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Les œuvres cachées, épisode 1 : un portrait dans le « Coin d’herbe » de Van Gogh

Agathe Lautréamont 18 novembre 2015

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Palimpseste, n. masc. : (du grec ancien palímpsêstos, « gratté de nouveau ») désigne généralement un manuscrit déjà utilisé dont on a gratté les inscriptions pour les effacer afin de pouvoir y écrire de nouveau. Si la technique est courante en littérature, la méthode existe également dans l’histoire de l’art. Illustration avec ce premier épisode…

patch of grass originalVincent Van Gogh, Un coin d’herbe, 1887, Otterlo, Kröller-Müller Museum.

 

Artiste sans le sou, n’ayant vendu de son vivant qu’une seule toile, Vincent Van Gogh peignait souvent par-dessus ses précédentes œuvres, afin de s’éviter les frais importants de l’acquisition d’une nouvelle toile. Notamment lorsqu’il ne pouvait plus compter sur la générosité de son frère Théo qui, tout au long de sa vie, soutint financièrement et moralement son frère aîné.

Ses soucis d’économies étaient tels que les experts de l’œuvre de l’artiste néerlandais estiment qu’environ 30% de ses peintures cacheraient sous leurs fines touches colorées d’autres compositions mystérieuses ; ce qui ne manque évidemment pas d’attiser la curiosité des historiens de l’art, toujours avides d’en savoir plus sur ce génie ignoré de son temps, parangon de l’artiste maudit.

Les rayons X au service de l’art

Comment s’en assurer, alors ? Tout simplement en procédant à une analyse radiographique, reposant sur l’utilisation de radiations de synchrotrons dont on bombarde la toile. Cette spectrométrie de fluorescence X bien particulière permet de révéler ce qui se cache en-dessous de l’œuvre que l’on a sous les yeux, en mesurant la fluorescence des couches de peinture produite par les atomes lourds contenus dans les pigments colorés.

La fluorescence obtenue étant spécifique à chaque élément chimique utilisé, les experts peuvent ainsi isoler les différents types de pigments cachés, et les analyser un à un. Cette technique prend habituellement beaucoup de temps avec l’aide d’un rayon classique, mais celui qui fut utilisé en laboratoire dans le cas de l’analyse de cette œuvre permit de livrer une analyse complète et satisfaisante en quarante-huit heures.

van 1Le portrait révélé © Vangogh.ua.ac.be

 

Le visage révélé

La méthode fut appliquée en 2012 par l’Université technologique de Delft à une toile de Van Gogh intitulée Un coin d’herbe, datant de 1887. Originellement peinte à Paris, l’œuvre est aujourd’hui la propriété du Kröller-Müller Museum, aux Pays-Bas ; et l’institution avait déjà signalé par le passé avoir repéré de vagues traces d’un visage derrière ce champ de verdure sans histoire. Le tableau fut donc promptement scanné sur une surface représentant un carré de 17,5 cm de côté, soupçonnée de dissimuler un secret.

Et là… Bingo ! Se dessinent sous les yeux éberlués des scientifiques les traits d’un visage, d’une femme. Des analyses plus poussées révèlent des traits marqués, un fichu couvrant pudiquement le haut du crâne, une chevelure brune négligemment ramassée derrière les oreilles… Le tout réalisé à l’aide d’une palette aux tons bruns et sombres, bien éloignée des couleurs clairs et chatoyantes du Coin d’herbe si apaisé représenté par l’artiste par-dessus ce visage énigmatique.

Vincent Van Gogh, Les Mangeurs de pomme de terre, 1885, Amsterdam, musée Van Gogh.

 

Un style reconnaissable entre tous

Cette tête de femme n’est pas sans rappeler les protagonistes d’une célèbre œuvre de Van Gogh datée de 1885 et tranchant radicalement avec son style expressionniste et presque abstrait, en touches épaisses et diaprées, qui caractérisent sa production picturale à la fin de sa vie : Les Mangeurs de pomme de terre.

Dans une atmosphère sombre, lourde où la pauvreté et l’indigence sont presque palpables, le peintre néerlandais représente une famille paysanne attablée autour du maigre repas du soir, constitué d’un seul élément représentant encore pour nombre de populations l’aliment de base de leur régime alimentaire : la pomme de terre, farineuse et lourde, mais qui a le mérite d’être rassasiante et de se cultiver facilement.

À la droite de la composition, une femme aux yeux baissés verse un café plus noir que la nuit dans de simples gobelets. Sa coiffe blanche, ses cheveux de jais et son nez légèrement retroussé ne sont pas sans rappeler la femme cachée sous le Coin d’herbe, peint deux ans plus tard…

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