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Rembrandt, Vinci, Michel-Ange : Vladimir Poutine mettra-t-il la main sur une collection à 2 milliards de dollars ?

Jéremy Billault 13 octobre 2015

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En Russie, une octogénaire propriétaire d’une collection mystérieuse estimée à 2 milliards de dollars vient de désigner Vladimir Poutine comme seul héritier de ses objets d’arts. Léonard de Vinci, Michel-Ange ou encore Rembrandt : que se cache-t-il derrière cette acquisition ? Chefs-d’œuvre ou pastiches, une chose est sûre : tout finira indéniablement chez Vladimir Poutine.

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L’entrée de l’appartement de Nina Moleva. Photo : Vladimir Filonov pour le Moscow Times.

 

A Moscou, sur le Nikitsky Bulvar, la maison d’une octogénaire  est l’une des plus surveillées de la ville. Sept jours par semaine, 24 heures sur 24, une voiture de police patrouille, un homme monte la garde devant la porte. A l’intérieur, un mystère, une rumeur qui, si elle était avérée, pourrait faire parler d’elle dans le monde entier. Dans cette histoire, dénichée par le Moscow Times, une chose est sûre : Nina Moleva, octogénaire en question, possède une importante collection d’objets d’art. C’est cette collection que protègent en permanence les autorités russes, comme l’a confirmé l’un des policiers interrogés par le journal moscovite : «C’est un appartement rempli d’œuvres d’art, je l’ai vu une fois. Je crois que c’est hollandais ». Hollandais, entre autres. Car la collection en question comprendrait près de mille tableaux et sculptures signées Rembrandt, Michel-Ange, Vinci, Velazquez, Rubens, Van Dyck… Valeur estimée de la collection : 2 milliards de dollars.

En 2013, Nina Moleva exposait fièrement les tableaux de son trois-pièces à la chaine russe Kultura : « Celui-ci c’est Rembrandt, celui-là c’est l’œuvre d’un Michel-Ange encore jeune qui a rendu totalement hystériques quelques experts italiens venus voir la collection ». Plus loin, elle désigne une chaise sur laquelle s’est assis un jour Fidel Castro. L’élément majeur de la collection, sans doutes.

Romanesque ou romancé ?

Il y a bien entendu une histoire derrière cette collection évaluée, il est bon de le rappeler, à deux milliards de dollars. Des secrets, des rebondissements, une chance miraculeuse… : la version de la principale intéressée est sympathique mais ne tient pas vraiment la route.  Selon Nina et feu son mari Ely Belyutin, interviewés il y a quelques années au sujet de ladite collection, tout a commencé avec Ivan Grinyov, artiste au Théâtre impérial de Moscou et grand-père de Belyutin. Grinyov était bien payé au théâtre. Il voulait devenir important sur le marché de l’art comme Pavel Tretiakov (fondateur de la galerie du même nom), alors il a acheté des tableaux aux enchères en Europe.

Cette collection, Grinyov l’aurait rassemblée dans un grand appartement du Nikitsky Bulvar (Nina Moleva vit actuellement dans une partie de cet appartement) et cachée dans un grenier secret pendant la Révolution de 1917, de peur que les Bolchéviques ne mettent la main dessus. Pendant plusieurs décennies, les tableaux sont restés ainsi cachés, roulés dans des cylindres jusqu’à ce qu’en 1968, Belyutin et Moleva reviennent habiter l’appartement. Dans les années 1990, le couple se serait rendu à l’hôtel Drouot pour faire estimer sa collection. Prix de départ : 400 millions de dollars, valeur estimée : 2 milliards de dollars.

Cachalot sous gravillon

Si certains acceptent l’histoire sans trop se poser de questions, d’autres ne sont pas dupes. C’est le cas de la correspondante de L’Express, Alla Shevelkina dont les recherches contredisent les dires de la vieille dame : « Ivan Grinyov est un invention. Son nom n’apparaît nulle part alors que les grands collectionneurs de l’époque sont tous bien connus ». Autre argument solide : difficile, dans sa situation, de s’offrir autant d’œuvres d’art si précieuses. De là s’est ensuivi une vague de décrédibilisation de l’histoire : elle est un mythe, n’a jamais été évaluée, dans le meilleur des cas, il ne s’agirait que de copies. Dans les années 1960, Belyutin était riche, ou semblait l’être, grâce à sa collection. « Comparé aux autres artistes, il était riche car il avait cette collection. Il disait qu’il avait un Vinci, je ne sais pas s’il était vrai, difficile à dire », témoigne Oskar Rabin, lui aussi artiste.

Autre hypothèse, cette collection proviendrait surtout d’Allemagne. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le pays vaincu a vu s’envoler bon nombre d’œuvres d’art amassées pendant la guerre, notamment vers la Russie. De son côté, Eric Turquin, qui a estimé l’ensemble pour Drouot apporte la version la plus vraisemblable quant à sa véritable composition : « Certaines attributions étaient farfelues mais l’ensemble mis en place par ce collectionneur très cultivé contenait de remarquables peintures religieuses des XVIe et XVIIe siècles ».

Un pour tous, tout pour Poutine

Devant l’appartement, la voiture de patrouille disparaît et réapparaît, le garde, lui, reste devant la porte. Il faut dire que l’avenir de la collection est tout tracé : elle appartient à Vladimir Poutine, il faut la surveiller. Initialement, Nina voulait faire don de sa collection à l’Etat mais, sous le conseil avisé de son avocat (« Ah non madame, il nous faut le nom d’une personne physique »), elle donna le nom de Vladimir Poutine. Effet immédiat, la rumeur repart et le voisinage n’a aucun doute : « Bien sûr que les tableaux sont vrais sinon le gouvernement ne le surveillerait pas ! » Logique.

 

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