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Art vandalisé : Kapoor, McCarthy, Combo, même combat ?

Marie-Charlotte Burat 10 septembre 2015

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Dimanche 6 septembre, l’œuvre Dirty Corner de l’artiste Anish Kapoor a été vandalisée pour la seconde fois. Une tendance à la destruction qui  ne désenfle pas. Focus sur trois artistes concernés et leurs œuvres, de Kapoor à McCarthy en passant par Combo.

Art vandalisé T© Getty Image

Le vandalisme est malheureusement une pratique de plus en plus courante chez les mécontents de l’art contemporain. Une forme d’expression à la limite de la barbarie pour les activistes de la régression, qui, à défaut d’avoir une force d’éloquence, s’attaquent aux œuvres. Celles qui sont visées sont publiques et font débat, générant des polémiques auxquelles une poignée d’individus s’est octroyé le droit de répondre par des actes de dégradation. Plus qu’un objet d’art en soit, c’est à chaque fois un concept de création, d’intégrité et de liberté qui est entaché.

Les motivations du vandalisme sont multiples, que ce soit la volonté de préserver certaines traditions et d’aller à l’encontre d’un art nouveau. Pour les œuvres à connotations sexuelles, c’est une atteinte à pudeur, au traditionalisme et à la foi qui sont plaidées en grande majorité du côté des opposants. Mais tradition et religion, loin d’être les seuls motifs de ces dégradations, laissent parfois la place à des raisons plus politisées, nationalistes, royalistes et parfois sinistrement racistes.

Dirty Corner, Anish Kapoor

Tristement tête de gondole des artistes vandalisés, Anish Kapoor a fait face à de nombreux rebondissements concernant ces œuvres, particulièrement son Dirty Corner, exposé à Versailles. Vandalisée en juin, son œuvre subit la malédiction deux fois encore début septembre et fait les frais de surcroît d’insultes antisémites et d’allusions royalistes. C’est pour mieux dénoncer et répondre à ce geste que l’artiste a décidé d’y laisser les inscriptions. Une manière d’affronter l’agression plutôt que de la fuir et ainsi de tenter de minimiser son impact. Une démarche légitime mais trop lourde en connotations, qui peut aussi avoir l’effet inverse.

Laisser ces inscriptions participe à donner du poids aux agresseurs ainsi qu’à leurs propos. Un procédé qui déforme aussi la symbolique de base de l’œuvre, devenant alors un étendard de la lutte contre le vandalisme. Le risque de cette démarche est de faire de l’artiste, en tant que propriétaire intellectuel de l’œuvre, un complice des agresseurs en intégrant consciemment leurs actes à son Dirty Corner. C’est d’ailleurs l’objet de la plainte déposée contre lui par Fabien Bouglé, conseiller municipal de Versailles.

Kapoor TAnish Kapoor, Dirty Corner vandalisé, Versailles, © Getty Image

Tree, Paul McCarthy

Paul McCarthy, sculpteur de polémique, a subi les foudres du vandalisme pour son œuvre Tree, exposée triomphalement sur la place Vendôme dans le cadre de la FIAC 2014. Tree, où l’histoire d’un sapin de Noël aux allures peu conventionnelles et épuré à l’extrême. Seule la couleur vert sapin et son nom pouvaient le relier à ce qu’il prétendait être. Mais McCarthy n’en démord pas, il s’agit bien d’un sapin de Noël et seuls les esprits mal placés y auront vu un objet sexuel, à savoir un plug anal géant.

Le satirique McCarthy fait preuve ici d’ironie. Installer un plug anal de couleur vive au centre de la place la plus riche de la capitale et ce durant le Foire d’art contemporain la plus réputée de France, tout en prétendant innocemment le contraire, c’était faire un pied-de-nez au monde de l’art aussi gigantesque que sa sculpture. De la provocation pure et dure, que McCarthy revendique. Rien à voir entre sa démarche et celle d’Anish Kapoor, comme le précise ce dernier au Figaro, qui ne souhaite aucun rapprochement avec l’artiste américain.

Mais la provocation ne fait pas l’unanimité et l’œuvre est dégonflée. Les accusations les plus récurrentes restent le manque de respect au catholicisme et à la fête de Noël. Or McCarthy s’est davantage attaqué au Noël de Coca-Cola qu’à celui de Jésus… Mais pour condamner cette œuvre, fallait-il encore savoir à quoi pouvait s’apparenter l’objet, fruit de controverses.

macarthy TMcCarthy, Tree vandalisé, Place Vandôme, Paris, © Getty Image

Jeanne de Paname, Combo

Dans le XIe arrondissement de Paris, un mur se prête aux délires créatifs des artistes et passe d’un graff à l’autre. Il aura fait parler plus que d’ordinaire cette année par la présence de l’œuvre du street-artiste Combo. Sur sa surface se profile une « Jeanne de Paname » insolente et conquérante. Le but de l’artiste était de provoquer, mission réussie. En détournant le slogan du parti du Front National et en remaniant son égérie, il frappe un grand coup et les réactions ne se font pas attendre. Les sympathisants du FN répliquent à base de punchlines nationalistes, vues et revues, extrémistes. Une joute graphique s’entame alors, des insultes en remplaçant d’autres. Dans ce cas Combo a poussé le street-art à son paroxysme, créé pour être vandalisé. Il renverse le propre du vandalisme qui est de faire subir, en un vandalisme voulu, maîtrisé, voire manipulateur.

Dans tous les cas, plus que la dégradation de l’œuvre, c’est le constat d’un comportement réducteur qui s’affirme et qui s’auto-dénonce. Le vandalisme, comme le témoin d’actes et de pensées qui cherchent à s’imposer par la violence, ne porte pas réellement à la lumière ses revendications, et s’oublie. Tandis que l’art reste.

Combo-TFresque de Combo « Jeanne de Panam », Paris 11e, AFP©

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