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Le ministère de la Culture lance un site d’images, une fausse bonne idée ?

Agathe Lautréamont 19 octobre 2015

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Depuis quelques jours, à grands renforts d’articles et de communiqués de presse est annoncée en grande pompe l’arrivée d’un nouveau site internet créé par la Réunion des Musées nationaux : Images d’Art. Le principe ? Participer au rayonnement des musées hexagonaux dans la vaste sphère numérique, en vantant la richesse des collections artistiques des institutions françaises. Mais un rapide passage sur la plateforme nous laisse… circonspects.

accueil images-art

Page d’accueil du site internet Images d’Art.

Le ministère de la Culture s’est fendu de la création d’un site qui permettrait de mette à disposition du plus grand nombre, et ce gratuitement, des représentations numériques des œuvres (sculptures, peintures, mobilier précieux…) dormant au cœur des institutions muséales de France et de Navarre, dans un grand souci d’accessibilité de l’art pour tous les publics. Pourtant, rien de nouveau sous le soleil de la culture, puisque Images d’Art semble être une simple reprise, mais en moins riche, d’une autre page web, à savoir la base photographique de la Réunion des Musées Nationaux.

Une copie donc, et qui pèche d’autant plus en faisant pâle figure face à l’original, puisque Images d’Art se montre bien moins riche que sa principale source d’inspiration : 500 000 images proposées dans la base de données, quand le site de la RMN en présente… 850 000.

Du côté des fonctionnalités mises à disposition sur les deux sites, un comparatif permet de constater qu’elles sont sensiblement identiques, à quelques menus détails près, qui ne justifient donc en rien la création d’une nouvelle page. Recherche via un terme générique (plus avancée pour photo.rmn.fr), critères divers et variés pour affiner notre quête d’une œuvre (certains critères souffrent encore de bugs sur Images-Art), chaque page est construite sur le format d’une mosaïque de photos, possibilité de se créer un album personnel… : manifestement, imagination et innovation ne semblaient pas être les maîtres-mots des instigateurs du site.

noces de cana imagesèart

Capture d’écran du site internet Images d’Art

N’importe quel internaute ayant surfé un jour sur Wikimedia Commons aura remarqué que des reproductions de grandes toiles de maîtres et autres gravures célèbres pouvaient être consultées en haute résolution, permettant ainsi d’observer d’un œil gourmand de découverte les détails, finesses et maestria des artistes consultés. Du côté d’Images d’Art, c’est précisément l’inverse qui se produit. Les amoureux de précision repartiront bredouille du site après avoir cliqué sur une image figée dans un format ridicule.

Prenons l’exemple des Noces de Cana de Véronèse. Tableau imposant et fourmillant de personnages, détails et objets indénombrables, il est possible de l’admirer dans une haute résolution sur Wikipedia, avec des dimensions de 4214 pixels par 2863. Sur Images d’Art ? Il faudra vous contenter d’un famélique 758×520. Tant pis donc pour ce tableau aux 132 (!) personnages exposé au musée du Louvre…

classement couleurs

Capture d’écran du classement par couleurs proposé par Images d’Art

Brider pour mieux contrôler

Pourquoi des images aussi étriquées ? La réponse est probablement à chercher du côté de la sempiternelle question de la commercialisation. Images d’Art en effet se prévaut d’un droit d’auteur sur les photos proposées, alors que la très large majorité de ces clichés représentent pourtant des travaux tombés depuis belle lurette dans le domaine public. Et si le site lancé par le gouvernement offre bien une possibilité de partage sur les réseaux sociaux (réduits aux deux géants Facebook et Twitter), là encore, l’intention s’achoppe en refusant de considérer d’autres plateformes de partage à l’image de Pinterest, essentiellement centrée sur l’image.

Si l’on ajoute à cela les conditions contraignantes de reproduction, de partage et de diffusions listées dans les CGU (conditions générales d’utilisation), nul doute que les velléités de partage des internautes risquent de se trouver très sérieusement refroidies… et qu’ils se tourneront vers d’autres plateformes comme Crotos, le moteur de recherche « Collections » du site Culture.fr ou encore la base de données Wikimedia Commons.

 

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