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Le Palais de Tokyo prend l’eau

Magali Lesauvage 3 septembre 2015

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C’est la rentrée, vous ramez ? Ne perdez pas le rythme et précipitez-vous au Palais de Tokyo pour voguer dans la sombre installation aquatique de Céleste Boursier-Mougenot (jusqu’au 13 septembre seulement).

Vue de l’installation acquaalta de Céleste Boursier-Mougenot au Palais de Tokyo.

« Acqua alta » : ce phénomène d’« eau haute » bien connu des touristes qui visitent Venise à l’automne et au printemps met chaque année la ville les pieds dans l’eau. Le pic de marée transforme alors la Sérénissime en un dédale miroitant où les monuments les plus prestigieux comme les bâtisses modestes se dédoublent en reflets ondulant. Mieux vaut alors prévoir les bottes en caoutchouc et ne pas avoir trop peur de l’eau.

Acquaalta, c’est aussi le titre – dans une typographie tout attachée comme en un flot continu – de l’exposition de l’artiste français Céleste Boursier-Mougenot, quarante-quatre ans, au Palais de Tokyo. Celle-ci fait écho, à quelques centaines de kilomètres de là, à sa proposition présentée dans le pavillon français de la Biennale de Venise, justement (à voir jusqu’au 22 novembre 2015). Avec rêvolutions, Boursier-Mougenot démontre la mobilité possible de l’art, en orchestrant un ballet d’arbres déracinés qui errent dans l’espace. Artiste mais aussi musicien, ce sosie non-officiel d’Alain Chamfort s’est fait connaître du milieu de l’art contemporain par ses œuvres niant la permanence des choses : assiettes s’entrechoquant, oiseaux pinçant des cordes de guitare, orchestre d’aspirateurs, texte traduit en musique défont les catégories habituelles de l’art et menacent nos certitudes.

Et vogue le navire

À Paris, la réalité paraît tout aussi flottante. La grande courbe du Palais de Tokyo généralement inondée de lumière est plongée dans l’obscurité et inondée… d’eau. Un exploit muséographique, sans doute, une sensation inédite, c’est certain. L’idée est simple et belle : transformer le « musée » (en tant que lieu contenant des œuvres) en espace vide qui non plus s’arpente mais se navigue en toute incertitude. Malheureusement sa réalisation pèche par les contraintes (tout à fait justifiées) imposées par l’institution : faire la queue, respecter les « conditions de visite » (ne pas se pencher, ne pas toucher l’eau, ne pas se tenir debout, ne pas s’attarder trop longtemps…), qui font ressembler l’expérience à une excursion dans un parc d’attraction plus qu’à une balade contemplative.

Mais ne boudons pas notre plaisir, et embarquons. Après avoir posé le pied (et les fesses) dans une barque à fond plat, prévoir un volontaire, notre Charon, qui se postera à l’avant pour pousser une perche contre le fond de l’eau, à moins d’un mètre de profondeur. Le parcours n’est pas fléché, on espère presque se perdre mais cela semble difficile tant la traversée est vite accomplie. Au loin des formes passent, fantomatiques, disparaissent. Les eaux comme les murs et le bassin sont noirs, de vifs éclairs de lumière surprennent les passagers, tandis qu’un son continu les enveloppe. Cherchant notre image dans l’eau noire, on ferait bien des ronds dans l’eau, mais trois battements et déjà nous voilà sur l’autre rive. Dépêchons-nous, d’autres attendent pour monter à bord et faire le chemin inverse.

Les échos sont multiples : Venise, bien sûr, ses gondoles et toutes les fantasmagories qui les accompagnent, la traversée du Styx vers les Enfers, le passage « de l’autre côté », et puisque la terrifiante actualité nous le rappelle, ces bateaux de la mort qui font s’échouer chaque jour sur les rives d’Europe des corps d’innocents.

Là s’arrête la rêverie, ou le cauchemar. La balade aura été furtive, relevant plus de la sensation que de l’observation. Et ce qu’on a regardé avant tout, émerveillé, dans l’installation de Céleste Boursier-Mougenot, ça n’a pas été l’eau ni ses reflets, ce ne furent pas les murs où ont surgi des projections vidéo de silhouettes diaphanes. Ce qu’on a vu ce sont les autres, ces passagers qui, s’enfonçant dans les ténèbres, se confondent dans les ondes, c’est nous-même, Narcisses à la recherche d’échos.

CELESTE BOURSIER-MOUGENOT

24/06/2015 > 13/09/2015

Palais de Tokyo

PARIS

Le Palais de Tokyo présente cet été une importante installation de Céleste Boursier-Mougenot (né en 1961, vit à Sète) qui métamorpho...

Exposition terminée
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