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Orsay, vice, luxure et poésie

Jéremy Billault 1 octobre 2015

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Jusqu’au 17 janvier au musée d’Orsay, l’exposition Splendeurs et Misères, images de la prostitution (1850-1910) présente plus de 400 œuvres inspirées par le monde mystérieux et fascinant de la prostitution de la Belle Epoque. Toulouse-Lautrec, Manet, Degas, Picasso, Munch, nombreux sont les artistes présentés de manière subtile face à un sujet qui devrait toucher un vaste public.

L’idée pouvait sembler racoleuse, l’histoire dira qu’elle était brillante. Après une semaine tumultueuse, marquée par une grève contre l’ouverture du musée le lundi, l’exposition Splendeurs et Misères a ouvert ses portes avec une affluence record. Il faut dire que le sujet a inspiré. Manet, Toulouse-Lautrec, Degas (très productif), Picasso ou encore Munch, accompagnés de comparses poètes et écrivains : les plus grands ont trouvé la beauté dans la culture du vice et dans sa fulgurance.

Pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, la prostitution est un phénomène complexe. Tolérée lorsqu’elle est encadrée (dans les « maisons de tolérance »), elle est présente un peu partout de façon clandestine. Avec les différents lieux de rencontres (au café à l’heure de l’absinthe ou à l’opéra par Degas),  se multiplient les qualificatifs fleuris pour désigner celles qui exercent le plus vieux métier du monde. Elles sont « femmes honnêtes », « racoleuses », « lorettes », « demie-mondaines », « cocottes » ou « grandes horizontales ». De toutes classes sociales, elles suscitent à la fois l’admiration et une certaine compassion, tantôt splendides, tantôt misérables.

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Constantin Guys, Jeune fille relevant sa jupe, Paris, musée des Arts décoratifs.

Dans un coin rougeoyant et assombri, brillamment installé par le musée d’Orsay (pas de prostituées sous la verrière, à la lumière du jour) l’exposition est immersive, les sofas pleins de froufrous, les tables pleines de cartes de visites (authentiques) et les salons pleins de surprises. Au fil des chefs-d’œuvre et de quelques perles (un croquis de Constantin Guys d’entrée et on comprend tout Baudelaire), des drôles d’instruments, une canne de flagellation à poignée d’argent, des meubles aux détails équivoques et un siège qui intrigue, une chaise de volupté imaginée pour Edouard VII qui visiblement était plutôt généreux en amour.

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Edouard Manet, Olympia, 1863, Paris, musée d’Orsay.

Une femme de profil au premier plan. A l’horizon d’une rue déserte une silhouette, noire. L’Attente, premier tableau d’un diptyque de Béraud saisit ce que beaucoup cherchent à représenter : un instant fugitif, la modernité. De la toilette au lupanar, en passant par la terrasse d’un café, tout est une succession d’instants sacrés et vicieux, malsains et attendrissants représentant ce que l’on voit et surtout, qu’on ne voudrait pas voir.

C’est le cas de celle qui ne pouvait manquer un tel événement, Olympia. Objet du scandale lors de sa présentation au salon de 1863 et pendant de longues années, le tableau de Manet s’impose comme un classique du genre, le chat à ses pieds (conseil avisé de Baudelaire) semble avoir erré dans les salons que le visiteur vient de traverser, son œil lubrique plus familier que jamais. Le scandale est devenu classique. Splendeurs souvent, misères parfois (on vous épargne quelques détails médicaux qu’il faudra aviser sur place), la prostitution est, étonnement ou pas, un formidable miroir de la face cachée d’une époque artistiquement prolifique et dont la qualité des œuvres surpasse largement un aspect ludique a priori effrayant. Vous aviez-dit racoleuse ?

 

SPLENDEURS ET MISÈRES

22/09/2015 > 17/01/2016

Musée d'Orsay

PARIS

Première grande manifestation consacrée au thème de la prostitution, cette exposition tentera de retracer la façon dont les artistes fra...

Exposition terminée
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