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Muses du XXème siècle vol. 4 : Ken Moody, la muse au masculin de Mapplethorpe

Marie-Charlotte Burat 31 août 2015

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Les muses d’artistes : entre mythe et réalité, ces entités cachées derrière les plus grands artistes sont parfois à l’origine de chefs-d’œuvre mémorables. Qui sont-elles, qui sont-ils, celles et ceux qui ont marqué l’histoire de l’art sans que nous le sachions vraiment ? Découvrons leur vrai visage à travers leurs histoires et plus seulement par le pinceau des artistes. Aujourd’hui, hommage à la beauté du corps masculin avec Ken Moody, muse de Robert Mapplethorpe.

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9aebff96 (1) TRobert Mapplethorpe, Ken Moody © Foundation Robert Mapplethorpe.

Quand on aborde l’œuvre de Mapplethorpe, on pense indubitablement à celle qui fût sa compagne et sa première muse, Patti Smith. C’est à ses cotés qu’il débute la photographie en 1970 avec l’appareil polaroid Land 360 de leur ami Sandy Smith. On pense ensuite à Lisa Lyon, première championne mondiale de bodybuilding féminin en 1980. Mapplethorpe, fasciné par le corps, voit en elle la beauté des muscles saillants et dessinés propre aux hommes et immortalise son travail avec elle dans son livre Lady, Lisa Lyon.

Beauté au masculin

Mais évoquer Mapplethorpe c’est aussi parler de ses nus masculins, de ces hommes à la peau noire dont le photographe aime l’intensité et le reflet. Parmi ses modèles, Ken Moody. Ce jeune professeur de stretching se distingue des autres modèles avec qui travaille Mapplethorpe, et se révèle à l’artiste, presque contre sa volonté, comme une muse avec lequel il va marquer l’histoire de la photographie.

C’est par un ami de Mapplethorpe, Dimitri, que Ken Moody fait sa rencontre. En 1982 à New York, Dimitri propose au professeur de stretching, également mannequin de mode depuis l’âge de 22 ans , de poser pour Mapplethorpe, sachant qu’il correspond à l’esthétique qu’aime l’artiste : un corps athlétique, affûté et une peau noire. Ken Moody le connait de nom, sa notoriété commence à croître, et il a vu les photographies parues dans le livre Lady, Lisa Lyon. N’ayant jamais été attiré par l’art, mais curieux de photographie, il accepte. Leur collaboration durera trois ans. Trois années durant lesquelles les séances photos s’enchaînent et donnent naissance à une soixantaine de clichés, la plupart du temps en noir et blanc comme le reste de son travail, qui participeront à la renommée de Mapplethorpe.

ken TRobert Mapplethorpe, Ken Moody © Foundation Robert Mapplethorpe.

La première d’entre elles deviendra la plus mythique, la plus célèbre. Ken Moody, cadré aux épaules, fait face au photographe et ferme les yeux. La symétrie est de rigueur et la lumière caresse son visage, donnant un effet velouté à sa peau. Sur une toile de fond noir, le visage s’affirme au premier plan avec une structure osseuse qui se dessine fièrement, les muscles délicatement définis. Ses yeux clos laissent transparaître une sérénité au-delà de la photographie. Mais ce détail dépasse le simple aspect esthétique. Ken Moody a la particularité d’être glabre, il souffre d’alopécie. A douze ans il a commencé à perdre ses cheveux, à seize il ne lui reste plus aucun duvet sur le corps. Face à l’appareil photo, il est donc plus sensible à la lumière et ne peut s’empêcher de cligner des yeux à une fréquence régulière. Mapplethorpe lui conseille de les fermer, et prend les photos à cet instant. Le fait d’être dépourvu de cheveux donne à Ken Moody un atout de taille : il n’a pas besoin de se raser et la surface de sa peau est naturellement lisse et sans démarcation. Une esthétique vers laquelle tend Mapplethorpe.

Suis-moi je te fuis

Entre Mapplethorpe et Ken Moody la relation est uniquement professionnelle et platonique, et pour cause : les deux hommes ne s’apprécient pas. Il n’y a pas d’alchimie entre eux, comme le prétend Ken Moody. Jeune homme très conservateur, il perçoit Mapplethorpe comme un personnage beaucoup trop excentrique et provocateur. A l’inverse, le photographe voit en Ken Moody un personnage ennuyeux. Une muse et son artiste qui ne s’apprécient pas, une caractéristique presque inédite, mais en rien paradoxale. Les deux hommes ont beau ne pas s’entendre, leur collaboration n’en est que plus forte. Leur affinité, ils ne la trouvent pas dans la vie, mais dans l’art. Quand la caméra s’allume, ils semblent exister pour être ensemble, raconte Ken Moody. Une fois éteinte, l’embarras reprend le dessus.

9ffcbe21 TRobert Mapplethorpe, Ken Moody © Foundation Robert Mapplethorpe

Mapplethorpe, sculpteur et peintre de formation, fait de la photographie une extension de son art, voire, dit-il, une autre forme de sculpture. Son œil de sculpteur recherche la perfection classique. Les nus et les natures mortes qu’il capture viennent appuyer sa quête d’une beauté binaire : homme/femme, noir/blanc… Ainsi fait-il poser Ken Moody aux côtés de Lisa Lyon et Tyler. Dans cette scène inspirée de l’Antiquité grecque à la manière des trois Grâces, les corps, les couleurs et origines se mélangent et s’effacent individuellement.

ken-and-lydia-and-tyler-1985 TRobert Mapplethorpe, Ken and Lydia and Tyler, 1985 © Foundation Robert Mapplethorpe

Sa passion pour le corps l’amène à travailler sur des séries de photos représentant uniquement certains membres. Travail que Mapplethorpe exerce davantage avec son autre modèle, le danseur Derrick Cross. Mais contrairement à lui, Ken Moody n’accepte pas de poser avec le sexe en érection ou dévoilant son pénis. Il n’échappe pourtant pas à la controverse qui entoure Mapplethorpe, et condamne certaines des photographies. Des clichés à l’esthétique épurée, minimaliste, dont la modernité est aujourd’hui saluée.

Ken Moody et Robert Sherman TRobert Mapplethorpe, Ken Moody and Robert Sherman © Foundation Robert Mapplethorpe.

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