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Au Louvre, une histoire trop brève de l’avenir

Magali Lesauvage 22 septembre 2015

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À partir du livre de Jacques Attali Une brève histoire de l’avenir, le Louvre condense en 200 pièces 40 siècles d’histoire de l’humanité, à coups de grands thèmes synthétiques. Une sorte d’« histoire du monde pour les nuls » illustrée de chefs-d’œuvre de l’art ancien et d’œuvres contemporaines. Visite.

Thomas Cole, Le Destin des empires. La Destruction, 1836, New York Historical Society.

 

Jacques Attali a dit…

Brosser l’histoire à grands traits, trouver des concordances entre les temps et les formes, aller repêcher dans les réserves des musées des objets d’un goût exquis, c’est là tout le talent de Jean de Loisy, co-commissaire (avec Dominique de Font-Réaulx) de cette exposition. On se souvient notamment de Traces du sacré, en 2008 au Centre Pompidou, ou plus récemment de Formes simples au Centre Pompidou-Metz.

Basée sur un livre de Jacques Attali, qui depuis une quarantaine d’années conseille les plus grands de ce monde en matière d’économie et de grands sujets de société, l’exposition éponyme propose de « retracer au présent un récit du passé susceptible d’éclairer notre regard sur l’avenir », avec comme postulat que l’Histoire serait structurée selon des « invariants » qui permettraient de « prévoir l’organisation des décennies à venir ». On n’est pas loin ici d’un Nostradamus, qui au XVIe siècle déjà prédisait l’avenir du monde à partir de calculs basés sur des grands cycles.

Visualiser l’avenir en racontant le passé, c’est ce que tente l’expo au fil de grandes thématiques (l’ordonnancement du monde, les grands empires, l’élargissement du monde, le monde d’aujourd’hui), qu’illustrent des œuvres très diverses. « Tiré » vers l’axe de réflexion tracé par Loisy et Font-Réaulx, leur sens se réduit à l’anecdotique plus qu’il ne s’enrichit pour épouser la courbe de pensée des commissaires.

Force centripète

Ainsi un majestueux crâne de Papouasie avec plumes et cauris illustre-t-il de manière très littérale « notre énigme » (c’est-à-dire la mort), ou encore une série de sublimes monnaies du monde entier se rapporte au thème de l’échange. La rare suite de toiles Le Destin des empires de Thomas Cole a été prêtée par la New York Historic Society pour décliner en cinq étapes, de l’état sauvage à la désolation, en passant par l’apogée, le cycle des civilisations. Des carreaux d’Iznik pour les jardins, une vitrine de casques antiques pour évoquer les empires surgissant, des images de la place Tian’anmen, de la chute du mur de Berlin ou de mai 68 pour rappeler les soubresauts de l’Histoire du XXe siècle : on se croirait dans le cahier d’images d’un manuel d’Histoire pour lycéens.

Ugo Rondinone, Diary of Clouds, 2007-2008, bois et cire. Courtesy de l’artiste et de la galerie Eva Presenhuber.

 

Certaines œuvres, en revanche, tapent juste, par le léger décalage qu’elles opèrent avec le temps. C’est le cas, en un saisissant raccourci entre passé et présent, du fragment de la sculpture des Ombres de Rodin, retrouvé dans les décombres du World Trade Center en 2001, pieds de bronze convulsés par la chaleur des flammes. Les œuvres contemporaines en particulier apportent pour la plupart  un contre-point bienheureux, car non littéral, à un propos simpliste. Ainsi le poétique Diary of Clouds d’Ugo Rondinone fige-t-il l’évanescence du temps en une galerie de nuages modelés à la main en autoportraits informes, tandis qu’Isabelle Cornaro réalise de véritables portraits de natures mortes en agençant les modèles en cire de plantes tropicales de Robillard d’Argentelle, sculptures hyperréalistes de l’âge des Lumières.

Concluant la visite, l’installation Fondation d’Ai Weiwei est une sorte d’échiquier géant où des bases de colonnes évoquent un édifice entre passé et futur, destruction et construction. L’œuvre ouvre la perspective en une agora où les spectateurs sont invités à venir s’asseoir pour discuter de l’avenir, laissant les œuvres en retrait d’une expo trop bavarde.

 

UNE BRÈVE HISTOIRE DE L’AVENIR

24/09/2015 > 04/01/2016

Musée du Louvre

PARIS

Événement majeur de la programmation du Louvre en 2015, cette exposition est inspirée du livre de Jacques Attali Une brève histoire de l...

Exposition terminée
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