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« Le Verrou » de Fragonard : analyse d’un chef-d’oeuvre de l’érotisme

Magali Lesauvage 15 septembre 2015

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Le musée du Luxembourg consacre cet automne une exposition à un grand maître de l’érotisme en peinture : Jean-Honoré Fragonard. Comme son sous-titre l’indique, l’expo garantit frissons et émois rétiniens. Plongée en la matière avec l’une des œuvres phares du musée du Louvre, Le Verrou, magistrale mise en scène du vertige amoureux.

Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou, vers 1777-1778, Paris, musée du Louvre © Photo RMN-Grand Palais/Daniel Arnaudet.

L’auteur

Celui que l’on surnomme alors « le divin Frago » peint cette toile en 1777-1778, à l’âge de quarante-cinq ans. Il est l’une des figures majeures de l’ère galante de la fin du XVIIIe siècle, celle à laquelle le style Louis XV impose sa marque, qui voit fleurir sur le mobilier comme dans l’architecture les motifs de l’Amour, de Vénus et de ses muses. Spécialiste des « bergeries » bucoliques et des scènes mythologiques évoquant les amours des dieux, Fragonard plante aussi de temps à autre le décor de voluptés bien réelles, saisies dans le décor prosaïque d’êtres de chair.

Tandis qu’il illustre les populaires Fables de La Fontaine, l’artiste se fait connaître également des amateurs par des œuvres secrètes. Ces scènes d’alcôves à la sensualité explicite forment le pendant soft à une pornographie érigée au même moment par le marquis de Sade au rang d’art. Ces images, tels Le Verrou ou les fameux Hasards heureux de l’escarpolette, chef-d’œuvre de la pulsion scopique (que la Wallace Collection de Londres n’a malheureusement pas prêté à Paris, mais que l’on retrouve sous forme de gravure), sont diffusées sous le manteau par l’estampe, et contribuent à faire de « Frago » l’héritier licencieux d’un Watteau ou d’un Boucher, condamné par certains pour ses « mœurs corrompues ».

Le sujet

Commandée par le marquis de Véri, la scène de séduction que représente l’artiste sous ce titre métonymique est celle d’un instant de passion paroxystique. Dans une chambre à coucher encombrée de lourdes étoffes, un couple s’ébat. Lui se dresse, en tenue légère blanche, talons soulevés dans un geste de tension. De la main droite il tente d’atteindre le fameux verrou, cantonné dans l’angle droit du tableau. De l’autre, il enlace et soutient une femme au cou cassé par le transport amoureux. Alors qu’elle semble prête à défaillir, la robe défaite et la main dressée en un geste timide dans une grande arabesque, lui se tient droit comme un I, sûr de son désir. Et tandis qu’elle essaie de résister, il met en œuvre discrètement les conditions de la possession. Tout à gauche, une pomme posée sur la table de chevet nous rappelle qu’il s’agit bien de la représentation du péché, tandis que le bouquet jeté à terre évoque la défloration.

Fragonard peint donc ici, dans une mise en scène assez claire aux yeux du spectateur, l’instant précis qui précède l’acte amoureux − on peut même ici deviner que l’artiste a souhaité représenter de manière délicate une scène de viol. Déjà les draps sont défaits, déjà les vêtements ont été dénoués, la porte se ferme, elle cède, il agit.

Le style

La toile s’organise autour d’une grande diagonale, un jet de lumière qui part du fruit, en bas à gauche, pour atteindre le verrou, en haut à droite. Une grande partie supérieure de la toile est plongée dans la pénombre, tandis que le couple est vivement éclairé. Les tissus aux tons rouge sang (dans lesquels l’historien de l’art Daniel Arasse voyait se dessiner les contours d’un sexe féminin) s’écartent pour laisser s’échapper le couple, dans un pas-chassé qui fait glisser la focale vers la droite de la toile. Du lit s’échappe un drap blanc tendu vers leur désir. La scène se découpe dans un clair-obscur aux tons chauds (rouges, jaunes, bruns, blancs crémeux), et la complexité des drapés dit toute la confusion dans laquelle se trouvent les protagonistes.

Une certaine violence émane de l’œuvre. La femme est ici la victime sacrifiée, prise au piège entre une issue impossible, objectivée par le verrou (objet lui-même érotique) et la couche qui semble prête à se refermer sur elle pour la dévorer.

FRAGONARD AMOUREUX

16/09/2015 > 24/01/2016

Musée du Luxembourg

PARIS

L’inspiration amoureuse parcourt l’oeuvre de Jean Honoré Fragonard (1732- 1806), souvent en écho avec les transformations et préoccup...

Exposition terminée
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