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L’art de la surveillance selon Trevor Paglen

Agathe Lautréamont 12 octobre 2015

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L’exposition du photographe et écrivain américain Trevor Paglen à la Metro Pictures Gallery de New York traite de la surveillance des données personnelles par les instances politiques, et particulièrement la NSA. L’occasion de questionner les liens entre artiste et engagement.

trevor paglen © metro pictures gallery

Trevor Paglen © The Metro Pictures Gallery.

Les amateurs de septième art connaîtront peut-être Trevor Paglen pour avoir été directeur de la photographie sur le tournage du film de Laura Poitras : Citizenfour. Sorti début 2015, ce documentaire revenait sur le parcours du lanceur d’alerte Edward Snowden, qui avait révélé des détails sur plusieurs programmes de surveillance de masse britanniques et américains.

Les gouvernements du monde ont toujours montré une grande imagination en matière d’espionnage. Passée l’ère des espions et des documents secrets, notre époque connaît celle des satellites et des câbles tendus dans les profondeurs des mers. Or, toute la volonté de Paglen est justement de dévoiler ce qui est masqué au plus grand nombre. En photographiant drones et sites militaires interdits d’accès, l’artiste reprend à son tour, d’une certaine manière, ce rôle de lanceur d’alerte.

paglen

Trevor Paglen © The Metro Pictures Gallery.

La majorité des clichés concernent les câbles sous-marins utilisés pour la transmission des communications d’un continent à l’autre. Dans des mises en scènes sous forme de collage et de superposition, Paglen cherche à montrer comment une bonne idée de départ peut malheureusement être détournée par des institutions sans scrupule.

Trevor Paglen renoue ici avec un des rôles majeurs des artistes d’hier comme de demain : expliquer, montrer, dénoncer au grand public les injustices. Après les peintres du XIXe siècle qui dépeignaient la misère des petits peuples, après Picasso ou Otto Dix montrant les horreurs de la guerre, le photographe américain saisit son appareil pour capter de manière beaucoup moins directe la réalité d’une autre guerre : des centres d’écoutes, d’immenses satellites braqués vers les continents ou l’espionnage de câbles sous-marins de télécommunications intercontinentales.

otto dix les joueurs de carte

Otto Dix, Les joueurs de skat, 1920

Plus largement, les approches artistiques comme celle de Paglen questionnent, au-delà des dérives de notre époque contemporaine, l’objectif intrinsèque de la pratique artistique. En choisissant de critiquer ce qui n’est pas bon, le photographe devient juge de son temps. Et là où Paglen a choisi le sérieux de l’image, certains comme le collectif d’artiste Front404 ont opté pour l’humour, comme lors de leur célébration bien personnelle des 110 ans de la naissance de George Orwell, auteur du visionnaire roman 1984. Si le choix du sujet de l’exposition de Trevor Paglen peut être interrogé, il faut accorder que peu d’artistes contemporains de nos jours usent de leur moyen d’expression favori pour pointer du doigt l’usage gouvernemental des technologies à des moyens d’information et de surveillance.

orwell birthday © Front404

Joyeux 110 ans George Orwell ! © Front404.

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