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Istanbul : Biennale et foire internationale, la culture face à la violence

Jéremy Billault 4 septembre 2015

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Le 5 septembre , la 14ème édition de la Biennale d’Istanbul ouvre ses portes et donne le coup d’envoi d’une fin d’année culturellement très riche pour la ville. Après un mois d’août particulièrement violent et face à un climat politiquement incertain, le rayonnement international des événements culturels stambouliotes pourrait être crucial pour l’avenir proche du pays.

«La Turquie a tant de blessures qui ne guérissent pas…». Carolyn Christov-Bakargiev, directrice de l’édition 2015 de la Biennale d’Istanbul en a conscience : plus que jamais, l’art a un rôle à jouer. Après un mois d’août marqué par les offensives de l’armée du gouvernement face à la rébellion kurde, les affrontements meurtriers entre PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et l’armée, l’incertitude politique qui règne dans l’attente des législatives de novembre et la répression musclée d’une manifestation pacifique, Istanbul entre dans une période intense en terme de rayonnement culturel. Outre sa Biennale, événement artistique majeur en Turquie, la ville accueillera Art International, foire importante d’art moderne et contemporain et fêtera la dixième édition de la Contemporary Istanbul. Période intense, enjeu crucial.

Divagation

«Eau de mer : une théorie des formes de la pensée.» Le thème de cette Biennale, qui peut paraître pompeux, effraie. D’une part, l’espoir d’un rassemblement artistique symbolique si ce n’est engagé, participant à une prise de conscience internationale. De l’autre, la peur d’une Biennale fermée, désolidarisée de sa terre d’accueil, réservée au cercle fermé des amateurs mondains de la ville. Selon Carolyn Christov-Bakargiev, ce dernier cas de figure ne sera pas.
People walk in front of the entrance to the Istanbul Modern

Photo : Staton R. Winter/Bloomberg via Getty Images

Outre les océanographes et autres scientifiques qui présenteront leurs travaux aux côtés des artistes (dont 30% seront des artistes locaux), le programme de cette Biennale est sensible. Quatre lieux principaux ( L’Istanbul Modern et la galerie Arter, etc) et 32 autres espaces, parmi lesquels un lieu hautement symbolique. Installé dans l’ancien bureau du journaliste turc d’origine arménienne Hrant Dink, l’espace d’exposition rendra hommage à celui qui restera une figure importante de la paix en Turquie. Assassiné par un nationaliste turc en 2011, ses funérailles avaient réuni plus de 100 000 personnes scandant en turc, kurde et arménien : «Nous sommes tous des Hrant Dink».

Espace lourd de sens, donc, et un début de manifestation qui marquera le coup, en réaction aux violences du mois d’août. A l’initiative de Pelin Tan, artiste turc participant à la Biennale, l’ouverture sera marquée par 15 minutes de silence durant lesquelles les artistes arrêteront la présentation de leurs œuvres. En guise de panneau explicatif, une note : «Je demande le retour du dialogue pour la paix et des négociations».

Coup d’envoi

Si la Biennale d’Istanbul donne le ton, c’est une fin d’année artistiquement très intense que s’apprête à traverser la ville turque. La troisième édition de la foire Art International d’Istanbul ouvrira elle aussi ses portes le 5 septembre prochain. Née dans le sillage de l’événement avec lequel elle partage une date, la foire est un véritable baromètre de l’augmentation du nombre de collectionneurs en Turquie :  «Si nous avons fait le choix d’exposer à Istanbul, c’est aussi pour rencontrer la nouvelle génération d’amateurs d’art, qui ne cesse de croître.» expliquait François Dournes de la Galerie Lelong au journal Le Temps. Istanbul compte environ une vingtaine de collectionneurs et un nombre croissant d’amateurs d’arts qui disposent de moyens nécessaires pour acheter de l’art. L’une et l’autre, la Biennale et la foire, se répondent donc, dans leur cible et  via les revendications de certains artistes. Quelques semaines plus tard, le 12 novembre, une dizaine de jours après la fin de la Biennale d’Istanbul, la Contemporary Istanbul, 3ème événement majeur de cette fin d’année ouvrira les portes de sa 10ème édition. Sur tous les plans, la fin d’année s’annonce intense à Istanbul.

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