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La Belgique fête l’art contemporain turc au Festival Europalia

Agathe Lautréamont 2 novembre 2015

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2015 marque les 25 ans de la création du festival Europalia, un événement culturel majeur en Belgique qui se tient tous les deux ans, et célèbre à chaque édition la culture, l’histoire et la production artistique d’un pays. Cette année, c’est la Turquie qui est à l’honneur, et qui brille particulièrement par son art contemporain. Focus sur cinq expositions.

L’art numérique aux Halles de Schaerbeek

ozan turkan 2Ozan Türkan, Wavelenghts © Halles de Schaerbeek

 

Aux Halles de Schaerbeek, haut lieu de la vie culturelle belge, se tient une exposition originale puisque numérique. Son nom ? Wavelenghts, Digital Turkey.  De suite, le ton est donné et l’atmosphère de cette exposition sensorielle nous plonge dans une nouvelle dimension de créativité, où la part belle est donnée aux pixels qui courent, se forment et se déforment dans un ballet absolument fascinant. Attardons nous sur un créateur en particulier : Ozan Türkkan.

L’univers du vidéaste est tourné vers l’expérimentation, dans une danse complexe mêlant programmation et univers sonore. Les couleurs ne sont jamais les mêmes, et ne s’attardent jamais plus de quelques secondes, pour se muer en une autre forme qui nous invite à voir ce qui nous plaira, un peu à la manière du test de Rorschach qui, d’un individu à l’autre, sera un papillon ou un visage. Est-ce un kaléidoscope ? Est-ce une fleur en train d’éclore ? Il n’y a pas de réponse, l’important est ce que nous suggérera notre imagination.

Mystic Transport à la Centrale : un voyage inattendu

Gülsün Karamustafa Mystic Transport © CentraleGülsün Karamustafa, Mystic Transport © Centrale

 

Deux artistes pour une seule exposition : la créatrice turque Gülsün Karamustafa et l’artiste belge Koen Theys. Karamustafa a toujours montré un fort penchant pour la question de l’identité et de la cohésion des peuples. En parallèle, le créateur Koen Theys. Plus critique, Theys conçoit des installations vidéo qui s’attaquent avec acuité aux contradictions qui émaillent nos sociétés. La fascination pour les mythes fondateurs exprimée dans ses films trouve un écho dans l’analyse des cheminements humains de l’artiste turque.

Les deux artistes s’ancrent donc dans la même sphère culturelle : enracinés dans la même réalité socio-économique, les œuvres présentées à la Centrale se placent dans les enjeux actuels connus par le continent européen, qui voit sa culture sans cesse bouger, se modifier, se transformer. Car si l’on en croit le duo d’artistes, ces codes européens  sont physiques et intellectuels. Le Belge et la Turque ne se refusent aucun sujet. Ils mettent le doigt sur la religion, le féminisme, ou encore les cultures populaires.

Son et lumière au Flagey

canCan Buyukberber, Unfold 01 © Flagey

 

Artiste indépendant spécialisé dans les arts numériques, Can Buyukberber explore les possibilités offertes par le graphisme, tout en produisant des performances visuelles et sonores. Ses études dans le domaine de la communication appliqué à l’univers visuel ne sont probablement pas étrangères  à ses créations qui mêlent modernisme et prise de risque. Car l’artiste propose l’immersion du visiteur dans une œuvre totale, qui mêle son et espace.

Travaillant à partir de lignes, de billes ou de figures géométriques modélisées en 3D, Can Buyukberber crée des schémas aussi irréels que fascinants, tout en rendant l’invisible visible grâce à l’usage des dernières technologies. Là où l’informatique peut paraître obscure au grand public, qui voit ce domaine comme un ensemble de données dématérialisées, l’artiste turc leur donne corps au Flagey dans de véritables œuvres d’art qui se transforment sous nos yeux, et exécutent des figures aussi gracieuses qu’étonnantes.

Hüseyin Alptekin au MUHKA d’Anvers

Hüseyin Bahri Alptekin, H-FACT HOSPITALITY - HOSTILITY, 2003-2007 © MUHKAHüseyin Bahri Alptekin, H-FACT HOSPITALITY – HOSTILITY, 2003-2007 © MUHKA

 

Entre tradition et modernité, valeurs ancestrales et modernité exponentielle, comment penser notre époque, comment la représenter, surtout ? Ces interrogations sont le fil rouge du travail de l’artiste turc Alptekin, disparu en 2007. La rétrospective organisée par le MUHKA d’Anvers dans le cadre du festival Europalia revient sur le travail très technique et un brin ironique de l’artiste touche-à-tout. Tour à tour vidéaste, photographe ou plasticien, sa période la plus prolifique s’étira sur les deux dernières décennies de son existence.

Explorant avec fascination et désillusion la thématique de la promesse, chère à nos sociétés axées sur le commerce et la publicité, il étudie les copyrights, les noms des produits de consommation ou les sigles des objets du quotidien. Que révèlent-ils de notre temps, en nous promettant un impossible dont nous ne sommes pas dupes, même si nous nous prêtons au jeu ?  À travers des installations imposantes mais intimistes, en créant des textes à partir de néons qui détournent les codes du marketing, Hüseyin Bahri Alptekin critique le capitalisme qui grignote le monde, provoquant un profond sentiment de désillusion parmi les populations qu’il tend à phagocyter.

Erkmen et Janssens au SMAK de Gand

Ayşe Erkmen, Das Haus, Ev, The House, 1993 – 2008, installation at Weggefährten, Hamburger Bahnhof, Berlin, photo Jens ZieheAyşe Erkmen, Das Haus © SMAK

 

La surprise est de taille, au sens propre comme au figuré, lorsque l’on gravit les marches du SMAK de Gand, afin de découvrir les œuvres qu’ont sélectionné Erkmen et Janssens. Ce qui frappe en premier lieu, c’est bien la puissante sensation d’équilibre qui s’en dégage, comme une construction en balancier qui s’écroulerait si l’on ôtait un seul élément ; brisant là une alchimie étonnante. Si le SMAK accueille des espaces individuels pensés par les deux artistes contemporaines, il n’en demeure pas moins que le musée n’a pas oublié la notion d’interaction, clé de voûte essentielle à la conception du parcours de l’exposition.

Les deux femmes se retrouvent sur de nombreux points concernant leur rapport à l’art. Pour les deux complices, une sculpture ne doit en aucun cas se limiter à son volume ou l’endroit où elle se trouve exposée. Leur travail est une invitation à voir par-delà la sacralisation de l’art, en proposant aux visiteurs de s’approcher des créations, de les détailler pour mieux étudier le rapport que le public peut entretenir au pouvoir créatif. Le public, en voyant l’œuvre, y prend-il part  ? Une question qui fascine Erkmen et Janssens. À nous de forger la réponse, comme une nouvelle œuvre d’art, notre propre jugement sur leurs installations.

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