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« Making Africa » : la richesse créative d’un continent au Guggenheim Bilbao

Jéremy Billault 6 novembre 2015

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En cette fin d’année, l’exposition phare du musée Guggenheim de Bilbao est consacrée aux artistes émergents venus des quatre coins du continent africain. Intitulée Making Africa : a continent of contemporary design, elle laisse s’exprimer des artistes aux pratiques et aux inspiration très variées, sans trop de liens évidents les uns avec les autres. Le résultat est un témoignage extrêmement riche, intense et fascinant. A voir sans hésiter.

27_Making_Africa_Vigilism_858659_master (1)Ikiré Jones, Idumota Market, Lagos 2081 A.D., de la série Our Africa 2081 A.D. © Olalekan Jeyfous & Walé Oyéjidé.

 

Diversité des formes, des contextes, des inspirations… Difficile d’exposer des artistes venus de tout un continent sans réduire les uns à leur rapport aux autres. On l’a compris (le parcours de l’expo et sa commissaire nous l’expliquent à une petite cinquantaine de reprises), il n’y a pas une Afrique. Si certains visiteurs du Guggenheim ne s’en doutaient pas, les voilà prévenus.

Cent-vingt artistes, peintres, sculpteurs, photographes, designers et vidéastes (tous, sans exception, différents des cent dix-neuf autres) bénéficient côte-à-côte des grands espaces que leur offre le Guggenheim Bilbao et le résultat impressionne. Disparate sans être trop inégale, l’exposition est galvanisée par l’enchaînement permanent de chocs esthétiques. Belles, drôles, émouvantes, saisissantes, les œuvres échappent à certains codes dans lequel s’engouffre parfois froidement l’art exposé dans les musées d’Europe.

DSC_0011MISWudé, Waxology.

« Facebook comme une galerie »

Le parti pris de l’exposition est osé : montrer un aspect différent et nouveau du travail des artistes africains. Autrement dit, rejeter l’académisme et les procédés traditionnels. Amelie Klein, commissaire de l’exposition avec Petra Joos, a donc utilisé, entre autres évidemment, les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Instagram pour trouver des perles, souvent des acteurs importants de l’art dans leur pays, dont certains exposent pour la première fois en Europe.

Sur un mur, à l’entrée de l’exposition, une grande fresque, celle de Docta, un artiste qui à lui seul en illustre l’atmosphère. Depuis qu’il s’exprime sur les murs, Docta a toujours refusé l’académisme, inspiré par ce qu’il voit, ce qu’il ressent instantanément. Figure majeure de l’art à Dakar (notamment à travers deux festivals de graff de grande envergure), il fait partie de ceux qui font de l’Afrique un continent artistiquement bouillonnant et absolument excitant. Un peu de street art, donc, mais aussi beaucoup d’autres formes, toutes réunies sous le terme vaste et un peu vague (mais dans l’esprit) de design.

GettyImages-138040030J.D. ‘Okhai Ojeikere, Onile Gogoro o Akaba © Ojeikere Estate.

 

Design ?

Sous le terme de design se cache ici un éventail extrêmement large d’artistes, de formes et de pratiques. Des paires de lunettes totalement délirantes (qui servent à tout sauf à voir), de la peinture numérique, du collage (on retiendra la saisissante Universal Fag Map du Sud-Africain Jody Paulsen) et même un peu (peut-être pas assez) de mode, la diversité et la richesse de l’exposition ignorent toute logique d’accrochage, la mise en scène est harmonieuse par sa dissonance, chaque recoin surprend et impressionne d’une manière totalement différente du précédent.

12_Making_Africa_Diop2_858646_masterOmar Victor Diop, Mame, 2014, tiré de la série The Studio of Vanities.

 

À un diptyque de photos (en noir et en blanc) d’un modèle albinos s’enchaîne l’élégance extravagante du projet photo Le studio des vanités d’Omar Victor Diop, entremêlés d’une vidéo captivante et complètement barrée représentant un monstre à tête de Santigold (la chanteuse américaine) avalant goulûment des corbeaux.

De la richesse intense, protéiforme et, forcément, non-exhaustive des œuvres présentées se dégage une atmosphère fragmentée. Plus qu’un dialogue, l’exposition est un ensemble de témoignages entre artistes de tous horizons qui n’aurait probablement pas été possible sans ces artistes précis. Impossible, donc, d’imaginer un quelconque rapprochement géographique (y compris dans le déni d’une Afrique uniforme dans son intention de ne pas l’être) tant il serait à côté de la plaque.

13_Making_Africa_Sidibe_858647_masterMalick Sidibé, Nuit de Noël (Happy Club).

 

Les artistes présentés ne nient pas leurs origines mais ne les revendiquent pas pour s’unir dans l’exception, ils s’expriment avec leurs codes, parfois empruntés à la tradition, parfois à la pop culture. Making Africa donc, en étant simplement artiste : voilà ce qui ressort de cette exposition jamais vue car jamais osée, qui prend forme, et ce n’est pas rien, dans l’un des musées emblématiques du continent. Européen cette fois même si, a-t-on besoin de le préciser, il n’y a pas qu’une Europe.

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