ressources pécuniaires de l’organisation terroriste.

Alep, Palmyre, Nimrud, Hatra, Uruk, Cyrène… Une liste déjà bien trop longue de sites historiques situés en Syrie, en Libye et en Irak, qui ont déjà subi les affres de la guerre et du pillage des terroristes. Que ces villes soient détruites ou vidées de leurs richesses (ou les deux), les vandales ne pensent pas s’arrêter là en matière de rapine. Des images satellites font clairement part du désastre en cours, montrant des monuments partis en fumée ou des sols constellés de trous creusés par les voleurs en quête de trésors à revendre. Leur objectif est clair : commercialiser pour effacer la mémoire du monde, obtenir des armes toujours plus destructrices, et nier l’existence de la culture internationale qui les hérisse au plus haut point.

temple de baal en 2010Le temple de Baal à Palmyre, avant sa destruction © TomerT/Wikimedia Commons

 

Afin d’enrayer pour de bon cette activité illégale et délétère, tristement classée en 3e place des trafics illicites après ceux des armes et de la drogue, le directeur du Louvre a produit cette liste de propositions en espérant qu’elle permettra de faire bouger les lignes. Jean-Luc Martinez s’emploiera ensuite à les présenter et à en débattre dans les jours à venir. Mercredi 18 novembre, une première table ronde est d’ores et déjà organisée à Drouot Paris, entre professionnels du marché de l’art, où ce rapport de droit d’asile des œuvres menacées sera expliqué pour la première fois.

Voici quelques points édictés dans le programme rendu par Jean-Luc Martinez. L’intégralité peut être consultée ici.

— Constituer des listes noires des « paradis du recel » (pays ne prenant pas les dispositions suffisantes pour empêcher ce trafic). Le rapport évoque également certains ports francs « où aucune obligation d’inventaires à l’intention des douanes n’est imposée ».

— Mettre en place, au moins à l’échelle européenne, une base de données unique des biens culturels volés ou saisis. Ou, a minima, permettre l’interconnexion des bases de données existantes (Treima, Interpol, Argos, etc.) et rendre l’ensemble accessible à tous.

— Ouvrir un fonds de dotation dédié à la sauvegarde ou la reconstruction du patrimoine.

— Créer en France des « refuges » pour recevoir en dépôt des biens culturels étrangers se trouvant dans une situation d’urgence. Le rapport évoque même la possibilité de créer des musées des saisies.

— Faire travailler les scientifiques irakiens ou syriens actuellement réfugiés en France et recueillir leur expertise, contribuer à l’amélioration de la formation des plus jeunes.

— Continuer à poursuivre et à juger les destructeurs pour « crime de guerre », en application des dispositions de l’article 8 du Statut de Rome. Un des chefs touareg du groupe islamiste malien Ansar Dine, suspecté d’avoir ordonné la destruction de neuf mausolées, dont celle de Sidi Yahia à Tombouctou au Mali, a comparu le 30 septembre dernier, pour la première fois, devant la Cour pénale internationale.

— Programmer des expositions de sensibilisation mettant en valeur l’histoire et les collections issues de zones en conflit. Ce sera d’ailleurs le cas à l’automne 2016 au Louvre-Lens, avec un parcours sur la Mésopotamie.

— Renforcer les moyens humains, notamment de l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC). « Ils ne sont que 25 là où les carabinieri italiens, qui font figure de modèle dans ce domaine, sont dix fois plus nombreux », souligne Jean-Luc Martinez. Idem pour les membres du Conseil des ventes volontaires (dix agents pour réguler, contrôler et sanctionner l’ensemble des acteurs du marché des ventes aux enchères en France). La création d’une section européenne spécialisée dans le trafic est préconisée.

— Lancer une commande publique en vue d’édifier aux Tuileries un « mémorial des gardiens du patrimoine ».

— Numériser les pièces, mais aussi les sites entiers en 3D afin de conserver leur mémoire et de pouvoir à l’avenir reconstruire ceux qui auront été abîmés ou détruits.

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