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Un catalogue révèle tout un aspect méconnu de l’œuvre de Francis Bacon

Agathe Lautréamont 17 novembre 2015

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Il aura fallu dix ans de recherches à l’historien de l’art Martin Harrison pour pouvoir enfin publier aux éditions Heni ce tout nouveau catalogue raisonné sur l’œuvre du peintre britannique. Un ouvrage qui révélera une centaine de toiles encore inédites, et jettera un nouveau jour sur l’artiste…

Francis Bacon, Trois études pour un portrait de George Dyer, 1964 © The Estate of Francis BaconFrancis Bacon, Trois études pour un portrait de George Dyer, 1964 © The Estate of Francis Bacon

 

Et parmi ces travaux encore inconnus du grand public, figurera entre autres la toute première peinture de sa série dite des Études d’après le portrait du pape Innocent X par Velázquez, retrouvée dans une collection privée italienne. La Fondation Francis Bacon peut donc d’ors et déjà annoncer fièrement qu’un nouveau catalogue raisonné sur le créateur paraîtra le 28 avril 2016, à l’occasion de l’anniversaire du décès du peintre.

Une première depuis la publication, hélas parcellaire, menée par la Tate Gallery en 1964. Il faut savoir en effet que sur les 584 œuvres connues de la main de Bacon, une moitié seulement est visible dans des musées, ou en circulation dans des maisons de vente.

Rendre à Bacon ce qui est à Bacon

Mais la publication de ce catalogue est également l’occasion, comme le rappelle Martin Harrison, de corriger quelques clichés et légendes assez coriaces circulant sur le peintre et sa vie tumultueuse. Selon les dires de l’historien de l’art, tout ce qui se dit ou s’écrit sur Francis Bacon depuis les années 1950 est fondé essentiellement sur un maigre tiers de son œuvre, négligeant tout le reste, plus méconnu car moins fantastique et violent.

Ce riche ouvrage permettra donc de rassembler l’entièreté de l’œuvre peint, offrant aux lecteurs un panorama complet et donc juste de sa production qui s’étira jusqu’au début des années 1990, et changera peut-être beaucoup la perception de ce créateur par l’opinion publique.

Ce que conservera précieusement en mémoire Harrison, indéniablement, est la découverte de la toute première étude de tête réalisée par le peintre britannique pour la conception de son Screaming Pope (Pape hurlant), inspiré du portrait du souverain pontife par Diego Velázquez. Cette série tirée de l’œuvre de l’Espagnol du XVIIe siècle est considérée de nos jours comme l’une des plus vibrantes réalisations peintes après la Seconde Guerre Mondiale.

bacon popÀ gauche, le Pape Innocent X selon Bacon. À droite, le portrait du souverain pontife par Velázquez.

Déraciner les clichés

En conséquence, beaucoup d’espoirs sont fondés sur la publication de cet ouvrage qui paraîtra en cinq volumes au printemps 2016.  Il pourra révéler les angoisses les plus profondes de Francis Bacon, qui produisait des œuvres délirantes et déchirées en s’inspirant de ses relations tumultueuses avec ses divers amants, et en puisant dans le traumatisme du rejet paternel face à son homosexualité.

Mais au bout du compte, la perception que nous aurions actuellement de l’artiste repose seulement sur un simple échantillon de son travail, composé d’environ 180 œuvres, alors qu’il en aura réalisé près de 600 au cours de sa carrière ! Un travail qui s’arrache d’ailleurs dans les salles de vente ; mais qui tend encore à révéler à quel point les collectionneurs ne se focalisent que sur une branche spécifique de l’œuvre de l’artiste moderniste.

Et quelle branche ! Peintre des corps déformés, des créatures anthropomorphiques que l’on croirait sorties d’un cauchemar, et de la violence mettant les chairs au jour, il semblerait que cette brutalité que l’on pourrait presque qualifier de bestiale attire irrémédiablement les amateurs d’art. Ces derniers trouvent-ils dans l’observation du travail de Francis Bacon une forme de catharsis à leurs propres angoisses ?

La thématique de l’enfermement est la plus courante dans les travaux du britannique, et l’on rencontre dans nombre de ses toiles des représentations de liens, chaînes et autres barreaux qui figureraient sa propre peur, son incapacité à passer outre le traumatisme de son adolescence lié au rejet de son père, mais aussi le gouffre incarné par le suicide d’un de ses compagnons : George Dyer.

rembrandt x baconÀ gauche : Rembrandt, Bœuf écorché, 1655. À droite, la version de Bacon, 1946

 

Martin Harrison souhaite en finir avec cette image négative qui suit Francis Bacon comme son ombre. Rappelant la fascination de ce dernier pour les grands maîtres de l’art pictural européen (Diego Velázquez bien sûr, mais également Rembrandt, Picasso et Van Gogh), l’historien de l’art à l’origine de ce catalogue raisonné exceptionnel précise que le peintre britannique était capable de produire des œuvres bien plus lumineuses et apaisées, parmi la quantité de peintures torturées qui ont aujourd’hui la préférence des amateurs d’art. Quant au catalogue en lui-même, il ne sera hélas pas accessible à toutes les bourses, puisque proposé à la vente au prix de 1425 euros…

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