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« I ♥ JOHN GIORNO », l’expo en forme de déclaration d’amour

Magali Lesauvage 29 octobre 2015

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Pour quelques semaines, le Palais de Tokyo se transforme en Palais des Glaces, avec une exposition-miroir en forme de déclaration d’amour d’un artiste à un autre. I ♥ JOHN GIORNO, par Ugo Rondinone, saisit dans son tourbillon tous les aspects de la création artistique. Coup de foudre pour une expo qui bouleverse les codes et les modes.

Ugo Rondinone, THANX 4 NOTHING, installation vidéo, 2015. Courtesy de l’artiste.

 

Pénétrant dans un long couloir sombre, le visiteur entame sa visite de l’expo à tâtons, comme un artiste déambulant en coulisses, le cœur battant, vers les feux de la rampe. Mais la star ici, ça n’est pas nous, mais John Giorno, quasi-octogénaire. Dans un noir et blanc classieux de music-hall, le poète-performeur-muse de la Beat Generation apparaît, démultiplié en un kaléidoscope d’images grandes et petites. Smoking noir (ou blanc) et pieds nus, il fait des allers-retours dans la lumière, psalmodiant un poème amer, écrit en 2006 pour ses soixante-dix ans.

Dans THANX 4 NOTHING (titre également de l’installation vidéo d’Ugo Rondinone), il remercie tour à tour ses amants – Bob (Rauschenberg), Jasper (Johns), Ugo (Rondinone), Andy (Warhol), William (Burroughs) −, l’Amérique « pour le manque d’égards », chaque ami « devenu un ennemi » et « toutes les personnes qui sont mortes », mais qui ne lui manquent pas. Voilà pour les présentations : Ugo vous présente John, son boyfriend de près de vingt ans, en un portrait qui est comme un miroir tendu aux deux artistes.

Cinq heures et vingt-et-une minutes de célébrité

Depuis plus de cinquante ans, John Giorno, natif de Brooklyn et figure de la poésie action, fascine les artistes. Pourquoi ? Parce qu’avant d’être un artiste, Giorno est un visage (cette tête de boxeur au regard souvent ahuri), un corps, un personnage, une force agissante. Amant d’Andy Warhol au début des années 1960, il est la star de son célèbre long-métrage Sleep, d’une durée de 5h21, dans lequel on le voit dormir mais aussi se masturber, la caméra fixée sur son visage.

Cette image d’Endymion moderne sera reprise trente-cinq ans plus tard par l’artiste français Pierre Huyghe dans un film, Sleeptalking (1998), où l’on voit le visage de John Giorno, la soixantaine, dans la même configuration que celle du film de Warhol, rajeunir dans un lent morphing. Objet de fascination, il apparaît aussi dans de nombreux courts-métrages de Warhol présentés pour la première fois au Palais de Tokyo, où on le voit dans sa vie quotidienne.

À son tour, Giorno s’inspire de Warhol pour transposer en poésie le processus d’appropriation par le collage de textes trouvés, procédé vaguement cousin du cut-up inventé par son ami Brion Gysin. Figure essentielle du fourmillement crétif propre à la bouillante scène du New York des années 1960-1970, où poètes, musiciens, artistes, danseurs se côtoient sans hiérarchie, Giorno expérimente tout (y compris drogues et partenaires sexuels), dans un appétit vital ogresque.

Vue de l’exposition UGO RONDINONE : I ♥ JOHN GIORNO, Palais de Tokyo, 2015. Photo : André Morin. Courtesy de l’artiste.

who is john giorno?

Présentée comme une rétrospective, I ♥ JOHN GIORNO place en son cœur les archives vivantes du poète (plus de 15 000 documents !) : selon Ugo Rondinone, « le défi consistait à présenter une archive littéraire sous forme d’exposition visuelle », l’un allant à la rencontre de l’autre, dans la mise en images d’une mémoire écrite. La scénographie imaginée ici est impressionnante : la grande salle courbe du Palais de Tokyo est tapissée d’une mosaïque colorée d’archives en fac-similé, également consultables dans des classeurs. De l’enfance à Brooklyn, dans les années 1940, à aujourd’hui, c’est une vie entière qui se déploie sous nos yeux.

L’archive se poursuit avec les poèmes de Giorno, qui sont aussi des images, grandes lettres capitales sur toile à la manière de slogans politiques. Mais pour Giorno, la poésie c’est surtout l’action. Lire un livre tranquillement installé dans son fauteuil n’a plus de sens à l’époque moderne : en 1968 il crée le service téléphonique Dial-A-Poem, qui permet d’écouter à distance des poèmes contemporains (à écouter pendant la durée de l’expo au 0800 106 106). Dédoublant ses performances live, ce bouddhiste à la vision holistique projette la poésie dans la vie, comme dans la performance Street Work de 1969 où, à rollers, il distribue en dix minutes 1500 poèmes aux passants de la Cinquième Avenue de New York.

Dans la passionnante édition du magazine Palais qui tient lieu de catalogue à l’exposition, Jean-Jacques Lebel évoque la publication prochaine des mémoires de John Giorno, qui « devraient faire l’effet d’une bombe ». On a déjà réservé notre exemplaire.

 

I ♥ JOHN GIORNO

21/10/2015 > 10/01/2016

Palais de Tokyo

PARIS

« I Love John Giorno » est la première rétrospective mondiale sur la vie et l’œuvre du poète américain John Giorno (né en 1936, vi...

Exposition terminée
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