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Lyon au temps de l’Humanisme : focus sur 3 œuvres coup de coeur

Agathe Lautréamont 9 novembre 2015

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Riche de trois cents objets réunis au musée des Beaux-Arts de Lyon, l’exposition Lyon Renaissance : arts et humanisme impressionne face à son ambition affichée : livrer un panorama le plus large possible de la création intellectuelle de la cité de 1450 à 1600. Et le pari est plus que réussi ! Arrêtons-nous sur trois œuvres phares…

Pierre Eskrich, Ibis noir

Pierre Eskrich, Ibis à tête rouge, vers 1548-1555 © New York Historical Society

Pierre Eskrich, Ibis noir, vers 1520, Collection of the New York Historical Society

L’humanisme ne pourrait être limité au phénomène de la redécouverte des écrits antiques. Avec la hausse des échanges culturels, de nombreux domaines scientifiques connurent un essor sans précédent, dont cette planche naturaliste du graveur Pierre Eskrich est un excellent symbole. À l’origine issue d’un ouvrage d’ornithologie, cette œuvre montre qu’à la Renaissance, le règne animal se mue en une source de fascination, à tel point que les oiseaux, comme cet ibis noir, se retrouvent dépeints dans des livres à caractère encyclopédique (on nous pardonnera l’anachronisme).

La précision du trait, si elle révèle une maîtrise artistique indéniable, revêt une seconde vocation : l’observation scientifique de l’animal, où le regard se délecte tant des couleurs du plumage que des merveilles créées par la nature. Les interrogations du cycle de vie, de l’alimentation et du mode de reproduction ne sont plus l’apanage de quelques originaux ; les plumes ne sauraient plus seulement empenner une flèche : elles sont un sujet d’analyse et de ravissement, où le questionnement intellectuel se mêle à l’appréciation esthétique du petit animal.

C’est là une des forces des esprits humanistes : être capable de s’étonner face à toute chose de l’environnement. Botanique, minéralogie et naturalisme gagnent leurs lettres de noblesse grâce à la soif de découverte des hommes de la Renaissance, et à la diffusion simplifiée autant qu’accrue de leurs écrits suite à l’invention de Gutenberg.

Le sac de Lyon par les réformés

Le sac de lyon par les réformés, vers 1565 © lyon, musée des Beaux-Arts

Le sac de lyon par les réformés, vers 1565, Lyon, Musée des Beaux-Arts.

En observant attentivement cette huile sur bois, on détaille en premier lieu une représentation fantaisiste de Lyon, qui se joue des perspectives et de l’agencement véritable de ses monuments. Y figurent en bonne place les églises, ce qui implique que le peintre avait, avant la véracité, le désir que le spectateur reconnaisse du premier coup d’œil le lieu de l’action. On y voit un fourmillement de personnages : gentilshommes, soldats, marchands… Et au milieu de cette agitation, les Réformés sont à l’œuvre : ils pillent les demeures, les ateliers et les lieux de culte afin de jeter les objets de valeur au milieu de bûchers des vanités, qui n’auraient rien à envier à ceux allumés par Savonarole à Florence en 1494.

Ville de commerce, rien de surprenant à ce que Lyon ait été la cible de diverses vagues d’iconoclasme influencées par les doctrines calvinistes, fustigeant les richesses terrestres et les hommes se parant tels des paons. Aussi, au milieu de ces scènes de confusion, les réformés jettent-ils dans les flammes bijoux, étoffes et orfèvrerie ; mais sans avoir conscience que dans le même temps, ils réduisaient en cendres peintures et sculptures, témoignages inestimables de la vie culturelle de Lyon.

Les tons dominants de la peinture, bleutés et pâles, peu éclatants même quand il s’agit de représenter les flammes, suivent le propos de l’œuvre ; et le pinceau de l’artiste se fait ici avant tout témoin, livrant ces « choses vues » dramatiques dans la deuxième ville de France pourtant si proche du berceau de la Renaissance : Florence, dont l’art put fleurir sous la domination des Médicis (dont Cosme Ier).

Corneille de Lyon, Pierre Aymeric

corneille de lyon pierre aymeric 1534 © RMN Grand Palais

Corneille de Lyon, Pierre Aymeric, 1534, Paris, musée du Louvre.

Si ce tout petit portrait dépassant à peine la vingtaine de centimètres peut nous faire lever un sourcil, il convient cependant de souligner que l’art de celui qui fut d’abord connu sous le nom de Corneille de La Haye s’avère être un style extrêmement novateur et moderne pour son époque. Gagnant reconnaissance et considération dès son installation à Lyon en 1533, l’artiste y gagne aisément sa vie. Quant aux tableaux du peintre (devenu en toute logique Corneille de Lyon), ils prennent eux-mêmes le surnom de « corneilles ».

Son trait se focalise presque exclusivement sur le visage des notables, nobles et riches commerçants qui posent pour lui dans son atelier, révélant une maîtrise exemplaire dans la représentation des cheveux et des barbes, poussant souvent le vice à les peindre poil après poil. Ses œuvres sont toutes construites selon la même composition, utilisant un fond neutre (généralement de couleur verte), ce qui lui permet de pleinement concentrer l’attention du spectateur sur le sujet, et non sur un décor jugé superficiel par l’artiste lyonnais d’adoption.

De même, dans la droite lignée de la tradition protestante (à l’exception des têtes couronnées), les sujets arborent des vêtements à dominante noire, refusant les matières nobles et parures ostentatoires. Ainsi, Corneille de Lyon tranche-t-il nettement avec la grande tradition portraitiste, en rejetant les grands formats et autres représentations en pied, concentrant son attention et son art sur le visage du modèle, reflet de son âme.

Et en cadeau bonus, quelques images de l’exposition :

LA RENAISSANCE À LYON, ARTS ET HUMANISMES

23/10/2015 > 25/01/2016

Musée des Beaux-Arts de Lyon

LYON

L’exposition a pour ambition de révéler la richesse de la vie artistique lyonnaise au XVIe siècle et de mettre en lumière le développ...

Exposition terminée
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