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« YO / OY » : quand une sculpture essaie de nous parler

Agathe Lautréamont 12 novembre 2015

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Dans le parc étasunien de Brooklyn Bridge, une étrange sculpture jaune semble s’adresser aux passants qui la contemplent. Et selon notre orientation, elle nous glisse un « Oy » ou un « Yo », tout dépend si notre regard vient de Manhattan ou de Brooklyn.

kirsten luce© Kirsten Luce

 

L’installation est signée de l’artiste américaine Deborah Kass, et est installée dans le parc depuis seulement lundi dernier. Pourtant, elle attire déjà tous les regards et l’attention des promeneurs. Et parlante, cette sculpture l’est bien, au sens propre comme au figuré d’ailleurs ; puisqu’elle peut être comprise par tous et toutes. New York, mosaïque culturelle où se croisent à peu près toutes les nationalités imaginables, résonne donc au cœur de cette création qui est lisible dans de nombreux langages et compréhensibles par encore plus de communautés. Et c’est précisément l’objectif que souhaitait atteindre Kass.

Initialement, l’œuvre Yo était une peinture, mais l’artiste estima que l’idée étant plutôt originale et séduisante, elle la déclina donc en sculpture d’une taille plus modeste, avant de la recréer pour la ville de New York dans des dimensions plus ambitieuses (2,4 mètres sur 5 !). Attirée par les lettrages dans l’art et par leurs significations parfois curieuses, parfois humoristiques, Deborah Kass n’hésite pas à citer de grands noms comme ceux de Warhol, Pollock, Gertrude Stein ou encore Frank Stella dans ses inspirations. Et selon les propres mots de l’artiste touche-à-tout, cette installation Oy/Yo est un clin d’œil à l’autoportrait de Pablo Picasso intitulé simplement « Yo, Picasso » (« Moi, Picasso »). L’évidence même, directe et simple. Elle cite également le fameux « Love » de Robert Indiana, dont les grands caractères rouges ont également investi les rues de la Grosse Pomme.

kirsten luce 2© Kirsten Luce

 

Si les références sont bel et bien explicitées par Deborah Kass, celle-ci refuse cependant de donner une véritable explication à sa création, préférant laisser l’imaginaire des passants travailler à une compréhension de la sculpture qui leur plaira le plus. C’est là toute la magie de l’art : jeter des pistes, ouvrir le champ des possibles sans jamais les cloisonner en livrant le regard propre de l’artiste sur son œuvre.

« Oy » et « Yo », deux mots familiers faisant partie intégrante de la langue anglaise, peuvent avoir plusieurs significations. En anglais, mais aussi en espagnol, où « Yo » veut dire « Je », tandis que le mot sert à se saluer pour les jeunes américains, il peut également dire « toi » s’il remplace un peu vite le mot « you ». Ces termes monosyllabiques sont si fréquents qu’ils peuvent souvent changer de sens, en perdant un avant d’en trouver un autre au fil des années et des codes culturels. Quoi qu’il en soit, il est certain que le travail de Kass saura parler au plus grand nombre, à un public parfois réfractaire à l’art contemporain, mais qui sentira cette fois une connivence certaine avec la création exposée jusqu’en août 2016 sur les pelouses du parc.

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