Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Un artiste français se fait passer pour chinois et fait grimper sa cote

Agathe Lautréamont 9 novembre 2015

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Comment parvenir à se faire enfin un nom dans le milieu très fermé de l’art contemporain ? En changeant juste de patronyme. Et c’est précisément ce qu’a fait l’artiste nantais Alexandre Ouairy…

Alexandre_Ouairy_3_3494452b
Alexandre Ouairy © AFP / Getty Images

Cela faisait près de dix ans qu’un artiste asiatique commençait à se faire remarquer du milieu de l’art contemporain, créant des œuvres s’inspirant de son identité orientale, comme il se plaisait à l’expliquer lui-même. Créant des sculptures s’inspirant du bouddhisme, réalisant des peintures sur papier de riz ou utilisant des néons pour tracer des idéogrammes, certaines de ces créations pouvaient se vendre jusqu’à 28 000 euros. Il y a juste un petit problème : l’artiste n’est pas chinois, puisque Tao Hongjing est né à Nantes et s’appelle en vérité Alexandre Ouairy.

Le faussaire justifie la supercherie en expliquant que les collectionneurs et amateurs d’art contemporain s’intéressent principalement à la création chinoise car c’est un marché particulièrement vivace à l’époque actuelle, et qu’il représente donc un excellent investissement. En un sens, ce n’est pas l’art en lui-même qui intéresse les acquéreurs, mais bien le placement financier.

ouairy

Alexandre Ouairy © AFP / Getty Images

La démarche est-elle celle d’un simple entrepreneur peu scrupuleux qui a cherché à tirer avantage de la fameuse loi de l’offre et de la demande ? Toujours est-il que le mensonge fonctionna parfaitement pendant plusieurs années, Ouairy évitant ostensiblement toute apparition publique, répondait aux interviews par téléphone, et demandait à son galeriste (bien chinois, cette fois-ci) de jouer son rôle lorsqu’un vernissage de ses expositions avait lieu.

Mais au bout du compte, la tromperie avait assez duré pour Ouairy, qui estima au début du mois de novembre être suffisamment célèbre pour prendre le risque de révéler sa véritable identité. Mais aujourd’hui, ce n’est pas sans une certaine amertume qu’il retrace son parcours. Aidé par son ami  galeriste, il a monté cette rocambolesque histoire de toute pièce qui, à leur grande surprise, fonctionna parfaitement. En moins d’une décennie, la cote de ses œuvres explose littéralement, et là où ses sculptures se vendaient 220 euros lorsqu’elles étaient signées de son véritable patronyme, celles-ci se monnayaient 29 000 euros dès qu’elles passaient pour des œuvres d’un artiste chinois.

tao

Le véritable Tao Hongjing, écrivain chinois du Ve siècle après J-C

Mais Ouairy ne se défait pas d’une pointe d’humour. L’idée de son pseudonyme lui est en effet venue d’un philosophe chinois du Ve siècle qui maniait beaucoup l’ironie dans ses écrits. Pour l’artiste nantais, tout cela n’était qu’une vaste blague, rien de plus. Il avoue même avoir été un peu dépassé par le succès de son imposture, constatant à quel point un vaste intérêt financier et économique gravite autour de la sphère de l’art contemporain chinois et plus largement asiatique. Il n’a fait qu’exploiter cette bulle.

En effet, près de 17 créateurs chinois figurent dans le top 50 mondial de l’art sur la période juillet 2014-juin 2015, si l’on en croit une étude  du cabinet Artprice. Les artistes venus de l’Empire du Milieu représentent à eux seuls 21 % des recettes mondiales, talonnant les Américains qui caracolent à 39 %.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE