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The Averty Show : quand la télé française était pop

Magali Lesauvage 8 octobre 2015

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Gainsbourg disait de lui qu’il était le plus grand réalisateur du XXe siècle. Ceux qui sont nés avant 1980 s’en souviennent : Averty c’était ce grand brun à lunettes qui zozotait et s’énervait sur les plateaux de télévision. Pour les moins jeunes encore, c’est l’auteur de shows télé zinzins qui font pâlir d’envie les artistes de maintenant.

Aujourd’hui un peu oublié, ce pilier de la culture pop française âgé de 87 ans fait l’objet d’une exposition au Confort moderne, à Poitiers (avec l’Ina), qui explore la relation des artistes contemporains avec son travail pour la télévision. On a posé trois questions à Jill Gasparina, commissaire de l’expo, qui évoque la pérennité de ce grand créateur d’images.

Jean-Christophe Averty, Bécaud & Co, 1968.

 

Jean-Christophe Averty se dit « peintre électronique ». Quelle est sa relation à l’art ?

Il est très méfiant vis-à-vis de l’art contemporain, qui ne l’intéresse pas beaucoup. Mais il connait très bien l’histoire de l’art moderne, notamment les avant-gardes surréalistes et dada des années 1920-1930 [voir dans le clip ci-dessus la citation directe des Moules mâlics et des Rotoreliefs de Marcel Duchamp, ndlr]. Il a fait notamment un film très intéressant sur Dalí. Son travail pour la télévision est à la jonction entre les avant-gardes et la culture populaire. Les émissions sur la mode ou les shows avec des chanteurs qu’il a faits dans les années 1960 étaient très à la pointe graphiquement. En même temps il a une grande culture du music-hall, du cabaret, et de la culture populaire américaine de l’après-guerre, notamment du jazz. Ça donne souvent des mélanges savoureux : il a fait en particulier une « soirée de Noël jazz » pour la télévision qui a suscité des torrents de protestations racistes.

Que reste-t-il de Jean-Christophe Averty dans la télévision d’aujourd’hui ?

C’est quelqu’un d’un peu oublié, il a peu de descendance, et est très amer vis-à-vis de la télévision, qu’il ne regarde plus. Malheureusement ce qu’Averty avait élaboré a disparu une fois qu’il a quitté les écrans. Il y a bien eu sur Canal+, au début, une veine Hara-Kiri et Roland Topor qu’il a fait passer dans la télé, mais ça a disparu. Et il nous a confié qu’Alain De Greef [directeur des programmes de Canal+ de 1986 à 2000, ndlr] le détestait ! Il n’a donc jamais eu à Canal+ la place qu’il aurait pu avoir. C’est plutôt dans le champ de l’art qu’on retrouve son influence.

Comment les artistes s’inspirent d’Averty ?

Pour de nombreux artistes, l’influence d’Averty se sent dans le travail technique en post-production, avec les incrustations qui permettent d’inclure n’importe quel décor. Il y a une forme d’antinaturalisme, un peu à la Méliès, dans cette technique qui donne une note bizarre, surréaliste. Brice Dellsperger, par exemple, refait des films hollywoodiens en incrustations, avec un côté psychédélique à la Averty. Comme Averty, Arnaud Dezoteux pose la question de l’économie du cinéma en réalisant un film d’heroic fantasy sur fond vert. Son nom circule beaucoup dans les écoles d’art, notamment au Fresnoy, qui est consacré à l’image. Il y a dans l’art contemporain un courant du collage vidéo, de l’expérimentation de l’image. Son travail est remis à l’honneur, mais ses vidéos restent difficiles à trouver. J’espère en tout cas que l’exposition contribuera à lui redonner une place.

Vue de The Averty Show, Le Confort moderne, Poitiers : Arnaud Dezoteux, Behind the scenes : Au seuil de l’éternel, 2015, en coproduction avec red shoes. Photo : Eric Tabuchi.

Propos recueillis par Magali Lesauvage.

 

THE AVERTY SHOW

25/09/2015 > 20/12/2015

Le Confort Moderne

POITIERS

The Averty Show n’est pas une exposition en forme hommage, ni une relecture érudite du travail d’Averty. Elle prend pour point de dépa...

Exposition terminée
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