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Biennale de Lyon 2015 : les incontournables

Magali Lesauvage 17 septembre 2015

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Condensée en deux lieux, la 13e Biennale de Lyon est moins dense et plus jeune que les éditions précédentes, et recèle quelques œuvres remarquables, dans une scénographie léchée. À partir du thème fourre-tout de « la vie moderne », son commissaire Ralph Rugoff (directeur prospectif de la Hayward Gallery de Londres) réunit soixante artistes provenant de trente pays différents pour définir un dialogue entre réel et imaginaire. Sélection des œuvres à ne pas louper, au MAC et à la Sucrière.

À la Sucrière

Céleste Boursier-Mougenot, Averse, Biennale de Lyon, La Sucrière, 2015. Photo : Blaise Adilon.

Après avoir franchi le labyrinthe de tissus de Liu Wei, caisses de déménagement à la Beuys qui nous indiquent qu’il est temps de se poser un peu, on pénètre dans les vastes espaces de l’ancienne usine de sucre pour tomber nez à nez avec l’étincelante batterie de Céleste Boursier-Mougenot. Sur elle pleuvent régulièrement des graines, enrobant d’un habillage sonore pétaradant le bâtiment entier. L’ensemble, en cercle dans le carré du patio de la Sucrière, est mis en scène de manière impeccable, presque trop « objet d’art ».

Plus loin, l’impressionnante installation de Simon Denny, Néo-Zélandais de trente-trois ans, donne à voir, reproduit en fac-similé ou à l’échelle 1 les biens saisis chez Kim Dotcom, ex-PDG de la plateforme de téléchargement illégal Megaupload : écrans plats à la douzaine, statue fantasy géante et jet-ski forment la métaphore du « All you can have » que permet l’usage frauduleux d’Internet. Non loin, la borne de retrait mélancolique de Camille Blatrix enjoint à un dialogue autiste avec un appareil que l’artiste aimerait voir lui donner un peu plus que de l’argent… de l’amour peut-être ?

Kader Attia, Traditional Repair, Immaterial Injury, Biennale de Lyon, La Sucrière, 2015. Photo : Blaise Adilon.
Otobong Nkanga, Weting You Go Do?, Biennale de Lyon, La Sucrière, 2015.
Michel Blazy, Pull Over Time, Biennale de Lyon, La Sucrière, 2015. Photo : Blaise Adilon.

On franchit le seuil de vastes rotondes (en laissant celle occupée par l’installation vidéo kitsch très 80s de Tony Oursler) pour découvrir dans toute leur plénitude les planètes parlantes du Nigérian Otobong Nkanga, réunies par des réseaux de cordes. Dans la salle jumelle, l’Américain Cameron Jamie a installé une quinzaine de céramiques, bouillies informes montées sur pilotis, qui évoquent la sauvagerie flamboyante de l’Oviri de Gauguin.

On monte au premier étage et on baisse les yeux devant la puissance émotionnelle du geste simplissime de Kader Attia, qui poursuit son œuvre de réconciliation en inscrivant au sol même du bâtiment les traces de cicatrices, surfaces de réparation thérapeutique viennent rappeler le passé ouvrier du lieu. A proximité, un labyrinthe de postes d’ordinateurs, nommé Les Oxymores de la raison, mêle les entretiens de psychanalystes et de guérisseurs qui évoquent l’inconscient africain, en un mélange de paroles devenues incompréhensibles. L’un des temps forts de cette Biennale.

The personnal effects of Kim DotcomSimon Denny, The personnal effects of Kim Dotcom, Biennale de Lyon, La Sucrière, 2015. Photo : Blaise Adilon.

 

Le dernier niveau de la Sucrière est spectaculaire : Tatiana Trouvé déploie ses visions apocalyptiques d’intérieurs modernes calcinés, non loin des vêtements et ordinateurs que Michel Blazy a laissé se faire dévorer par une fière végétation. Une ruine répond à une autre, et la nature reprend ses droits, jusque dans l’installation bleutée du jeune artiste Hicham Berrada, qui nous fait vivre l’expérience nocturne d’un jardin embaumé de jasmin.

Au MAC

La moisson est beaucoup moins fertile au musée d’art contemporain, où l’on n’aura retenu que trois propositions vraiment intéressantes. Du duo Fabien Giraud et Raphaël Siboni, une vidéo, La Mémoire de masse, d’une beauté stupéfiante, rappelle le passé de la ville de Lyon, et en particulier la révolte des canuts, dans un dialogue entre nature et machine, vie et mort, force et néant.

C’est aussi dans la maîtrise du chaos que se démarque Emmanuelle Lainé, dont on retrouve le sens de la mise en espace des objets, avec ce décalage photographique que l’on saluait déjà l’an passé dans son expo Le Plaisir dans la confusion des frontières à la Fondation Ricard, à Paris.

Enfin, on achève la visite sur une note d’humour grâce au Britannique David Shrigley et à son petit film Start/Finish où un automobiliste joue à éviter de renverser des bonshommes suppliant. La vie moderne…

David Shrigley, Start/Finish, Biennale de Lyon, La Sucrière, 2015.

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