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Le siècle d’or napolitain brille avec modestie à Montpellier

Céline Piettre 24 août 2015

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Avec L’âge d’or de la peinture à Naples : de Ribera à Giordano, le Musée Fabre de Montpellier fait découvrir au public le XVIIème siècle napolitain et son énergie picturale métissée. Un parcours édifiant loin des expositions blockbusters.

En consacrant son exposition de l’été à la peinture napolitaine du Seicento, le Musée Fabre n’a pas cédé aux sirènes de la fréquentation facile et du produit culturel à succès. Car bien que florissante d’un point de vue artistique, économique et politique, la Naples du XVIIème siècle (qui devient la troisième ville la plus peuplée d’Europe sous la tutelle des vice-rois d’Espagne) reste en grande partie inconnue du public. On ne recense donc à l’affiche de l’exposition, ni grands noms (à l’exception de Jusepe de Ribera, très bien représenté) ni chefs-d’œuvre mais un étonnant voyage qui nous mène du naturalisme à la sauce napolitaine au baroque flamboyant. Au programme : des curiosités et un riche éventail d’œuvres (peu montrées) provenant des collections publiques françaises, qui ont été préférées ici aux prêts lointains (et coûteux). Seul le Portrait de femme au coq en costume napolitain de Massimo Stanzione et sa débauche de raffinement dans le rendu du vêtement, a traversé l’Atlantique depuis le Fine Arts Museums de San Francisco. Il rejoint sur les cimaises les toiles des musées napolitains, partenaires indispensables au projet (ainsi que le rappelle Michel Hilaire, le directeur du musée Fabre).

A l’ombre du Caravage

Dissipons par avance tout malentendu. Si Caravage a marqué définitivement de son sceau la peinture napolitaine du XVIIème siècle (le peintre y fait deux séjours : le premier en 1606-1607, et le second en 1609-1610), le maître du clair-obscur n’est présent dans l’exposition qu’à travers une seule toile tardive : un Saint-Jean Baptiste alangui de la Galerie Borghèse (vraisemblablement réalisée l’année de sa mort en 1610) et une copie (par son presque contemporain le Flamand Louis Pinson) de sa Marie-Madeleine en extase. Caravage est convoqué ici en guise de promoteur et non de protagoniste à part entière. C’est à l’ombre du naturalisme du peintre lombard que va s’épanouir la peinture napolitaine, avec des artistes qui s’inspirent directement de sa manière comme Battistello Caracciolo et Carlo Sellitto. On retrouve dans leurs toiles le drapé rouge théâtral caractéristique du Caravage — sorte de fil conducteur en ce début de parcours. Ribera (débarqué de Rome en 1616) et ses suiveurs (Filippo Vitale) finiront de personnaliser la recette de ce caravagisme par un vérisme accru. Les apôtres de Ribera — un Saint-André aux ongles souillés, une Sainte Marie l’Egyptienne exsangue aux mains parcheminées — et plus tard les philosophes de Luca Giordano emprunteront leurs « trognes » aux mendiants et au sujets populaires.

naplesT1Le Caravage, Saint Jean Baptiste, 1609-10, détail © Galleria Borghese

Un âge d’or fait d’alliage

Une fois quitté cette section séminale sur le Caravage, et au fur et à mesure du parcours, Naples se révèle comme une plaque tournante d’influences, absorbées et « synthétisées » au sein d’un même espace pictural. Classicisme (issu de l’école bolonaise) et réalisme chez Stanzione. Naturalisme atmosphérique d’Aniello Falcone. Chromatisme lumineux dérivé des Vénitiens avec Ribera et son Apollon et Marsyas. Un tournant « coloriste » qui cohabite dans les années 1630 avec l’éclosion d’une peinture de genre rugueuse (Le Maître de l’Annonce aux bergers) et de natures mortes aux crustacés (Giovanni Battista Recco), dont le goût du détail et de l’anecdote n’ont rien à envier aux écoles du nord. A l’ombre d’une architecture idéale exécutée par le précurseur du védutisme Viviano Codazzi, deux hommes jettent des pierres à un troisième en train d’assouvir des besoins naturels… Un métissage parfois surprenant qui aboutit à l’envol baroque de la moitié du XVIIème siècle avec les compositions dynamiques et enlevées de Luca Giordano, sorte de Rubens napolitain. La ville intègre finalement toutes les expressions picturales du siècle, en une intense circulation parfaitement rendue par l’accrochage.

Sans quitter Naples des yeux

Voir Naples et mourir ? La cité italienne du XVIIème siècle, sous occupation espagnole depuis 1503, vaut le détour avec son Castel dell’Ovo, forteresse à fleur d’eau, son Palais royal flambant neuf (édifié en 1600) et sa Chartreuse San Martino avec les fresques de Giovanni Lanfranco. Dès l’entrée de l’exposition, nous est dressé un portrait de la ville par l’intermédiaire de vues peintes et d’un dispositif multimédia (qu’il aurait été bienvenu de traduire en plusieurs langues). L’exposition ne quitte jamais vraiment des yeux l’histoire de la cité. Eruption du Vésuve, révolte populaire de 1647 et grande peste de 1656 (qui décime 2/3 de la population) sont illustrées par des toiles de Battistello Caracciolo et Scipione Compagna. Une exposition qui soigne son contexte et fait même venir à nous les peintures sédentaires des églises et palais de la ville italienne via un diaporama clôturant le parcours. Comme quoi, il n’y a pas que les têtes d’affiche qui font les bons films.

L'ÂGE D'OR DE LA PEINTURE À NAPLES : DE RIBERA À GIORDANO

20/06/2015 > 11/10/2015

Musée Fabre - Montpellier

MONTPELLIER

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