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Syrie : la 3D peut-elle sauver le patrimoine ?

Jéremy Billault 11 septembre 2015

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En Syrie, le patrimoine culturel a récemment été une cible privilégiée des forces de Daesh. A grands coups d’explosifs, des temples millénaires ont été détruits, filmés et utilisés pour une macabre propagande. Pour lutter contre la disparition irrémédiable de ces trésors archéologiques, Fleur Pellerin a décidé de soutenir le projet de plusieurs chercheurs désireux d’utiliser la 3D pour reconstituer le patrimoine disparu.

DR.

Pour le patrimoine, l’été a été terrible en Syrie. A Palmyre notamment, ainsi qu’aux alentours, l’Etat Islamique a enchaîné les destructions. Deux temples majeurs, un monastère, des colonnes… Daesh détruit des monuments inscrits dans le patrimoine mondial et revendique des actes filmés et publiés. Pour lutter face à ce qui semble impossible à contrer, la ministre de la Culture, probablement inspirée par des chercheurs des universités d’Oxford et d’Harvard, a décidé d’agir. Les chercheurs en question ont mis au point une solution qui, faute de mieux, tâchera de graver dans les mémoires les monuments détruits en utilisant la technologie, la 3D et la réalité augmentée.

High tech participatif

Le processus est simple et ambitieux : tout enregistrer, tout filmer, en recrutant des partenaires sur place. A l’aide de caméras 3D low-cost (environ une trentaine d’euros), connectées directement à des archéologues, les chercheurs comptent récolter 20 millions d’images d’ici 2017. Temples, objets, ruines archéologiques, tout doit y passer pour pouvoir être retranscrit, mais aussi pour pouvoir éviter le trafic d’objets d’art (les images seront la preuve qu’en 2015 un objet se trouvait en Syrie et qu’il n’a pas été acheté avant). Les images 3D serviront ainsi à reconstituer le plus fidèlement possible les bâtiments détruits, désormais accessibles à tous, en réalité augmentée.

Fleur Pellerin à la rescousse

Ce projet a rapidement tapé dans l’œil de Fleur Pellerin qui, dans une interview accordée à Libérationa déclaré vouloir donner les moyens nécessaires aux chercheurs pour que ce projet soit mis en place à long terme et de la façon la plus exhaustive possible. Sans mettre en danger la vie des participants, le projet s’étendra autant que possible hors des zones de conflits. Difficile donc, de s’approcher de Palmyre, par exemple, dont l’enjeu culturel n’est pas ignoré des forces sur place. « Le projet, déclare-t-elle, doit se fonder sur une collaboration internationale, mondiale, à l’échelle de l’humanité. Ne serait-ce qu’au moment de collecter les données. Le projet doit être mené avec les données que l’on peut récupérer à l’extérieur des territoires de conflits, partout dans le monde, afin de ne pas mettre en danger des vies humaines sur place. Et le résultat devra être accessible partout. »

Evidemment, personne n’en doute, la réalité augmentée ne remplacera pas les temples détruits : les monuments, les objets, sont intimement liés à leur emplacement, leur environnement, leur histoire, leur matière même. Représenter ces trésors à travers le monde revient à les sortir de leur contexte mystique et, malheureusement, à les défaire de leur identité physique et sensorielle. Tout change mais il faut faire avec. « Rien ne remplacera jamais ces trésors de l’humanité, a précisé le ministre. Jamais. Mais certains sont déjà totalement détruits. Donc nous avons désormais choix entre le néant et ces reconstitutions. Or je trouve que le message est beau : tous les citoyens du monde peuvent contribuer à reconstruire ce que des terroristes détruisent. »

 

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