Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Anish Kapoor à Versailles : retour sur les dégradations de « Dirty Corner »

Jéremy Billault 9 septembre 2015

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Depuis l’installation de l’œuvre Dirty Corner d’Anish Kapoor à Versailles, les péripéties et actes de vandalisme s’enchaînent. Entre les polémiques provoquées par la sculpture et la problématique judiciaire et légale qui aura suivi un second acte de vandalisme, l’œuvre a fait parler, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Retour en cinq dates sur une affaire qui a largement franchi les limites du monde de l’art.

9 juin : Kapoor s’installe dans les jardins du château de Versailles

Au milieu de l’espace important accordé à Anish Kapoor, sur le Tapis Vert de Versailles (l’artiste refuse l’intérieur du château), une œuvre parmi les autres fait parler. Intitulée Dirty Corner, la sculpture est une immense trompe, qualifiée par Kapoor lui-même de « très sexuelle », entourée d’énormes blocs de pierre dont certains sont rouge sang. Rapidement surnommée par la presse « vagin de la reine », elle créée la polémique, comme avant elle le firent à Versailles les œuvres de Takashi Murakami ou de Jeff Koons à l’époque.

Anish Kapoor's Exhibition At Palace Of Versailles

Anish Kapoor, Dirty Corner, château de Versailles. Photo : Chesnot/Getty Images.

17 juin : Dirty Corner est vandalisée

Quelques jours seulement après le début de l’exposition, l’œuvre qui avait fait parler est vandalisée. Dans la nuit, la sculpture a été dégradée par des jets de peinture jaune qualifiés de « superficiels » par la direction du domaine. Réaction après le scandale ou mauvaise blague, aucune revendication ne sera publiée suite à cet acte de vandalisme. L’œuvre est nettoyée, tout rentre dans l’ordre.

6 septembre : des inscriptions injurieuses et antisémites

Dans la nuit du 5 au 6 septembre, Dirty Corner est à nouveau vandalisée, alors qu’elle est surveillée jour et nuit, comme tous les lieux de patrimoine depuis les événements de janvier dernier, dans le cadre du plan Vigipirate. L’œuvre est couverte d’inscriptions antisémites et royalistes. Cette fois-ci, les revendications sont claires et peintes en blanc sur la sculpture-même. L’indignation est totale, l’avenir de l’œuvre incertain. Solution temporaire, Versailles demande à des médiateurs d’expliquer aux touristes médusés que les graffitis ne font pas partie de Dirty Corner. Le président de la République lui-même a fait part de son indignation dans un tweet :

8 septembre : l’œuvre restera telle quelle

« Avant d’arriver, je pensais que j’allais pleurer ». Arrivé sur place, l’artiste constate l’ampleur des dégâts, prend quelques photos et une décision : les inscriptions resteront, l’installation ne sera pas nettoyée comme elle l’avait été en juin. « Mes racines sont multiples, a-t-il déclaré au Figaro, je suis irakien et juif par ma mère, hindou par mon père, britannique par ma culture, ma vie, ma pratique. Et soudain, on me ramène à une catégorie. Désormais, ces mots infamants font partie de mon œuvre, la dépassent, la stigmatisent au nom de nos principes universels. Dirty Corner restera donc ainsi, de notre décision commune, et se montrera ainsi aux visiteurs et aux touristes de Versailles ». Un panneau explicatif renseigne les passants : l’œuvre a été vandalisée et doit témoigner de la haine dont elle a été victime.

GettyImages-487236574

L’installation d’Anish Kapoor à Versailles recouverte d’inscriptions. Photo : Chesnot/Getty Images.

9 septembre : une plainte pour incitation  à la haine raciale

Alors qu’Anish Kapoor a reçu le soutien de la ministre de la Culture Fleur Pellerin, intéressée par le débat culturel qui anime la France après cet acte de vandalisme, Fabien Bouglé, conseiller municipal de Versailles, dépose une plainte à l’encontre de l’artiste et de Catherine Pégard, présidente du château, pour « incitation à la haine raciale, injures publiques et complicité de ces infractions». Selon la plainte, relayée par l’AFP, Fabien Bouglé considère que « Mme Catherine Pégard, ainsi que M. Anish Kapoor reconnaissent la teneur parfaitement antisémite de ces inscriptions. Ces derniers ont donc parfaitement conscience de la gravité et du caractère potentiellement délictueux de la diffusion des inscriptions ». À moins que l’artiste ne change d’avis, ce qui ne semble pas impossible au vu de ses dernières déclarations (« J’ai besoin de temps pour décider de les effacer »), la justice devra donc trancher face à une problématique qui n’a pas fini de faire parler.

10 septembre : jamais deux sans trois

« Respecte l’art comme tu crois en Dieu ». Cette phrase, peinte en grandes lettres roses sur la partie inférieure de la sculpture peut être interprétée de différente manière. Critique envers l’artiste ou soutien  après le vandalisme des jours précédents, l’inscription reste néanmoins une dégradation de l’oeuvre. Versailles annonce que la sécurité sera renforcée, (maîtres-chiens, rondes de police et caméras de surveillance) pour éviter un quatrième acte de vandalisme.

[Mise à jour le 21 septembre 2015]

19 septembre : les tags sont recouverts d’un tissu noir

La justice a tranché, le verdict est sans appel et « sans délai »: les insultes doivent être effacées sur le champ. A défaut de pouvoir être immédiatement retirés, les tags sont masqués, recouverts d’un tissu noir. La justice considère en effet que les inscriptions portent atteinte à l’ordre public et « en particulier à la dignité de la personne humaine ».

21 septembre : la « réponse royale » d’Anish Kapoor

Comme le rapporte le Figaro, l’œuvre est « en cours de restructuration » malgré l’absence de l’artiste, qui se compare dans le quotidien à « une fille qui s’est fait violer et à qui l’on ordonne d’aller se rhabiller dans un coin ». Face à la décision de la justice, Anish Kapoor a décidé de recouvrir les inscriptions incriminées en utilisant des feuilles d’or, posées au pinceau. « Réponse royale » selon lui, qui se présente à la fois comme un clin d’œil au roi qui habitait le lieu et une réponse politique aux multiples injures. Reste à savoir si le résultat convaincra.

VERSAILLES, FRANCE - SEPTEMBER 21: Employees apply gold leaf to cover the vandelism suffered by "Dirty Corner" by British-Indian sculptor Anish Kapoor in the garden of Chateau de Versailles on September 21, 2015 in Versailles, France. Following a court order, Anish Kapoor has decided to cover anti semitic graffiti on his controversial sculpture after the piece was vandalized three times since its inauguration. (Photo by Chesnot/Getty Images)

(Photo : Chesnot/Getty Images)

28 septembre : rebelote

Une semaine plus tard, malgré un dispositif de sécurité amplifié encore et encore, le Dirty corner est vandalisé, pour la quatrième fois. Sur la réponse royale de l’artiste, des feuilles d’or qui recouvrent les tags injurieux, est désormais inscrit le mot « blâme ». Un mot qui cette fois-ci ne devrait pas poser de problème aux yeux de la justice.

ANISH KAPOOR

09/06/2015 > 01/11/2015

Château de Versailles

VERSAILLES

Jardins du Château de Versailles Après Lee Ufan en 2014, Anish Kapoor est l’artiste contemporain invité de l’été 2015 à Versailles...

Exposition terminée
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE