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Musée de l’empathie : Oeuvre d’art ou expérience, à quoi faut-il s’attendre ?

Jéremy Billault 17 août 2015

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A l’occasion du Festival londonien « Totally Thames », le philosophe Roman Krznaric lancera en septembre le musée de l’empathie, une installation itinérante qui voyagera dans le monde entier pendant dix ans, proposant à ses visiteurs d’essayer les chaussures d’un autre, de se mettre à sa place.

Empathie. En langage courant, ce phénomène est souvent rendu par l’expression « se mettre à la place de » l’autre. Et c’est précisément ce que compte proposer Roman Krznaric, philosophe britannique expert en la matière qui a décidé de lui consacrer un musée. Un musée qui n’en sera pas tout à fait un, plutôt une exposition itinérante qui trouve tout son intérêt dans son mouvement perpétuel. Pendant dix ans, projet ambitieux, l’exposition arpentera le monde, de Londres jusqu’en Australie, pour se nourrir de l’expérience de ses participants.

Converse-ation

Pour Roman Krznaric, l’empathie est une capacité humaine qui se perd, dans une époque qui tend vers l’hyperindividualisation. Cette capacité a été étudiée, notamment, par certains scientifiques via un partenariat avec des moines bouddhistes en analysant les qualités que développe chez eux la méditation. Encourager, donc, la méditation et, par un travail « d’outrospection », l’empathie ( de en-, à l’intérieur et pathos, la souffrance, ce qui est éprouvé en grec ancien). Pour concrétiser ce sentiment profond, le philosophe britannique a imaginé ce musée itinérant et une exposition, « One Mile in my Shoes » (littéralement un kilomètre dans mes chaussures) qui, elle aussi, sera enrichie par ses visiteurs. Le concept est simple : un magasin de chaussures dans lequel le visiteur est accueilli par un vendeur qui lui propose d’essayer une paire. Ces chaussures auront appartenu à quelqu’un d’autre, quelque part dans le monde, un réfugié, un banquier ou qui que ce soit d’autre. L’exposition, participative à double titre,  compte sur ses visiteurs pour enrichir sa collection de chaussures mais surtout pour qu’ils fassent la démarche mentale, le premier pas en somme, vers l’empathie.

Empathy-Museum-logo

C’est une phrase de Henry David Thoreau, philosophe américain du XIXème siècle à l’origine du concept contemporain de la « non-violence », qui a inspiré le musée : « Pourrait-il y avoir un plus grand miracle pour nous que de regarder un instant à travers les yeux de l’autre ? ». A défaut de voir avec ses yeux, il faudra prendre la place de l’autre, marcher dans ses chaussures sans pour autant être à côté de ses pompes.

Si l’on reconnaît bien la volonté toute britannique d’une immersion ludique dans l’oeuvre d’art, cette mode, puisque c’en est une, pourrait avoir un effet qu’elle ne recherche pas. La National Gallery tente d’immerger le visiteur dans un tableau via des morceaux de musique créés pour l’occasion, la Tate Britain, elle, fait appel a tous les sens pour exacerber la concentration, le musée de l’empathie cherche à créer artificiellement l’intensification d’une qualité humaine qu’il juge en perdition. Trois tentatives, trois potentiels échecs.

Comme nous l’a confié Julien Michaliszyn, expert en psychologie cognitive, « il ne faut pas s’attendre à révolutionner la compréhension d’une personne avec ce type d’expérience, à moins qu’elle même y réfléchisse longtemps (ou soit très empathique) ». Le musée de l’empathie prend donc le risque de ne sensibiliser que les sensibles et peinera à conduire la majorité des visiteurs à ressentir une empathie a priori objective qui est concrètement l’application d’une philosophie très à la mode en science sociale et en neuroscience. D’un autre côté, certains visiteurs seront sans doute très motivés lorsqu’il s’agira d’essayer les chaussures d’un riche entrepreneur britannique. Motivés au point de les emporter avec eux.

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