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Tania Bruguera, l’artiste qui défie le régime cubain

Agathe Lautréamont 15 octobre 2015

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Invitée de la célèbre foire d’art contemporain londonienne Frieze (à visiter jusqu’au 17 octobre), l’activiste cubaine présente son travail, enfin libre, aux yeux de tous. Retour sur le parcours d’une artiste engagée.

Interview pour la chaîne TV Noticias Univision

Capture vidéo Youtube, interview pour la chaîne TV Noticias Univision, 6 septembre 2015.

Huit mois. C’est le temps qu’aura duré le calvaire de Tania Bruguera. En décembre 2014, elle fut placée en liberté surveillée par le gouvernement de Cuba. Retenue en détention, passeport confisqué lui interdisant de facto toute sortie du territoire, harcèlement, violences physiques… Ce ne sont que quelques éléments de ce qu’a subi l’activiste pour avoir voulu organiser il y a quelques mois une action de « prise de parole » libre sur la place de la Révolution de La Havane, intitulée Yo También Exijo. Volontaire, engagée, Bruguera estime que le rôle de tout artiste est de prendre la parole là où il sera le plus entendu : sur la place publique, là où elle considère également avoir sa place. Finalement, l’artiste a été libérée, sous la menace des autorités : si jamais ils décidaient de la déclarer persona non grata, elle ne pourra plus poser le pied sur le territoire cubain.

Ce qui ne me tue pas me rend plus fort

Loin d’avoir été échaudée par cette sombre période de sa vie, Bruguera en sort plus que jamais convaincue que l’art est utile pour expliquer, revendiquer et dénoncer. Tout particulièrement lorsqu’il est question d’actualité brûlante comme la crise des migrants qui frappe l’Europe, sujet de sa dernière conférence en date, tenue il y a quelques jours à Toronto.

Sensible aux causes humanitaires, l’artiste cubaine caresse l’espoir de pouvoir un jour jouer un rôle politique dans l’aide envers ces réfugiés. Cette cause politique, la performeuse compte bien la creuser toujours davantage dans ses travaux et réalisations futures. Celle à qui on a coupé le téléphone, volé son ordinateur, qui fut enfermée chez elle, connaît bien les fonctionnements des régimes autoritaires. Sous couvert d’accusations comme celles d’« incitation à la délinquance », de « trouble à l’ordre publique » ou de « résistance aux forces de l’ordre », elle a conscience que Cuba, et plus largement les gouvernements fonctionnant sur la terreur, cherchent à museler les agitateurs comme elle, qui ne souhaitent rien de plus qu’alerter les populations, éveiller les consciences.

Artiste et dissident, un pléonasme

interview pour la Tate Gallery août 2012

Capture vidéo Youtube, interview pour la Tate Gallery, août 2012.

Son dernier projet en date, the Hannah Arendt Institute for Artivism (L’institut Hannah Arendt pour « l’artivisme »), abonde dans ce sens. Mêlant art, littérature et enseignement, l’institut sera un lieu d’échange tout autant que d’études de l’œuvre de celle qui décrypta avec tant d’acuité les totalitarismes du XXe siècle.  Elle prévoit entre autres une lecture-marathon de cent heures des Origines du Totalitarisme, publié par la philosophe en 1951 ; un ouvrage majeur et plus que jamais d’actualité au regard de l’artiste cubaine.

Pour elle, le XXIe siècle est celui d’un totalitarisme mondial, qui ne saurait se résumer à quelques pays comme Cuba ou la Corée du Nord. Ce type de gouvernement se serait étendu à toutes les nations, sous diverses formes, mais qui tendrait tous au même but ultime : ôter aux populations espoir et droits. Une idée qui suffit à la révolter. Dissidente dans un pays où l’art même l’est également, elle affirme d’autant plus fort dans son Manifeste pour le droit des artistes publié sur son blog en décembre 2012 : « L’artiste n’a pas seulement le droit, mais le devoir d’être dissident ».

 

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