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Destructions de Daesh : la crainte d’une contagion en Libye

Agathe Lautréamont 19 octobre 2015

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En 2011, une guerre de huit mois faisait 30 000 morts en Libye. Depuis, le pays peine à se reconstruire, divisé entre deux gouvernements, chacun considérant l’autre comme illégitime. Cette instabilité politique, couplée au conflit en Syrie, fait craindre le pire aux archéologues concernant le patrimoine antique de la nation.

ruines cité romaine leptis magna Téléversé par Franzfoto

Ruines de la cité romaine Leptis Magna © Franzfoto

Des sites uniques au monde

Connaît-on véritablement la Libye ? On oublie trop souvent ce pays du nord de l’Afrique, alors qu’il brille pourtant incontestablement dans le vaste panorama des civilisations antiques. En effet, la Libye conserve un témoignage de toutes les grandes périodes historiques qui se sont succédées depuis la préhistoire.

Au cours du conflit de 2011, on ne déplora que bien peu de dommages subis par les sites archéologiques. La Libye tient à son patrimoine comme à la prunelle de ses yeux, et sous le régime de Kadhafi, les visas n’étaient accordés qu’au compte-goutte, afin de préserver ces lieux d’une richesse inestimable. En refusant donc le tourisme de masse, à l’inverse de sa voisine l’Égypte, le pays a su protéger ses sites de façon significative, évitant de fait dégradations, pillages et trafics en tout genre.

Peinture rupestre dans le désert du Tadrart Acacus Téléversé par Soerfm

Peinture rupestre dans le désert du Tadrart Acacus © Soerfm

Peintures rupestres préhistoriques, structures carthaginoises, vestiges grecs, romains, byzantins, islamiques… Le pays peut ainsi se targuer d’ouvrir large l’éventail des cultures et des trésors à préserver coûte que coûte sur son sol.

Delenda Carthago

Or, l’organisation État Islamique a mis depuis peu le pied dans Sabratha, site romain du Ier siècle avant Jésus-Christ classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1982. Lorsque l’on connaît le sort que le groupe terroriste a réservé à la cité syrienne de Palmyre, ou à celle de Nimrud en Irak, la perspective fait frémir. Sabratha sera-t-elle réduite en poussière, maintenant que les chars de l’E.I. y sont postés ? Que va-t-il advenir des autres sites antiques comme la cité grecque de Cyrène ? Et de Leptis Magna, où se dresse un monumental arc de triomphe bâti par l’empereur Septime Sévère (145-211) ?

Temple zeus Cylène Uploaded by MrPanyGoff

Temple de Zeus à Cylène © MrPanyGoff

En plus de la dynamite de Daesh, se profile la sombre perspective du trafic d’antiquités, un marché hélas florissant qui permet aux groupuscules armés de se financer. Les œuvres d’art volées transitent ensuite via l’Égypte, le Liban et la Turquie, plaques tournantes très actives de ce marché noir qui n’a que faire des notions de patrimoine et de préservation. L’argent n’est-il pas le nerf de la guerre ? Des bustes provenant du site de Cyrène ont déjà été saisis à Gênes, à Paris et à Londres, signe que l’œuvre de sape a bel et bien débuté. Des mosaïques provenant de la même ville antique ont également été interceptées alors qu’elles étaient sur le point de quitter la Libye.

Le Conseil International des Musées a pris l’initiative de diffuser prochainement via internet une liste rouge de biens culturels libyens en péril, afin d’alerter Interpol, les marchés de l’art ainsi que les douanes de toutes les œuvres susceptibles de transiter d’ici les prochains mois. Photos à l’appui, ce catalogue devrait interdire une partie des ventes illégales de ces biens inestimables.

Le retour du bâton

théâtre romain de Sabratha Téléversé par Marku1988

Théâtre romain de Sabratha © Marku1988

Mais si la politique menée par Mouammar Kadhafi d’empêcher les touristes et les chercheurs internationaux de se renseigner et fouiller les sites antiques a permis de sauvegarder ces derniers, le dirigeant les a dans le même temps tenus dans l’ombre. La population libyenne elle-même ignore tout de la richesse de son territoire, et ne se soucie donc nullement des pillages en cours et des destructions qui pourraient être à venir. Kadhafi n’avait pas besoin des revenus générés par le tourisme. Ceux venus des hydrocarbures lui suffisaient amplement.

La préservation des cités antiques peut-elle donc passer désormais par une prise de conscience de la population locale et internationale, ou est-il déjà trop tard ? Difficile à dire. Car il est bien délicat de demander à une population affaiblie par plusieurs années de guerre civile et d’instabilité politique de se soucier de vieilles pierres, quand leurs préoccupations touchent au logement, à la nourriture, ou plus simplement à leur propre vie. Face aux instabilités croissantes dans la région du Moyen-Orient, les conservateurs et archéologues peinent à faire entendre leurs voix. Ils alarment, parlent de ces sites menacés, et finissent irrémédiablement par les voir partir en fumée au nom d’une lecture rigoriste et délétère de l’Islam.

 

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