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Berlin est-elle encore le « paradis des artistes » ?

Jéremy Billault 21 septembre 2015

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Alors que la Berlin Art Week bat son plein, un collectif d’artistes tire le signal d’alarme. En quelques années, l’embourgeoisement de la capitale allemande a conduit les résidences d’artistes à disparaître peu à peu, au profit de logements luxueux plus lucratifs pour les propriétaires. Bienvenue dans un paradis de la création en voie de disparition.

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« De la place pour l’art, la culture et les logements sociaux », manifestation à Berlin. Photo : Davids/Forian Boillot.

Berlin, c’était mieux avant. Berlin paradis de la création, Berlin bouillonnant, Berlin underground, Berlin avant-gardiste, Berlin dont le monde entier rêve dans un fugitif accès de folie… C’était mieux avant. Paradoxe logique, c’est pendant la Berlin Art Week que le constat se dévoile. Sur l’Alexanderplatz, en plein centre de la ville, un collectif d’artistes proteste, par inquiétude plus que par revendication : leurs résidences disparaissent les unes après les autres.

Les conséquences de la gentrification fulgurante que connait Berlin : l’immobilier s’envole, les loyers suivent, les studios et résidences d’artistes sont rachetés et transformés par leurs nouveaux propriétaires en logements plus luxueux. Le phénomène se généralise au point que cinq lieux de résidence ont disparu depuis 2014, laissant 150 artistes sur le carreau. Sur l’Alexanderplatz donc, ce sont eux qui, réunis en un collectif (l’AbBA, alliance des ateliers en voie de disparition) attirent l’attention des amateurs d’arts venus du monde entier.

Back to black

Au-delà d’un pur phénomène sociétal, l’attractivité de la ville commence à se faire aux dépends, voire même sur le dos des artistes. L’alliance d’artistes brandit des boîtes noires sur lesquelles est écrit en blanc sur noir « Kunst zieht an und nicht aus ! » (que l’on peut traduire approximativement par « L’art attire comme un aimant, l’art ne repousse pas ! »).

Les boîtes, leur couleur surtout, sont un symbole dans le symbole, reprenant les célèbres fresques du street artist italien Blu. Au bord d’un terrain vague du quartier de Kreuzberg, le bâtiment sur lequel l’œuvre était visible depuis 2008 est sur le point d’accueillir des logements de luxe. Pour éviter la destruction ou, pire, pour éviter que les prix flambent à cause d’un mur devenu branché, l’artiste a lui-même sabordé son travail et recouvert le mur de peinture noire, peinture noire qui deviendra le symbole de la menace qui pèse sur la création. Dans le quartier de Kreuzberg, 250 membres du collectifs, principalement des artistes mis en danger, ont brièvement bloqué la circulation en utilisant un mur de boîtes noires.

#Bouillant

A long, voire à moyen terme, le bouillonnement culturel et l’excitation qui animent Berlin pourraient donc s’essouffler si les conditions de vie ne permettent plus aux milliers d’artistes berlinois, d’origine comme d’adoption, de créer. Or ce problème qui, comme beaucoup le craignaient, prend de l’ampleur, finira par atteindre la ville elle-même.

C’est ce dont s’inquiétait déjà Tim Renner dans une interview donnée au Berliner Zeitung en 2014. Le secrétaire aux Affaires culturelles de la ville se montrait plutôt pessimiste quant à l’avenir de la création berlinoise dans les quinze prochaines années : « Le plus grand danger que l’on puisse envisager, c’est que la culture sorte totalement de la ville ». Les vingt dernières années ont été culturellement très riches grâce à de nombreux espaces et à des loyers modérés qui disparaissent petit à petit au point de risquer de donner à la capitale allemande un visage totalement différent dans un futur proche. « Quels sont les domaines dans lesquels Berlin trouve sa croissance ? Les domaines de la culture et de la créativité. Et le tourisme. Et qu’est-ce qui attire les touristes ? La culture ! », précise Tim Renner.

On s’arrache ?

« Cette manifestation est là pour qu’on réfléchisse ». De retour sur l’Alexanderplatz, l’artiste Jochen Küpper garde espoir. « Trois ateliers ont déjà été supprimés et d’autres sont en grand danger. Ensemble, avec les propriétaires et la ville de Berlin, nous voulons offrir une vision différente pour la ville, une vision qui serait à la fois attractive, puissante et intéressante ».

Plusieurs acteurs importants du monde de l’art font partie du comité de soutien aux artistes et pourraient proposer de nouveaux lieux de résidences. Cette solution, qui ne sera pas exhaustive, conduira à une délocalisation des endroits branchés et des lieux de créations. Avec une prise de conscience : Berlin doit tout faire pour que ses artistes survivent.

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