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N’ayez plus peur des femmes photographes !

Agathe Lautréamont 13 octobre 2015

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Technique, précise, la photographie fut-elle une pratique exclusivement masculine jusqu’à très avant dans notre modernité ? L’exposition du musée de l’Orangerie Qui a peur des femmes photographes ? (avec un deuxième volet au musée d’Orsay consacré à la période 1919-1945) tord le cou à quelques lieux communs, et replace la femme dans le perfectionnement de cet art né au milieu du XIXe siècle. Visite.

qui a peur

Indubitablement liées à la pratique de la photographie, les femmes européennes issues des classes sociales les plus aisées trouvèrent dans cette récente invention, en plus d’un moyen d’expression unique, un médium pour immortaliser leur condition sociale tout en la questionnant avec acuité et sensibilité.

Le parcours de l’Orangerie est en effet bâti de sorte à démontrer à quel point cette pratique technique évolua au contact de l’utilisation bien personnelle qu’en firent les femmes, mais aussi comment ces artistes l’exploitèrent pour le muer en un témoin des mutations de leur temps et donc de leur place dans le monde européen et américain.

Photographier leur genre et les codes qui y étaient accolés dans une sphère culturelle profondément patriarcale et sexiste fut une voie d’émancipation indirecte, de revendication silencieuse, et d’exploration esthétique.

Maternité et sensualité

Le premier temps de l’exposition s’attarde sur les toutes premières séries de photographies prises par ces artistes en devenir. Ce qui frappe de prime abord est l’omniprésence de la thématique de l’enfance, intrinsèquement entremêlée de poses et de codes esthétiques renvoyant à une figuration religieuse.

Gertrude Käsebier The manger © Musée d'OrsayGertrude Käsebier, The Manger, 1899, Paris, musée d’Orsay.

 

À l’image de Getrude Käsebier, beaucoup se mettaient en scène dans des autoportraits aux poses renvoyant aux représentations classiques de la Vierge Marie ou de la Mater Dolorosa. Mais ces clichés sont-ils véritablement le reflet d’une sincère piété ? La véritable signification serait probablement à chercher du côté de l’espace qui était essentiellement dédié à la femme au cours du  XIXe siècle européen : celui de la maison, de la sphère domestique. L’épouse-mère, en tant que  figure tutélaire du foyer, devait également en incarner les valeurs, imprégnées d’obligation de maternité et de rigueur morale représentée par la religion chrétienne. Car si ces clichés renvoyant à leur rôle social plus que limité semblent quelque peu convenus, ils n’en témoignent  pas moins d’une recherche artistique sensible et d’une grande délicatesse.

En représentant par la gestion de la lumière et par la grâce des poses demandées aux modèles leur fascination pour le temps de l’enfance, innocence absolue, elles révèlent au grand jour une part insoupçonnée du quotidien d’un foyer du XIXe siècle. L’homme, par la même occasion, pénètre ainsi presque par effraction dans l’intimité exquise des femmes, qui n’hésitent pas à enfreindre certains codes de bonne morale, se représentant en chemises légères, les pieds nus et les cheveux détachés. Dotant ces clichés a priori en tous points respectables d’une sensualité et d’un érotisme rare.

Alors que la marge de liberté accordée aux femmes au foyer (presque un pléonasme à l’ère victorienne) se révélait bien maigre, la photographie telle que pratiquée par les femmes instaurait une brusque révélation : l’homme n’était plus seulement le sexe de l’extérieur, tandis que la femme n’incarnait plus le secret de l’intérieur, de l’intimité.

Observatrices et questions sociales

Le second temps du parcours du musée de l’Orangerie s’attarde sur l’irruption plus affirmée des femmes dans la sphère publique. À l’aube du XXe siècle, des progrès technologiques remarquables ont été apportés à la photographie, si bien que les chambres se déplacent plus aisément, se montrent moins encombrantes, et les temps de pose se trouvent considérablement amoindris. Cette praticité couplée à une amélioration, encore mineure mais bien présente, de la place de la femme dans la sphère publique permet à ces dernières de davantage revendiquer vivre de leur art, mais surtout à placer leur trépied ailleurs que dans leur foyer ou dans la campagne environnante. À l’instar de la photojournaliste (avant l’heure) Jessie Tarbox Beals suivant les débats politiques animant son époque ou photographiant le président Theodore Roosevelt lors de l’inauguration de l’Exposition Universelle de 1904, beaucoup de femmes photographes assistent à des conférences, vont à la rencontre des travailleurs et ouvriers, photographient les peuples opprimés.

Young Suffragettes © Museum of LondonChristina Broom, Jeunes sufragettes, Londres, 1909 © Museum of London.

 

En s’intéressant aux bouleversements politiques qui secouent le tout jeune XXe siècle, elles permettent de revendiquer leur goût et leur intérêt pour les questions sociales et humaines, prouvant par-là que leurs centres d’intérêt s’étirent bien au-delà du cercle familial. Quant en 1914 éclate le Premier Conflit Mondial, toute première guerre « moderne » de l’Histoire, ces dernières n’hésitent pas à se rendre sur le front. Photographiant les soldats, fixant sur leurs clichés les blessés et la vie dans les tranchées, elles grossissent significativement les rangs de ces femmes qui participaient, de l’arrière, à l’effort de guerre en travaillant dans l’industrie ou en s’improvisant infirmières.

Un pas de plus donc, mais cette fois bien davantage affirmé, dans la sphère visible ; et qui contribua à l’obtention par les femmes anglaises de leur droit de vote en 1918.

QUI A PEUR DES FEMMES PHOTOGRAPHES ?

13/10/2015 > 24/01/2016

Musée d'Orsay

PARIS

S’appuyant sur des recherches nouvelles comme sur les nombreuses histoires de la photographie qui, depuis une quarantaine d’années, ont...

Exposition terminée
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