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A qui doit-être rendu le trésor archéologique de Crimée retenu à Amsterdam ?

Jéremy Billault 19 août 2015

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Aux Pays-Bas, le Allard Pierson Museum d’Amsterdam conserve dans ses cartons 565 pièces prêtées en 2014 par quatre musées de Crimée. A cause des changements géopolitiques et de l’arrivée de la Russie, les dirigeants du musée ne savent pas s’ils doivent retourner la collection aux musées propriétaires (potentiellement, donc, à la Russie) ou à l’état ukrainien à Kiev. C’est la justice qui prendra la décision. 

Mauvais timing ou heureux hasard ? C’est selon. Depuis bientôt un an, 565 trésors appartenant à quatre musées de Crimée en Ukraine sont retenus à Amsterdam, dans des cartons, en attendant une destination. Quand la Russie est arrivée en Crimée, la collection était exposée au musée d’archéologie d’Amsterdam et déjà se posait une question qui, aujourd’hui n’a toujours pas de réponse : Doit-on rendre les œuvres aux musées, malgré la situation géopolitique dans laquelle ils se trouvent ? Entre directeurs de musées, dirigeants ukrainiens et dirigeants russes, les opinions divergent, c’est la justice qui tranchera.

Opportunisme ?

L’exposition, terminée depuis bientôt un an, était composée de trésors archéologiques de la région de Crimée dont l’ensemble est estimé à 1,4 millions d’euros. « C’était un effort considérable de la part des musées ukrainiens d’envoyer ces pièces en Allemagne puis aux Pays-Bas » confesse Wim Hupperetz, directeur du musée Allard Pierson Museum qui les conserve, impuissant, dans ses cartons.

Du côté des musées ukrainiens, la situation n’a que trop duré. Les pièces retenues jouent un rôle important dans leurs collections respectives et doivent absolument les rejoindre. Mais pour le ministère de la Culture ukrainien, cela reviendrait à offrir la collection aux Russes. Régulièrement bénéficiaires de subventions de la part de l’Ukraine, les musées sont considérés comme étant ukrainiens, l’État ayant un pouvoir de décision sur l’avenir de leurs collections. Les 565 pièces doivent donc être envoyées à Kiev.

Officiellement, la Russie ne prétend pas que la collection lui appartient mais, comme le craint l’Etat ukrainien, pourrait profiter de son retour en Crimée pour prendre le contrôle.

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Photo : Bart Maat/European Photopress Agency

Crimée stratégique

Comme le soulignent communément représentants russes et dirigeants de musées : « Ces objets sont liés à leur territoire, ils ont été trouvés, étudiés et conservés par les musées de Crimée pendant plusieurs dizaines d’années. » A Kiev, les pièces en question perdraient alors de leur force, symboles d’une région culturellement riche, symbole de la mer noire et carrefour commercial historique. « Tous les soupçons sont infondés. Depuis que la Crimée a rejoint la Russie, les musées n’ont pas perdu un seul objet, toutes les collections sont en parfait état et bien entretenues. » C’est désormais à la justice néerlandaise de décider du sort de la collection, les quatre musées ayant déposé plainte contre le musée. Les Pays-Bas et l’Ukraine ont voulu se joindre au procès en tant que parties intéressées, seule l’Ukraine a été acceptée.

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© Site musée Allard Pierson

Contactée par le New York Times, la directrice du Musée des trésors nationaux de Kiev s’inquiète d’un éventuel retour des objets en Crimée : « Si telle est la décision du tribunal, cela pourrait devenir un scandale international et un véritable problème. Je pense que la Russie va mettre en place une situation dans laquelle les objets les plus précieux seront transportés en Russie pour être exposés. Et pour y rester. » Car quoi de mieux qu’une exposition permanente pour vanter les bienfaits culturels d’une région que l’on vient de conquérir ?

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