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À Guimet, les divines courbes de la calligraphie contemporaine japonaise

Agathe Lautréamont 21 octobre 2015

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Se parant des nuances du masculin et du féminin, le noir et le blanc, ils dansent sous nos yeux dans des courbes tracées de mains de maîtres. Les symboles de l’écriture japonaise s’exposent comme art total dans un somptueux accrochage au musée Guimet

08. Maruo Renshi (1953) Le coeur (l’esprit), 2015

Maruo Renshi, Le Cœur (l’esprit), 2015.

L’écrit prend vie

Alors que nous vivons dans une culture où l’écriture, la phrase et la lettre se sont réduits à de simples médium de communication, d’expression factuelle, il est difficile pour nous autres Occidentaux de saisir la portée rayonnante de la calligraphie japonaise. Élevée au rang d’art depuis l’aube du VIe siècle, l’écriture au Japon ne saurait se limiter à l’usuel et ordinaire terme, mais revêt bel et bien une forme de pleine esthétique, où la conception de l’idéogramme, son sens et sa représentation élancée s’entrelacent dans une harmonie éblouissante pour donner corps à une œuvre à part entière.

Et cette œuvre d’art invite à nous livrer à une réflexion profonde, tout en se voulant une sollicitation à la quiétude face au rythme effréné des vies humaines.

paravent

Matsui Gyokuso et Shimoya Yoko, Extrait du chapitre « Jeune grémil » du Dit du Genji, 2015.

Avec Empire de l’Encre, le musée Guimet célèbre cet art que l’on croirait constamment se tenir en équilibre sur le fil de l’instant délicat, tanguant parfois du côté de la vigueur du geste pour y puiser un élan exceptionnel, avant de se tourner du côté de la douceur lorsque les poils du pinceau viennent effleurer le support papier. Nul besoin d’encadrements pompeux ou de présentations ampoulées : le geste rapide, les traits fins du pinceau opèrent sur notre regard à la manière d’un envoûtement immédiat.

Car en matière de calligraphie japonaise, il n’y a jamais rien de fortuit. Le point de départ du tracé, qui va décider de la direction du pinceau, des boucles formées par le poignet du calligraphe, est tout aussi important que le reste du mouvement qui se terminera souvent en une délicate traînée d’encre s’évanouissant dans le blanc du rouleau de papier.

09. Miyazaki Shiko (1933) La sente étroite du Bout-du-Monde, 2015

Miyazaki Shiko, La sente étroite du Bout-du-Monde, 2015.

Temps suspendu

En observant attentivement les œuvres des maîtres calligraphes contemporains, on se surprend à deviner immédiatement une grandiose alchimie entre le pinceau et le support. Cette harmonie, longtemps pensée et travaillée en amont par les artistes, est primordiale. Le peintre espère obtenir une balance équitable et agréable à l’œil comme à l’esprit entre l’espace vide laissé vierge de toute écriture, et les éléments pleins constitués de l’encre, absorbée par un papier que l’on croirait assoiffé de cet art.

Les idéogrammes s’équilibrent à la perfection et s’écoulent le long du support qui les reçoit, à la manière d’un chemin sinueux menant dans un lieu mystérieux, ou comme une rivière au cours apaisé. Le parcours de Guimet est pensé de la même manière : comme un voyage esthétique et philosophique tout à la fois.

04. Harada Tokoku (1962) Retour au pays, 2014

Harada Tokoku, Retour au pays, 2014.

Les maîtres contemporains de cet art ancestral comme Matsui Gyokuso s’inspirent de l’œuvre la plus célèbre de la littérature de l’Empire du Soleil Levant : Le dit du Genji, datant du XIe siècle. Tandis que d’autres comme la calligraphe Keitoku Noriko reprennent un poème célèbre du grand maître du haiku (ce court poème visant à révéler l’évanescence des choses) Matsuo Bashô, dans un hommage où le trait tente d’atteindre la même essence poétique que les textes du grand écrivain du XVIIe siècle.

Car, de la même façon que le fait le haiku, la calligraphie japonaise s’inspire de l’instant, ce moment infime qui a déjà disparu alors qu’on tente de le saisir, d’attraper au vol les émotions qu’il suscite de façon ineffable. Indicible, comme les dieux qui habitent chaque kanji (idéogramme figurant un mot complet). Car au Japon, on pense que les kanji possèdent une part de divinité, les dotant d’un pouvoir touchant au sacré. Ainsi le calligraphe, en reproduisant sur son support de prédilection les signes qui l’inspirent le plus, tutoie le sublime.

 

L'EMPIRE DE L'ENCRE, CALLIGRAPHIES CONTEMPORAINES JAPONAISES

21/10/2015 > 11/01/2016

Musée Guimet

PARIS

L’exposition L’empire de l’encre, calligraphies contemporaines japonaises, accueille les nouvelles créations de calligraphie contempo...

Exposition terminée
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