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Les photos de Karl Lagerfeld à la Pinacothèque : une expo décousue

Agathe Lautréamont 16 octobre 2015

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On connaît le Karl Lagerfeld créateur de mode pour la séculaire maison Chanel. Le Karl Lagerfeld maniant l’appareil photo est moins célèbre, apprécié des puristes de la mode et des amoureux de la photographie seulement. La Pinacothèque expose les clichés du créateur, dans une rétrospective hélas décousue.

Karl Lagerfeld, Autoportrait, 2013 - Impression jet d'encre noire et blanc sur papier Fabriano © 2015 Karl Lagerfeld

Karl Lagerfeld, Autoportrait, 2013, impression jet d’encre noire et blanc sur papier Fabriano.

 

Lorsque le nom du couturier est évoqué, on songe immédiatement à la rigidité légendaire de ce grand homme mince guindé dans son costume noir, lunettes de soleil vissées sur les yeux de jour comme de nuit. Sobriété et élégance, donc. Pourtant, ce qui nous accueille à l’entrée de l’exposition est une photographie de Karl en pied entourée d’un clignotant néon bleu turquoise, réalisant un étrange mariage entre le chic et les enseignes clinquantes d’un bar d’Amsterdam. Qu’à cela ne tienne, un peu de folie dans ce monde triste ne peut pas faire de mal. Poursuivons donc.

Une première partie confuse

Karl Lagerfeld, Designed by Man and Nature, 2010 - Sérigraphie © 2015 Karl Lagerfeld

Karl Lagerfeld, Designed by Man and Nature, 2010, sérigraphie.

 

En guise d’introduction au travail de Lagerfeld photographe, quelques amusements de la part de la figure tutélaire de la haute-couture. Des sérigraphies flavescentes d’une plage italienne, des compositions carrées d’une infime partie de la tour Eiffel placée en écho d’un platane terne probablement voisin de notre Dame de Fer hexagonale. Des détails architecturaux rendant un brouillon de losanges et grilles, puis des carrosseries de Rolls-Royce probablement photographiées au passage, à en juger par le flou des images. Difficile d’extraire une véritable démarche artistique dans ces clichés qu’on pourrait croire saisis quelque peu au hasard, selon la fantaisie de l’instant.

Du bruit numérique pour ajouter un côté faussement suranné à des clichés modernes, de sorte à faire jouer la sensibilité des spectateurs pour l’âge d’or de la photographie incarnée par Doisneau et Capa. Des filtres artificiels conférant un ton jauni aux images pour faire croire qu’elles sortent directement d’une précieuse collection de diapositives familiales. Des flous de bougé pour… on ne sait pas trop quoi, au juste.

Karl Lagerfeld, Villa Palaparte, 1998 - Sérigraphie © 2015 Karl Lagerfeld

Karl Lagerfeld, Villa Malaparte, 1998, sérigraphie.

 

Que les images soient des sérigraphies, des impressions acryliques sur toile ou des impressions sur papier, on s’éloigne vraiment circonspect de cette première étape, qui manque assurément d’âme et d’authenticité. Ces photos de paysage vieillies artificiellement, ces clichés architecturaux plaçant l’accent sur un minuscule élément, ont déjà été vues des centaines de fois.

Maître en son domaine

Anna Ewers, Numéro, 2015 - Impression acrylique sur aluminium © 2015 Karl Lagerfeld

Anna Ewers, Numéro, 2015, impression acrylique sur aluminium.

Heureusement, le travail photographique de Lagerfeld pour la mode est bel et bien présent, et parvient à équilibrer une première partie d’exposition décevante. Car lorsqu’il est question d’immortaliser sur papier glacé les mannequins avec qui il aime collaborer, le « kaiser » (l’empereur, comme on le surnomme dans le milieu de la mode) ne vole définitivement pas son titre de noblesse. Lorsqu’il travaille la couleur, ses compositions se font d’une sobriété élégante, plaçant l’accent sur la dominante du blanc ou des teintes sobres, qui seront rehaussées des couleurs vives et chamarrées des tenues de haute-couture portées par les mannequins.

De par sa maîtrise des lumières, des réflecteurs et de la diffusion de la luminosité, Karl Lagerfeld lisse comme personne les teints, donne un scintillement unique aux tissus précieux et matières, et ciselle le modèle comme il l’entend. La femme posant devant son objectif est alors incroyablement réifiée, devenant objet de mode incarné, pièce de collection à admirer et à placer sous verre. Le réel n’a plus de prise dans l’univers esthétique du couturier.

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Karl Lagerfeld, Baptiste Giabiconi, Vogue, Allemagne, 2009, impression acrylique sur aluminium.

 

Mais là où ses talents de photographe se révèlent au mieux, c’est indéniablement lors de ses campagnes de presse et « look-book » composés en noir et blanc, ses couleurs de prédilection dont il ne se défait jamais et qui est devenue sa marque de fabrique, au sens propre comme au figuré. Parant les mannequins de vêtements sombres, sobres et agrémentés d’une touche d’excentricité (plumes, collerettes en dentelle, comme un clin d’œil aux tendances des siècles passés), Lagerfeld sculpte littéralement les lumières, qu’elles soient frontales et prises au flash, ou latérales et polies par des filtres et autres nids d’abeille. On reste admiratif devant ses compositions en diagonale, millimétrées et ne laissant aucune place ni au hasard, ni à l’improvisation. Une note positive donc pour clore cette exposition en demi-teinte.

 

KARL LAGERFELD

16/10/2015 > 14/02/2016

La Pinacothèque

PARIS

L'exposition Karl Lagerfeld, A Visual Journey explore la grande diversité de motifs, approches et techniques qui définit l'interprétation...

Exposition terminée
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